‹ Théâtre pour les jeunes fillesChapitre 75 sur 203 · SCÈNE II PAPILLONNB, ensuite PAPILLON · texte numérisé non relu

SCÈNE II PAPILLONNB, ensuite PAPILLON

PAPILLONNE, seule.

Seule... Je sens mon cœur battre avec violence.

(Elle fait dcu.x ou trois pas. Puis d'une voix douce et avec un peu de confusion :)

J'aime bien Papillon...

(IClle regarde un instant le Mûrier vénérable.)

Voilà le vieux Mûrier Oui doit, si l'on dit vrai, ce soir nous marier.

(S'approchant de l'arbre, et joignant les mains :)

Doux arbre nourricier du tendre ver à, soie, Ah! puisses-tu bénir, ce soir, notre humble joie!

La voix de P.VPILLON, plus rapprochée.

Gai, gai, inarions-nous, Jusqu'au jour faisons bombance !

Gai, gai, marions-nous, Longue vie aux deux époux!

0 mignonne,. entrez en danse; Tout le bal languit sans vous.

Gai, gai, marions-nous, Jus(iu"au jour faisons bomiiance!

(iai, gai, marions-nous, LiMiguc vie aux deux époux !

(Tandis que PajiiUonne cherche éperdùmont une cacheUe, Papillon entre par la droite en chantant la fin du couplet.)

PAPILLONNE, très vivement.

Églantier, cache-moi.

(Elle se place à gaucho derrière le Iniisson d'églantier, de façon à étio vue du spectateur, maisinon pas de Papillon.)

PAPILLON, parlant tout seul.

C'est chose décidé(\..

Cerles, plus d'une lois j'en avais eu l'idée; Mais... j'hésitais toujours.

l'AI'ILI.ONNr:, à p;ut.

\'aui'i<'u !

PAPILLON

Ce lut touchant.

Je suis capricieux, Irirer, mais pas méchant.

'Avec simplicité :

Je crois mrnie être assez aimable.

PAPILLONNE, à part, d"une voix aiguë.

Tu te flattes.

PAPILLON

Ces marques d"amiti6, ces offres délicales, Mont fout ému : je vais me marier.

PAPILLONNE, à part, avec ironie.

Vraiment?

PAPILLON

Papillonne est gentille...

(Elle sourit et fait la révérence.)

et me trouve charmant.

PAPILLONNE, à part.

Oh ! le fat !

PAPILLON

C'est pourtant chose bien sérieuse, Pour un franc vagabond, d"humeur folle et rieuse. Que de se marier...

(Ces derniers mots ont été dits d'une voix lente et grave. Il reprend, après un coup d'œil jeté vers les arbres :)

Tous ces merles siffleurs Me disent : « Papillon, une chaîne de fleurs Est douce à respirer; mais quoi? c'est une chaîne. Ah! tu n'entendras plus, à la saison prochaine, Vibrer les trilles d'or du rossignol chantant, Sans te dire soudain : « Papillonne m'attend! ' » Alors, laissant Grillon faire son gai tapage. Tu rentreras souper en famille, beau page! »

PAPILLONNE, à part, un peu agacée.

Voyez le grand malheur!

PAPILLON, suivant son idée.

Oui, jolis merles : mais Papillonne est habile à préparer des mets Variés et friands...

1, Ceci est dit avec une sorte d'effarement, à la façon d'un homme qui se rappelle tout à coup une chose importante qu'il avait oubliée.

l'AI'lLLONXE, indignée.

C'est pour cela qu'il m'aime!

l'APILLUN.

Bah! soyons philosophe. On rira bien quand même.

(l'apillonne sort brusquement do sa cachette.) PAPILLONNE, Laissant écLater son dépit.

Pas avec moi, toujours!

(Papillon se retourne vivement.) PAPILLON.

Comment! tu m'écoutais?

PAI'ILLONNE, très nerveusement.

Allons, va, continue.

PAPILLON, vexé.

Ah! mais non... je me tais.

Tu n'as pas ton humeur joyeuse des dimanches. Vois : la colère lait trembler tes ailes blanches. Aussi, pour te punir, je cesse de causer.

(Ajipuyant sur chaque syllabe :)

Je ne te dirai pas...

PAPILLONNE, avec malice.

Que tu veux m'épouser?

PAPILLON, de plus en plus vexé.

Ah! fi! comme c'est laid!

PAPILLONNE

Quoi?

PAPILLON

D'écouter aux portes.

PAPILLONNE, avec une feinte gravité.

Je vous prends à témoin, silencieux cloportes lUoltis sous cette pierre au bord du frais sentier. Que j'écoutais derrière un buisson d'églantier.

(Se tournant vers Papillon ;)

On ne voit, dans ce parc, ni porte ni fenêtre.

PAPILLON, d'un air pincé.

Vous avez de l'esprit.

PAPILLONNE, amicalement.

Papillon, sois ton maître.

Ixoute, par les soirs du suave printemps, Écoute retentir les trilles éclatants

Du tendre rossignol caché sous la charmille, Sans te préoccuper d'un repas de famille. Crois-moi : reste garçon.

PAPILLON, ne pouvant croire que c"est sérieux.

