‹ Théâtre pour les jeunes fillesChapitre 74 sur 203 · PAPILLONNE, ROSE, MARGUERITE, VIOLETTE · texte numérisé non relu

PAPILLONNE, ROSE, MARGUERITE, VIOLETTE

Papillonne est au milieu de la scène, entre Rose et Marguerite. Marguerite est à droite; Rose et Violette sont à gauche. Les quatre personnages sont debout.;

PAPILLONNE, avec un dépit mal contenu.

Ils ont pu décidei' Papillon, dites-vous,

A me faire riiouneur d'être enfin mon époux?

ROSE, très vivement.

Oui, ma chère; c'était excessivement drôle.

MARGUERITE

Drôle et charmant.

ro.se.

Chacun des six, à tour de rôle, S'avança, puis, Taisant la révérence, offrit Un beau présent de noce; et ce qui me surprit, C'est que, pour décider Papillon à la chose, Fourmi se montra grande et généreuse.

VIOLETTE, avec douceur.

Rose,

Vous êtes médisante.

KUSE, négligemment.

Oh ! si peu...

(Papillonne s'asseoit .sur la pierre. Elle parait tout absorbée. Ses amies ne s'en apercoivcTit pas. i

M.VRGI'EHIÏE, à Papillonne.

Donc, Fourmi L'avare, pour Icler digiKMiient son ami. Donnera quelques grains mêlés de tendres cosses.

ROSE, très vivement.

Des cosses de pois verls.

VIOLETTE, battant des mains.

Oli! les gentilles noces!

MARGUERITE

Ver-Luisant s'écriait : « 11 faut te marier! Je brillerai pour toi : ne te fais plus prier! »

YIOLE'I'TE, avec une gracieuse simplicité.

« La prairie et les bois sont ma fraîche corbeille », Murmurait à son tour notre mignonne Abeille; « J'offre pour le dessert un miel d'or, embaume (^omme le souflle exquis des Heurs au mois de mai. »

ROSE, d'un petit air (in.

Pas le moindre aiguillon dans toute cette histoire...

MARGUERITE

Limaçon eut sa part de la grande victoire : Il donne... sa maison!

Ruse, toujours vive.

Arrivant du labour.

Cigale avec sa flûte et Grillon le tambour Promirent de jouer, loin des regards profanes. Gavottes, passe-pieds, menuets et pavanes.

\I0LETTE, sautant de plaisir.

Quelle joie! on pourra danser jusqu'au malin!

MARGUERITE

J'userai sans regret mes souliers de satin.

Ce n'est pas pour danser que je suis paresseuse.

ROSE

J'aurai mon vert corsage en dentelle mousseuse.

VIOLETTE, aimable.

C'est un chef-d'œuvre.

MARGLKHITE.

Moi, ma couronne (rai'ir(M)t.

VIOI.KTTl::, de même.

Reine, elle vous sied bien.

MARGUERITE, touchée de cette gentillesse.

Petit cœur indulgent!

(Les trois fleurs ont oublie Papillonne. Tout à coup Violette s"approclic d'elle. Violette se trouve maintenant entre Rose et Papillonne.)

VKiLETTE.

Mais tu ne parles point, Papillonne, ma mie?

ROSE, très vivement.

Tiens! c'est vrai.

.\IARGL"i:r,';TE, de même.

Qu'as-tu donc?

ROSE, de même.

Tu parais endormie.

VIOLETTE, compatissante.

Non; elle a du chagrin.

M.\RGUERITE, très vivement.

Du chagrin? et pourquoi?

ROSE, de même.

\^n vrai chagrin, le jour de tes noces?

MARGUERITE, de même.

Dis-moi

Ce qu'on t'a fait.

RO.SE, de même.

Qu'as-tu?

MARGUERITE, de même.

Qu'est-ce qui te chiffonne?

(Papillonne se lève lirusqueaient.) PAIMLLONNE, détachant les mots avec colère.

C'est une chose absurde, incroyable, bouffonne. Que de conclure ainsi les mariages. Mais La noce n'est pas faite.

ROSE, toute décontenancée.

Alors?...

PAPILLONNE

Je vous promets

Que maître Papillon me paîra cette insulte...

(Les trois autres la regardent d'un air interrogateur. Pafiillonno reprend avec énergie :)

Pour épouser les gens, au moins, on les consulte!

ROSE, très vivement.

Elle a raison.

MARGUERITE, de même.

C'est vrai.

VIOLETTE, de même.

Je t'approuve.

PAPILLONNE, indignée.

Comment!

Papillon, m'a-t-on dit, avait l'ait le serment De ne se marier que le plus tard possible; Et puis, un beau matin, parce qu'il est sensible A des attentions trop llatteuses, voilà Que tout est commandé : le festin de gala, Les lumières, le l)al... même la mariée! C'est bizarre.

ROSE

En effet.

PAPIM.ONXK.

Ah! s'il m'avait priée De lui faire la grâce, et la joie, et l'honneur D'être sa femme, bien! Mais non pas. Monseigneur Crie à qui veut l'entendre : « Or c^à, je me marie! » La nouvelle, aussitôt, court dans l'herbe fleurie. Et je l'apprends devons... par hasard! C'est trop fort.

ROSE, très calme.

Révoltant.

MARGUERITE

Il faudra bien le gronder, d'abord...

(Un temps : elle regarde Papillonne.)

Ensuite...

(Elle fait un pas; puis, très gentiment, avec un accent de prière, et joignant les mains :

...pardonner.

VIOLETTE, vivement.

Oh! oui!

LE MAIIIAGK DI:: PAI'ILLONNE 111

r.usE.

C'est le plus sage.

iColirt silence.; PAPILLONNE, finement, les reganLint bien tour à tour.

Sjiffc Hosc, tu veux nionlrer tou beau corsage. Marguerite au cœur d'fU", tu grilles de danser. Toi-même, tu voudrais aussi te trémousser, Violette, et déjà ton petit pied frétille...

{Les trois fleurs baissent la tOto avec embarras. Papillonuc s'en amuse.)

11 vous tente, ce bal, hein?

(Un sileucc.) VIOLKTTE, ingénument.

Beaucoup.

ROSE ET MARGUERITE, très câlines.

Sois gentille...

P.\PILLONNE. après un silence.

Je dois faire un aveu : c'est qu'il me tente aussi!

VIOLETTE, vivement.

Bravo, ma Papillonne!

M.\RGUERITE, de même.

Ah ! que c'est bien !

ROSE, de même.

Merci !

PAPILLONNE

La franchise vaut mieux que toutes les grimaces. !Mais je veux effrayer i)ar dliabiles menaces Mon traître Papillon.

(Cherchant à se justifier :)

Ceci n'est point mentir...

Il s'agit d'exciter en lui le repentir. Lorsqu'il aura compris que son aplomb fut rare De vouloir m'épouser sans même crier gare...

'On entend, vers la droite et à ([uelque distance, la voix de Papillon, qui coupe la parole à Papillonne.)

PAPILLON, chantant.

Il faut te marier, Papillon couleur de neige.

Il faut te marier Par-devant le vieux Mûrier...

il2 THÉÂTRE POL'R LES JEUNES EiLLeS

PAPILLONNE, très agitée.

C'est lui. Vous reviendrez tout à riieurc. Silence!

(Les trois fleurs sortent vivement, par la gauche.)

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