‹ Théâtre pour les jeunes fillesChapitre 87 sur 203 · COSTUMES · texte numérisé non relu

COSTUMES

Ils ont ici beaucoup plus d'imijorlance que le décor.

L'Apparition sera vêtue à l'antiiiue. Consultez, à ce sujet, les indications données à la suite de Aausicaa, et aussi les reproductions des belles statues grec((ues drapées. I^es vêlements de rApparitiou seront blancs.

Les autres personnages auront des costuuH>s imitant ou rappelant les Heurs ou les insectes dont ils portent les noms. L'imagination peut se donner carrière par des fantaisies originales et gracieuses. Il n'est pas trop malaisé de nqtrésenter pres(iue au naturel Rose, Marguerite et Violette. CoiU'ures, jupes, corsages,

tÉ MARtAGE DE PAPtLLONNE 133

peuvent donner une idée vraie et ciinrmnnte des trois (leurs. Ne vous croyez pas ol)lijié de niodilier le costume de Rose et de Marjiuerite avant leur réapparition, bien fpi'elles aient annoncé diverses reclierclies de loiktte en vue de la noce. De même, il importe peu (|ue tous les petits pieds soient chaussés ou non de satin rose, maipré certain vers de Grillon dans la chanson finale. Danser avec joie et avec pràce, c'est une fa(,-on idéale, el certes la meilleure, d'avoir des souliers de satin rose.

Pa|)illon et Papillonne sont tout velus de lilanc, et pourvus de petites aili's hiaiiilies, fixées sur le dos, à l'endroit où commencent les épaules. Il va sans dire que ce sont, pour la forme, des ailes de i)a|)iIlon, les délicates ailes attrihuées par les artistes à Psyché. Psyché, eu i:rec, sipnilie .\m(' : l'Ame est chose légère, ailée, c'est un iihre et divin Papillon.

Le costume du fiancé, pourvu (]u'il soil tout iiianc peut être con(;u de diverses la(;ons. En voici deux : éh-panl et riche, il serait en satin hianc et dessiné d'après le costume français du xvui'= siècle, simijlifié, poétisé par Watte.iu; voyez, au Louvre, un délicieux Léandre de ce firand peintri'. Mais Papillon jiourra être charmant sous le traditionnel costume de Pierrot, costume flottant, aux long-ues manches, qu'il est facile d'éjiayer par queh|ues fanfreluches de salin hlanc. Papillon sera donc un Pierrot ailé, avec une coilfunî ailée aussi, et surnutntée de fines antennes. Ou bien il sera vêtu comme il vous jjlaira.

J'aimerais que Limaçon, mollusque aimable parmi des insectes, fût coiffé de sa co(piille et vctu (pourpoint et liaut-decbausses) d'une étoffe dont les zébrures indécises rappelleraient la coquille de l'escarf-ot. Je vêtirais Abeille de velours, or et brun, je la coifferais d'une tète d'abeille, une de ces fij-ures à double lobe que les Grecs déclaraient camuses, et d'où le nez, avouons-le, est absent. Je donnerais à Grillon un costume Louis XVI, habit à la française et culotte courte, le tout de luisante étofîe brune. Je sèmerais çù et là, sur la tête et le dos de mes bonshommes, des antennes ou des ailes. Cigale en profiterait, tout en étant de sa vraie couleur, brunâtre ou grisâtre, et non pas verte à la façon des petites sauterelles de l'herbe i. Fourmi, ma gentille moricaude, serait vêtue de noir et aurait le chignon serré par un mouchoir de Basquaise, noir aussi. Ver- Luisant, do la tète aux pieds, serait en or ou en argent. Entendez par lii n'importe quelle étoffe ou papier aux reflets métalli(iues.

1. Ceci est à l'adresse des Parisiens et des Parisiennes, généralement portés à croire que les cigales sont vertes.

DICTION

Go n'est p;is ici le lien de laiie un ('(nirs de diclion: mais Je résumerai mon senliuu'nl peisounei sur la l;u.'iiii dunl il faut réciler les vers, en disant ([u'iis ne ddiveiit pas eli'e récités coninie du la prose.

