‹ Théâtre pour les jeunes fillesChapitre 45 sur 203 · JEANNE, IIAUVIETÏE, MENGETTE, COLETTE, BONNE, MICHELLE · texte numérisé non relu

JEANNE, IIAUVIETÏE, MENGETTE, COLETTE, BONNE, MICHELLE

MENGETTE, surprise.

Tiens! Colette.

COLETTE

Bonjour.

MAUVIETTE, se retournant.

Bonjour, Bonne et Michelle.

COLETTE, à Jeanne.

Une histoire?

JEANNE

Oui, Colette ; une vraie.

MICHELLE

Ah ! tant mieux!

Je vais, pour bien entendre, ouvrir tout grands mes yeux.

(Le cercle s'élargit. Colette, ayant passé derrière les trois fillettes, s'installe sur le banc, au pied du Hêtre. Michelle s'asseoit auprès d'Hauviettc, sur l'escabeau resté libre; Bonne, au bord de la fontaine.)

JEANNE, avec entrain.

Or donc un pèlerin, venu de l'Abbaye, Dit ({uc l'armée anglaise, un jour, lut assaillie Par ceux du Tort, prenant roUensive à leur tour. Ils vous firent flamber joyeusement la tour Que les Goddem avaient à grand'peine construite, Culbutèrent les gens, les mirent tous en fuite Et prirent leur maudit capitaine, — un certain Burditt ou bien Burdett, bailli du Cotcntin.

COLETTE, avec joie.

Ah! c'est bien, ça!

MICHELLE

Vivat !

BONNE, à Michelle.

Hein ! cela vous soulage.

MENGETTE, à Jeanne.

Ce pèlerin a donc traversé le village?

JEANNE

Il a pris avec nous le repas de midi.

C'est un homme au teint brun, robuste et dégourdi;

(Sur un ton de sérieuse confidence :)

Peut-être un messager du noble Dauphin Charles...

(Silence et hochements de têtes. Jeanne reprend plus vivement :)

Mais je n'ai pas fini.

MICHELLE

Dis-moi, Jeanne. Tu parles Du Dauphin, et pourtant, comme son père est mort, Le prince est devenu roi lui-même. Ai-je tort?

JEANNE

En France il est seigneur, pour toute àme loyale; Mais ce qui fait un roi, c'est l'onction royale. Elle se donne à Reims; et Charles, par malheur. Jusqu'à présent n'a pu la recevoir...

(Elle achève tristement. Une courte pause.) MENGETTE, avec curiosité.

Dis-leur, Jeannette, ce que c'est.

COLETTE, railleuse.

Tu le sais, toi?

IIAOVIETTE, d'uno voix douce.

Silence...

JEANNE

Lorsqu'il fallut sacrer le premier roi de France, Un ange apporta l'huile, et, dit-on, la laissa Dans l'église de Reims.

MICHELLE, hochant la tête.

Voilà longtemps de ça.

HAUVIETTE

Des siècles!...

COLETTE, à Jeanne.

Mais dans quoi l'huile se Irouve-t-elle?

JEANNE

Dans une fiole d'or; et sa puissance est telle Que les rois consacrés en reçoivent un don : C'est de guérir certains malades.

MICHELLE, faisant effort pour se rappeler.

Quel fut donc Le premier roi?

(Une pause bien marquée.) MENGETTE, très vivement.

Pépin !

(Elle consulte Jeanne du regard. Jeanne, en souriant, fait signe que non. Nouvelle pause.)

COLETTE, très vivement.

Hugues.

(Même jeu do scène. Encore une pause.) MENGETTE, joyeusement.

Clovis !

(Elle regarde Jeanne.) JEANNE.

Lui-même.

Il reçut l'huile sainte après le saint baptême.

MENGETTE, charmée par une vision de splendeur.

Vêtu d'un manteau bleu semé de Heurs de lis...

MICHELLE, à Jeanne.

Et l'évèque de Reims, au temps du roi Clovis?

JE.VNNE.

Vous savez bien son nom sans que je vous le dise, Puisque c'est le patron de notre vieille église.

LA PREMIERE VISION DE JEANNE DARf) 61

COLETTE

Saint Rémi?

JEANNE

Justement. Mais écoute/, la fin De mes nouvelles.

MICHELLE

Va.

JEANNE, avec un enthousiasme croissant.

Pour notre cher Dauphin Les Normands avaient eu l'avantage sur terre. Ces orgueilleux d'Anglais, qu'ils forçaient à se taire, Ont voulu prendre, alors, leur revanche sur l'eau. Tout à coup des marins, venus de Saint-Malo l*our défendre le Mont qui navait point de Hotte, Relèvent le défi. Xef, barge ou galiote, Je me perds dans les noms de ces bateaux, que lui, Le pèlerin, connaît; mais les Anglais ont fui. Ça, je le sais, devant les marins de Bretagne. Sur la terre et sur leau c'est la France qui gagne!

(Ce dernier vers a été lancé comme un cri de victoire. A ce moment, Isabeau, Aveline, Alison, entrent par le fond, à droite, et s'approclaent sans bruit. Aiison tient à la main une assez grande corbeille à anse ; Isal.oau, un petit panier. Elles les déposent au pied du Hêtre, puis elles écoutent sans être vues. Le dialogue continue sans aucune interruption.)

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