SCÈNE IV
MENGETTE, BONNE, COLETTE, MICHELLE, puis HAUYIETTE.
MENGETTE, revenue sur le devant de la scène.
Jeanne qui va courir! Je n'y comprends plus rien.
(Colette est allée prendre une des deux couronnes apportées par Jeanne; Michelle a pris l'autre.)
BONNE
Ces fameux groseillers m'ont tout l'air d'une attrape. Chaque fois que je viens, pas l'ombre d'une grappe.
COLETTE, regardant la couronne qu'elle tient.
Bouton d"or. Heur de pois, genêt, coquelicot...
MENGETTE
Jeanne a cueilli ces fleurs; c'est pour jouer tantôt.
MICHELLE. regardant l'autre couronne.
Pâquerette, bleuet, liseron, girotlée...
(Colette et Michelle remettent les couronnes en place ; Bonne s'assied sur le bord de la fontaine. Hauviette reparaît au fond de la scène; elle entre à reculons et reste tournée vers la gauche, surveillant les péripéties de la course.)
MENGETTE
Tout à l'heure, j'ai dit comme une écervelée : « Jeannette, est-ce que c'est pour le Hêtre? »
(Avec chagrin :)
Vraiment, Je ne suis pas maligne.
MICHELLE
Ah! pourquoi? C'est charmant, Ces guirlandes.
(Elle montre les fleurs suspendues aux Ijranehes du Hêtre.) MENGETTE.
Oui, mais... pense : l'arbre des Fées!
Chaque soir, paraît-il, après s'être coiffées Des chapelets de fleurs suspendus aux rameaux, Elles dansent en rond. Si l'on dit certains mots, On peut les voir.
COLETTE
Eh bien! elles sont très mignonnes.
MENGETTE
Mignonnes si lu veux; mais, quant à des couronnes, Jeannette n'en fait point pour les Dames des bois. Non : jamais. Je l'ai vue en tresser bien des fois Pour sainte Catherine et sainte Marguerite; Mais...
IIAUVIETTE, toujours au fond.
Je les vois venir.
BONNE
Elles ont du mérite, Hein, par cette chaleur, de galoper si loin?
MENGETTE
Moi, j'en veux à Jeannette. Avait-elle besoin D'aller se faire battre à la course?
IIAUVIETTE.
Ma chère.
Elle gagnera.
COLETTE, surprise.
Qui? Jeanne?
IIAUVIETTE.
Elle est si légère.
Elle bondit parmi les prés si lestement. Qu'elle sera rendue ici dans un moment.
COLETTE
Jeanne?
LA l'KEMlÈRE VISION DE JEANNE D'ARC 63
IIAUVIKTTE.
Venez voir.
(Colette, Michelle, Mcngetlc, se rendent auprès d'IIauvicttc. Mcngette, la plus petite, étant derrière les autres, fait de grands olforts pour voir. Bonne reste assise.,
COLETTE, avec stupeur.
Ah!...
MICHELLE
Mais c'est une hirondelle!
IIAUVIETTE.
Les autres, qui d'abord couraient à côté d'elle, Suivent de loin.
MICHELLE
Elle est toute seule en avant...
(Toutes parlent en regardant le lieu supposé de la course. Mcngette, s'étant fait une place entre les autres, aperçoit Jeanne.;
MENGETTE, très vivement.
Je la vois, je la vois, qui vient comme le vent!
IIAUVIETTE.
Aveline allait bien, mais elle semble lasse.
COLETTE, s efforçant de bien voir.
Oui s'arrête?
MICHELLE
Alison.
BONNE, sans se déranger.
Alison est trop grasse.
COLETTE
Tiens! Isabeau dépasse Aveline.
MICHELLE, très sure.\citée.
Oh! voyez!
MENGETTE, de toutes ses forces.
Hardi, Jeanne ! hardi 1
COLETTE
Quel tourbillon de pieds!
HAUVIETTE
Jeanne est toujours en tête, au bord de la prairie.
MICHELLE
Elle gagnera.
COLETTE
Sur.
MEXGETTE, avec élan.
0 Jeannette chérie !
MICIIELLE.
Hein, comme elle a franchi crun bond le ruisselet!
MEN'GETTE
La voici !
MAUVIETTE
Tire-loi, IMengette, s'il te plaîl, Pour qu'elle aille toucher le Hêtre.
(Elles s'écartent de droite et de gauche, pour dégager l'entrée; Bonne se lève on sursaut. Tout à coup, Jeanne passe entre les deux groupes, en courant. Au moment do son entrée. cUo est saluée par l'acclamation des cinq fillettes.)
IIAUVIETTE, MENGETTE, COLETTE, BONNE, MICIIELLE.
Vive Jeanne !
CJcanne traverse la scène en diagonale, depuis le fond à gauclio jusqu'au Hêtre. Elle touche l'arbre avec sa main droite, puis se laisse tomber sur le banc qui est au pied du Hêtre. Mengette, toute joyeuse, s'avance vers elle.)