‹ Théâtre pour les jeunes fillesChapitre 41 sur 203 · Ce prologue peut, à volonté, être récité ou omis · texte numérisé non relu

Ce prologue peut, à volonté, être récité ou omis

2. S'il y avait un décor approprié à la pièce, ou à peu près, on supprimerait ces trois mots : Supposez, enfin, que...

Or, en 142o, les Ang:lais, après de nouvelles tentatives pour réduire le Mont, furent battus deux fois, sur mer et sur terre. Jeanne (ou, comme on l'appelait. Jeannette) apprit certainement cette heureuse nouvelle; et l'enfant ne douta point que l'archange eût combattu avec les chevaliers normands, gardiens de l'abbaye qui lui était consacrée.

D'autre part, nous savons que des soldats pillards avaient, à la même époque, enlevé tout le bétail qui appartenait en commun aux habitants de Domrémy. Une troupe de cavaliers fut lancée à la poursuite des brigands, les rejoignit et leur reprit les troupeaux, qui furent rendus .aux laboureurs.

Au moment où la pièce va commencer, Jeanne n'a pas encore eu sa vision; mais elle, si calme d'ordinaire, si douce et un peu triste, elle est, ce jour-là, presque hors d'elle-même, tant les dernières nouvelles l'ont rendue joyeuse.

Pourtant vous verrez qu'à travers les jeux et les rires de ses compagnes elle pense toujours, avec une profonde pitié, aux souffrances de sa patrie.

Vers la fin de la pièce, elle restera seule, et elle aura sa vision. Alors tout sera terminé. Nous ne pourrons pas vous montrer Jeanne délivrant Orléans, ni au sacre de Charles VII, ni à Rouen, sur le bûcher; mais vous assisterez aux angoisses d'une enfant qui prévoit l'heure où il lui faudra quitter son père et sa mère, ses amies, tout son bonheur; vous saisirez l'instant décisif où le sacrifice fut acceplé par l'humble fillette qui, dans sa petite main, devait tenir la grande épée de la France.

(La jeune fille, en disant les derniers mots, a élevé la main dans un geste large. Tandis que l'on ferme le rideau, elle abaisse lentement son bras, sans saluer ni quitter sa place.)

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