Cette réflexiou est accompagnée d'un ilomi-sourire
Puis jo réparerai mes forces, grâce aux mets
Que tu daignes m'olTrir; car la faim me tourmente.
Par toi ma destinée apparaît plus clémente.
Ah! lorsqu'après la nuit du dix-huitième jour
L'Aurore aux doigts rosés fut enfin de retour,
Que mon cri s'éleva joyeux vers sa lumière!
Je voyais, à travers la brume, votre terre
S'arrondir sur les flots comme un grand bouclier;
Fatigues et malheurs, j'allais tout oublier.
Lorsqu'à de tendres fils, longtemps privés d'un père.
Est tout à coup rendue une tête si chère.
Sa vue est douce au cœur et leurs yeux sont mouillés;
De même, les forêts qui cachent vos foyers
M'apparurent soudain, et je pleurai de joie.
Mais de quelle fureur j'allais être la proie!
Le ciel se couronna de nuages, la mer
Fut partout soulevée, et Zeus tonna dans l'air;
Le radeau dont j'avais moi-même joint les planches
Se fendit; une vague énorme aux crêtes blanches
Brisa le gouvernail entre mes mains, me prit
Et m'emporta hurlant... Je crus perdre l'esprit.
Pourtant, je ressaisis bientôt tout mon courage;
Longtemps, malgré les vents qui soufflaient avec rage.
Je flottai, chevauchant une poutre. A la fin.
Je nageai vers la côte en cherchant, mais en vain,
Une baie abritée et de facile approche.
Partout je me heurtais, saignant, contre la roche;
Mes ongles s'y brisaient; et, repris par la mer,
Je laissais aux récifs des lambeaux de ma chair.
Ce fut ma plus terrible et ma dernière épreuve.
Vers le soir, j'aperçus l'embouchure d'un fleuve,
Dont le beau cours était presque à l'abri du vent.
J'implorai sa clémence, et lui, me soulevant.
M'accueillit dans ses eaux paisibles. L'eau salée
De la mer emplissait ma poitrine gonflée;
Mes bras et mes genoux étaient rompus; pourtant
Je pus me réjouir, jeune fille, en mettant
Le pied sur votre sol, et je baisai la terre.
Un fourré m'abrita; j'y fus, la nuit entière,
Blotti sous un amas de feuilles sèches. Là,
Le cri perçant de tes compagnes m'éveilla ; Je sortis, et ma vue a dispersé leur troupe.
NAUSICAA, souriant.
Certc, elles t'oUViront la corbeille et la coupe.
Va donc au llenve; moi, je les assemblerai.
Tu verras sur le sol plus d"un manteau pourpré,
Des tuniques de lin ou de iaine moelleuse.
Dans une fiole d'or, près d'une large yeuse,
Est l'huile au flot brillant, si douce après le bain.
ULYSSE
Tes présents me sont chers.
NWUSICAA, montrant la direction ilu (louve.
Allons : suis ton chemin.
(Musique '. Ulysse salue Nausicaa en s'inclinant devant elle, tandis que, d'un geste prolongé, elle lui montre le chemin ; puis il sort lentement par le fond à droite. Après l'avoir suivi du regard jusqu'à sa disparition, Nausicaa, la tête baissée, reste un moment grave et pensive. Théano s'approche d'elle à pas lents, lui pose la main sur l'épaule et la regarde affectueusement. Long silence. Théano parle quand la musique s'est tue.)