L.\ REINE
La chose paraissait notoire.
LE ROI
Tant pis pour toi. Chacun doit se soumettre.
LA REINE
Non!
(Un silence. Puis le roi prend la reine par la main, la conduit sur le devant de la scène et lui parle atïectueusement, d'abord à demi-voix, puis de façon à être entendu de tous.)
LE ROI
Rappelle-toi, chère Antoinette (Je ne t'appelle pas Toinon), Que tu fus autrefois petite bergerette.
Un jour — pourrais-tu l'oublier? — Je m'arrêtai devant le jardin de ton père. Je me rappelle encor ton rose tablier,
Ta blanche coiffe si légère.
« Belle, te dis-je, voulez-vous
Me faire un bouquet de ces roses, Ou de ce blanc muguet, dont le souffle est si doux? » Alors, toi, toute pâle et les paupières closes,
Tu semblas près de défaillir.
Moi, je m'approche : tu tressailles, a Avez-vous froid? repris-je. Un beau feu de broussailles
Ne vous ferait-il pas plaisir?
— Non, non, répondis-tu, je n'ai pas froid, messire; Mais je souffre d'un mal dont je ne guérirai.
Faites ma fosse et m'enterrez !
— Vous enterrer? criai-je. Ah! qu'osez-vous me dire?
Plutôt que d'entendre pleurer
Vos chers parents désespérés,
Et moi, ma belle, ma chérie,
Moi qui ne m'en consolerai,
Vaut-il pas mieux qu'on nous marie? »
Et l'on nous maria, Toinette; souviens-toi...
Une chanson en fut rimée.
Que tous deux nous avons aimée; Je crois qu'on l'appelait La bergère et le roi.
(A Cendrillon : )
La savez-vous, mignonne?
Oui, Sire.
LE HOI
Chantez-la donc avec mon fils ' ; et le sourire, Eclairant les fronts soucieux,
1. Si l'on trouve i)r(5f6rablo c[uo la clianson soit cliantôo par lo roi, ilira ;
Nous allons la chauler onsomblc; et lo sourire...
CENDRILLOX 26 d
Reparaîtra dans tons les yeux.
(Musifjun '. La roinc, très éniuo par le récit du roi, s'écarte du groupe des que l'on attaque le prélude do la chanson, et, passant derrière le roi et Galaor, elle s'asseoit sur la chaise que Cendrillon occupait précédf>mmpnt.)
La bergère et le roi
GALAOR
Belle, n'as-tu point l'âge, L'âge où le cœur fleurit?
Belle, veux-tu mon page, Mon page pour mari?
Sire, je n'ai point l'âge.
L'âge où le cœur fleurit.
Ah ! gardez votre page Pour ([ui veut un mari...
ENSEMBLE
Va, dit la pâquerette, Aime sans nul efl^roi !
Vive la bergerette Et vive aussi le roi ! (Pendant la reprise du prélude, le roi jette un coup d'œil sur la reine de plus en plus émue, et toute à ses souvenirs.)
GALAOR
Page ne peut te plaire, Et je te vois venir; C'est à mon jeune frère Que nous allons t'unir.
CENDRILLOX
Page ne peut me plaire, Je ne vois rien venir; A votre jeune frère Pourquoi veut-on m'unir?