M EN CETTE
C'est?
.TAUVIETTE.
Plus penser que dire.
MENGETTE
Chère Hauviette, raut-il [)enser à tout moment?
JEANNE
Pour moi, sans le vouloir, je pense tristement Qu'ils ne sont pas finis, les malheurs de la guerre. Je crains que notre joie, hélas! ne dure guère.
MENGETTE
Pourquoi te chagriner en songeant à cela?
JEANNE, avec une émotion croissante.
Le mois dernier, dit-on, tel village brûla. Ici. c'est le bétail communal qu'on emmène. Des bandes de pillards vont rôdant par la plaine. Le laboureur ne peut achever ses travaux; Parfois, ayant caché, tout le jour, ses chevaux, Il les mène sans bruit, le soir, au pâturage...
HAUVIETTE, timidement.
Tout cela prendra fin.
JEANNE, pleine de doute.
Comment?
HAUVIETTE
Ayons courage.
JEANNE, changeant de ton.
Mais ce n'est pas bien gai, tout ce que je dis là. Mengette, il faut jouer avec les autres. Va.
MENGETTE, tendrement.
Te laisser en chagrin? Tu me croirais mauvaise.
Elle s'est levée en parlant.} JEANNE.
Non, mignonne; va rire, et j'en serai bien aise.
MENGETTE
Tout de bon?
JEANNE
Tout de bon.
MENOETTE.
Est-ce que vous viendrez, Un peu plus tard, courir avec nous dans les prés?
JEANNE, aflectueuscment.
Oui, Mcngctte; bientôt.
MENGETTE
Au revoir, grandes filles.
(Kilo sort à gauche. Tandis qu'elle s'éloigne :) IIAUVIETTE.
C'est bien, dans le village, une des plus gentilles.
(Jeanne fait un signe d'assentiment. Quelques accords. Comme précédemment, les personnages ne parlent que lorsque la musique s'est tue '.