UNE APPARITION
La scène est ditns un parc, oh Von voudra. Epoque indctcrmince.
AVERTISSEMENT
Le Maruujc de PdiiiUonnc csl l;i prciiiicrc en (I.'ilc des [lirccs coiiloiuics dans nv voluiiit'. Je (■(nisulric ((iiiiiiic une (ililitialiou d'en rapporter l'origine.
« Un Ihème (|iie la clianson poimlaire a iiiaiiiles lois traité en France est le Mnrkuje du Papillon. Ses aniis veulent le marier; il résiste d'abord h lenrs exhortations: mais chacnn lui promet un joli cadeau de noces, et il cède enfin h de si ainialdes inslanc(>s. Dans un recueil de chants destiné aux ecdies, j'avais rei)ris ce vieux thème. Ma chanson fit le toui- des écdics normales, pour se répandre de là dans les écoles primaires. Oi-, les élèves-maîtresses de La Roche-sur-Yon, ayant eu à eludiei- les Noces du Papillon, eurent l'extiènie induli;ence de lidincr a leur poûl cette ronde enfantine. Mais l'une d'elles — resumani, à ce i|ue je pense, le sentiment général — émit une sévère criliiiue dont je tus averti par le professeur de chant. ■■ Vi'ainu^nt, dit-elle, ce l'apillon no se pône pas. Pour faire plaisir à ses amis (oh! l'absurde motif!) il se résout à épouser certaine Papillonne que la chanson oublie de nous présenter; et l'idée ne lui vient môme pas de consulter sa future! Voilà un être bien (!édai,:;neux de notre sexe, ou d'une bien extraordinaire faluile! »
•< Cette criti(pH' me ve.xa beaucoup. Rece\dir une telle leçon de jeunes filles à (\\\\ je prétendais moi-même ensei;;ner ([uebiue chose! J'étais mortilié. Si encore leur observation n'avait pas en le sens commun! Mais je ne |)ouvais me dissimuler (|u'elle était au moins spécieuse. J'en fus tracassé durant |>lusieurs jour-s. A force d'y penser, je finis ])ar en reconnaître loule la justesse. J'enliai dans les scuitinuMils de Papillonne: je parlaiîcai sou di'pil: il me sembla (pfelle ne devait |ioinl se laisser Irailersi (■a\ aliéremenl. J'a\ais le poiiil de deparl d'une comi'die: el ce lui le Miiriinjc dr Pniiilliiiinc. »
On voit (|ne je n'ai pas en l'inlenlion uincliia\ {'liipie. en l'aisanl dialoguer des Heurs el des inserles. d'insinuer une prédication morale dans l'espril d'un audiloire (|uelcon(pie. Mais, roc<'asion s'elant pi'esenlee toul nal urellemenl de nièlei' a leurs
LK MAIUAGE DE l'Al'ILLONNE lOo
ir-^iiTs |)iip|)(is ili's clioscs III) peu plus graves, je iic iiu' suis pas l)riv(' (If 11' faire. Voici re ijuc jVii disais dans la première édition de la pièce :
« Tout n'est pas eiilaiiliii (nu. du ludiiis, je iiie plais à le croire) dans le Mariage de l'upUloimc. Di' sérieuses pensées ])euvent se laisser entrevoir à travers les jeux de riinapination. Ouel(|ues mots de Violette donnent à enlendi-e (|ue le inaiiajie est une chose fort prave et lient tout son prix des dldipatioiis sacrées (|u"il impli([ue. Fourmi, riiumlde ouvrière, sans envie comme sans orj:ueil, s"extasie devant deux élres lirillanls et frracieux: elle les bénit dans son coMir, parci' qu'ils lui ont ajiporté une révélation consolatrice : celle de la Beauté. L'Kloile du soir, enlln. symliolise, à la lin de ci' caprice, riieiire ou un juste repos succède au laheiir du jour, où l'on se retrouve au foyer, où Ton jroùle les joies honnêtes de la famille. l"heiire où, moins accablé jiar le souci de la vie (|uolidienne. l'âme ]ieiit se recueillir en elle-même ou s'élever un peu vers le divin, l'idéal, î'inexpriinahle... •
Le Mariaijc de Popilluiine a l'té joué liieii des luis. Du ne m'en voudra pas, je l'esjière. de lixer ici le soUMiiir ilr l.i iirciiiièTc de ces l'cprésentations :
• Ce petit ouvrape a vu pour la iiremière fois le feu de la rampe à l'école normale d'institutrices de Rouen. Une élève-mallresse de troisième année reiirésentait l'Étoile du soir, (|ui doit avoir une taille assez majestueuse, des traits bien formés, une certaine autorité dans la diction. Papillon. Papillonne et jilusieurs de leurs amis et amies étaient des élèves de seconde ou de première année, certaines d'entre elles ayant une physionomie encfire enfantine. Abeille, Cipale, Fourmi avaient été choisies ])aiini les élèves de l'école ])riinaire annexe: enfln, l'école maternelle était représentée par une jietite biuiiie femme de six ans, investie de rimiiortant ]iersouiiajie de Ver-Luisant.
• C'est le 21 mai 1S90 <iue le Mariaije de Papillonne a été donné à Houen. On ne m'i'ii voudra jias, je l'espère, d'inscrire ici cette date ijui me rap|)elle un délicieux souvenir : mon rêve prenant corps sans rien i)erdn> de l'alliait qu'il avait eu pour mon imagination complaisante: l'onivre lépire parée, au contraire, de iiràces (|ue je ne lui soupçonnais ]ioint. ])ar le charme de la jeunesse et d'une aimable inter[irélation. naïve et fine Inut ensemble i. »
1. Je garde précieusement aussi le souvenir d'une représentation parfaite du même ouvrage, donnée à Nancy, et de deux autres, données à Paris, l'une dans une école primaire de Cliaronne, la seconde au patronage Maria Deraismes. J'ai fait l'expérience, à ces deux représentations, que des fillettes, bien dirigées, peuvent exprimer toutes les nuances des rôles, et dégager ce que la pièce contient d'émotion. Je dois dire que, dans les deux cas, le rôle de l'Apparition était tenu par une jeune fille de dix-huit ans.
Je liiiiiiii par nne r(Mii;ir(|ii(' siii- riniporlaiipc Imi) secondaire i|iie rmi allaclie parfois à la iiinsiiiue, dans la pré|)aralion di; eelU; |)icc(> et des autres conleniies dans le nirnie oinraucv A plusieurs reprises j"ai reçu des lettres où I'imi me disail : >■ Nous jouons le MarifKjc de Papillonne dans quel(|ues juins, mais nous ne savons où Ir-ouver la iiarlition... » Ainsi, (•■(■.-l au <lernier nionuMit que l'on s'enijuérait (h' la inusi([ue, et l'on rravait nullement expérinu'ulé si Papillon, Limaçon ou Grillon étaient capables de chanter les airs (|ui leur sont altril)ués dans lu pièce. On ne peut olitenir de bons résultats avec de tels pidcédés. Personne n'est forcé de joiu'r la conH'die: mais, si on la joue, il tant, à mon avis, y npporler ton! le soin, loute la conscience, avec les(iuels on Ferail les choses les plus impiulanles. Autremenl. il vaut mieux jouei- aux ([ualre coins.
M-; .MAKIAC. K
DE PAPILLONNE
Au premier plan, a droite, un Mûrier vieux et robuste: à gauche un buisson d'églantier. Partout des (leurs et des feuillages. Sur le sol, une grosse pierre moussue. Au l'ond. d'épais ombrages.
Les entrées et sorties se font à droite et à g-auche, au fond de la scène.