SCÈNE VIll
JEANNE, HAUVIKTTE.
JEAN.NE, comme se parlant à elle-même.
Victoire de la grande Abbaye... Oui; voilà Ce qui me rend l'espoir.
IIAUVIETTE.
L'archange batailla Pour les nôtres.
JEANNE, se levant.
Tu crois? tu crois?
(Elle saisit le bras d'IIauviette, en parlant avec une ardeur tiévreuse.) IIAUVIETTE, troublée.
Je le suppose.
JEANNE, laissant aller le bras d'IIauviette.
Au fond du cœur, vois-tu, je crois la même chose. Dieu, peut-être, a pitié de la France. 11 faudrait...
Après une hésitation :)
Tant d'autres, comme nous, rimjjloreut en secret!... Il faudrait un miracle...
(Elle reste un moment immobile, la této Ijassp. comme accalilée. Puis, avec une ardente supplication :)
1. Il en sera de même jusqu'à la fin, saut à un passage où il sera spécifié que la musique se mêle au parlé.
Ah! que Dieu nous entende!
La souffrance, partout le royaume, est trop grande.
(Acfords iirolont't^'s. Jeanne se laisse tomber sur le bam-. Ilauvictte pose sa main ^'amlie sur l'i^paulc ilo Jeanne et la regarde avec une atTcctueusc inquiétude.)
IIAUVIRTTE, très douce '.
Viens, ne reste pas là si longtemps à rêver. Amie, allons-nous-en.
JEANNE, sans répondre.
Dieu seul peut nous sauver.
i(^ucl(iues accords. Puis Jeanne se lève.) JEANNE.
J'ai besoin de i)rier.
(Elle parle timidement, avec la crainte de peiner Ilauviette. Elle a des larmes daus la voix.
IIAUVIETTE, avec inquiétude.
Jeannette...
JEANNE
A tout à l'heure.
(Elle se retourne pour cacher ses larmes.) IIAUVIETTE.
Tu pleures, dis? Pourquoi?
(On entend la première phrase d'une mélodie qui sera chantée tout à l'heure : elle est jouée lentement, avec une extrême douceur. Jeanne essuie ses yeux et fait un effort pour se contenir. Les paroles et la musique se succèdent sans se mêler.)
JEA.NNE, d'une voix très douce.
Bien souvent, tu le sais, comme cela, je pleure. Ce n'est rien. Laisse-moi.
(Ou entend la même phrase mélodique. Mauviette prend les deux mains do Jeanne et la regarde en silence, avec une profonde affection. Puis, quand la musique s'est tue :)
IIAUVIETTE.
\'a, j'ai trop de chagrin quand je te contrarie.
Je m'en vais. Mais reviens nous trouver, je t'en prie.
JEANNE
Oui, je te le promets.
Tu ne m'en veux pas?
IIAUVIETTE.
Moi, t'en vouloir? Oh! jamais...