Tu plaisantes.

PAl'lLLONNE.

Non pas.

PAPILLON, gentiment.

Mais si.

PAPILLONNE, d'un ton ferme.

Mais non.

PAPILLON, avec une moue affligée.

Alors je m'en vais... de ce pas...

PAPILLONNE, railleuse.

Te pendre au fin bouleau par l'une de tes pattes?

Ou, sans peur de mouiller tes ailes délicates,

Faire un plongeon dans l'eau de la source au bruit clair?

PAPILLON, souriant.

Non, tu pleurerais trop : car... tu m'aimes!

PAPILLONNE, dépitée.

Jai l'air, Moi, de t'aimer? Tu risi

PAPILLON, conciliant.

Écoute, Papillonne.

Je folâtre, je vais, je viens, je tourbillonne; Mais je t'épouserai... parce que j'ai promis De le faire.

PAPILLONNE

A qui donc?

PAPILLON

A mes plus chers amis.

PAPILLONNE

Oh! la belle raison! Elle me paraît neuve.

PAPILLON

Ils m'ont supplié, tous, et chacun d'eux fit preuve D'une si gracieuse et si tendre amitié, Que... je me suis rendu.

(Très aimable :)

Sois ma blanche moitié.

PAPILLONNE, à part, avec dépit.

Il ne comprendra pas sa l'olle oulreciiidancc !

l'APII.LdN.

Limaçon, agitant ses cornes en cadence, M'olïrit pour te loger (j'en fus tout ébloui) L'élégante maison qu'il transporte avec lui. J'ai peine, en y pensant, à retenir mes larmes.

PAPILLONNE, sèchement.

Ce merveilleux palais serait pour moi sans charmes.

PAPILLON, avec un doux reproche.

Quoi! tu n'es pas émue, et j'ai lailli pleurer?

PAPILLONNE, afrectant le dégoût.

Limaçon est visqueux.

(Puis, sèchement :)

Tu devais t'assurer.

D'abord, qu'il nettoierait à fond son domicile. L'as-tu fait?

PAPILLON, interloqué.

... Non...

PAPILLONNE, triomphant.

Tu vois!

PAPILLON, agacé.

C'était chose facile Et charmante, en effet, de dire à Limaçon :

(D'un air protecteur :)

« J'accepte ta coquille; oui, mon brave garçon... Mais quand tu l'auras bien nettoyée. »

PAPILLONNE, à part, et riant presque.

Il m'amuse.

PAPILLON

L'industrieuse Abeille, à la face camuse,

A promis, pour la noce, un peu de miel nouveau ;

Fourmi, des grains de blé; Grillon...

PAPILLONNE, l'interrompant.

Je dis : Bravo!

Tout cela (car je suis un tantinet gourmande) N'est pas sans m'allécher. INIais, je te le demande, Lorsque l'on se marie, est-on seul?

PAPILLON, trouvant la question burlesque.

On est deux!

PAPILLONNE

Tes amis sont galants! D"où vient que pas un d'eux N'a glissé cet avis dans ta tète brouillonne :

(Un temps; puis, sans se presser:)

« Avant de lépouser, consulte Papillonne »?

PAPILLON, stupéfait.

Moi, te consulter"?

PAPILLONNE, sèchement

Dame !

PAPILLON, hésitant.

Il me semblait...

PAPILLONNE

Quoi donc?

PAPILLON, de même.

Oue tu serais..

PAPILLONNE

Ravie? Ah! vous n'êtes pas long, Monsieur, à décider ce qui pourrait me plaire.

(Un temps. Puis, brusquement :)

Mariez-vous tout seul!

Elle fait un mouvement pour sortir.) P.UMLLON, tendrement.

Apaise ta colère.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que nous nous connaissons. Ensemble, mainte fois, écoutant les chansons Des joyeux loriots, des bouvreuils, des fauvettes, Xous avons respiré l'âme des violettes.

L'aurore nous a vus ensemble, voltigeant Sur la fraîche prairie ou le ruisseau d'argent, Et c'était une joie — est-ce que tu l'oublies? — De nous mirer tous deux dans ses ondes jolies...

PAPILLONNE, ;ivec un soupir.

Être ton épousée, alors, m'eût semblé doux.

Mais, lorsque je disais : « Quand nous marierons-nous? »

Mystérieusement tu répondais : « J'y songe... »

(Elle regarde Papillon bien en face; puis, très nettement :)

Cela m'avait tout l'air d'un horrible mensonge.

PAPILLON, ofiensé.

Ail ! peux-tu croire?...

PAPILLONNE, coupant court à toute explication.

Enfin, tu songeais, n'est-ce pas?

Moi, tout en préparant l'iiumble et gentil repas Que j'ai l'intention de m'olïrir pour ma fête, Je vais examiner à loisir ta requête.

(Kilc va pour sortir.) PAPILLON, avec prière.

Tu pars en me laissant presque désespéré... Dis, ne seras-tu pas ma femme?

(Un assez long silence.) PAPILLONNE, d'un air indifférent.

Je verrai.

(Elle sort à gauche. Papillon la regarde sortir; puis il baisse la tête Un silence.)

Page 1