Une personne douée de sens poéticiue. et dont roreille esl exercée, démêle aisément les syllabes du vers sur les(iuelles le poète désire ([ue l'on appu'ie, sylhihes bien accentuées, appartenant H un mot T'iclie de sens. Taisant imap'e ou impréiiné d'éuHition. Ces accents principaux sont tout à fait disliin-ts des temps d'arrèl e\ii:-es pai' le sens i;rainmatical, (jiu; la ponctuation in(lii|iie: ils ne coïncident pas nécessairement avec la (in d'un vers, ni avec son milieu, s"il est cmiiposé de deux liémisliclies. Ils son! 1res dillV'i'enls aussi de l'insislance (pu' l'on peut melire sur on mut alin de |n-nduire nn de ces ell'els dramaliijues doni les acleors son! avides. e( (|ue parfois ils distribuent fiénéreiisemenl siii- des mois lui des i:roupes de mots pour lescinels le poète eùl sonliailé une inlei pri'lation fort sii'nple. Si l'on insis'e trop srir les syllabes ipie le poêle accentuerait Ini-nièuH', on produit une sorle de nu'lo|M'e ((ni n'est i)as sans niouolonie: mais, si l'on n'y insisle pas assez, on prive le vers de celle sorle de nnisi([ue sans lai|uelle il n'y a p'iiul de pei'sii'.

Du resli'. il ne faudra jias dii-e de la m(''no' fa(;iin (cela \a de soi) deux poénu's donI l'espril sera (lilfei'eol. t'n mui-ceau lyriipie où le senlinient jaillil a\-ec furce. oii s'eparn-|ie la lendressi'. ou reiilliousiasnn' déborde, esl. pres(iue à la lellre. un ■• cliani ». el le \'ers de\ra y <''lre •• clianli' ». Le \'ers d'un jxièle comi(|Ue ])i'Ul, en l'evanche. c(Uilenii- l'orl peu de cbant. sans élre. iiour cela, de la prose l'iuiee: ini \'ers aleiie. iin-isif. bien l'rappi'. esl lo{ijours un vers, nuMue s'il esl dépourvu d'une poésie (|ue le sujet ne comporle pas. Dans une nienu' pièce de Ibeiilre. le bm peut élre exlrémenu'ill vai'iable. el la fai-iui d'eu ii'ciler les \ers doit varier en consé(|ueiu'e. Si l'anleur \\r s'esl |ias reinlu coupable de platitude, il y aura dans le \-ers le plus j'aniilier une frràce pai-liculiere, un je ne sais ipjoi par ofi il se dislinpnera d'un(> liiiue de prose ayaiil le UK'me uumbre de syllabes. Il faudia l'aire seiilir ce je ne sais (pioi. uiais sans y insister, comme i usliuclivenu'iil ; el. a d'anires passap-es, d'une inspiraliiin plus reb'M'e, le vci's se fera plus l'icbe <'u accenis. la rime |)lus \ibranle. la nu'loilie plus dnuce n\i plus lorb'.

11 faut se parder de l'emidiase a\-ec nu soin exirème. el (Ui l'évitera d'aulanl plus sùremeni (pie l'on epnniNcra une emolion l)lus vraie. Le mauque (!<• i\alurel i:;'ile les lueilleures ipialilés. JNlais il y a bien i\r^ manières d'èlre nalur{d : (ui peut l'èlre a\»'c noblesse, avec elèi^ance. a\ec prulnuileur. Il w'v a rien de plus

naturel que la iriajeslé de l'océan, la j:rà<'(' de la rose ou la coléro d"un pfui)l('.

J"ai doinii", au cours de la i)ii'ce, toutes les indications i[ui m'ont [laru nécessaires ou utiles pour éviter une interprétation fautive d(î tel ou tel vers et pour souli^'-ner Ic-s moindres nuancps de sentiment. Je n'ajouterai ([U(! deux recommandations très fiénérales. La pri'iniére est de i)rendi'e des temps partout où cela est pres<Tit dans le texte, au lieu de réciter sans inl(UTuption tous les vers (|ue l'on doit dire avant de eédor la pande a un autre personnaiie. La seconde est do n(3 pas marquer invarialileiuent un arrêt à la lin du premier hémistiche, en récitant des vers alexandrins. 11 est vrai (|U(! cet arrêt a été rei^ardé comme (d)lii:atoire durant la périodtî classi(|ue de notre littéraratiire. Mais nos liiands poètes. Corneille, Molière, i»acine, La Fontaine, ont violé assez souvent la réirle ([u'ils ne smii;caient point à niodiller. L'inévitahie temps d'arrêt au milieu du v(>rs. dans une succession d'alexandrins, ne tarde pas à donner une inii)ressir)n do monotonie. Victor llu^o a fait vr)lontairement et avec suite ce que les classicpu's avaient fait par instinct et peut-être en se lo reprochant. Parfois, comme une flèche, lo vers du poète s'élance, sans aucun arrêt sensible, jusqu'à la rime qui en marque le terme; plus souvent le « repos en l'hémistiche », comme disait le vieux Corneille, a pour é([uivalenls, chez Victor llup-o, deux Huts accents dont l'un est place dans la première moitié du vers, l'autre dans la seconde. Levers de douze syllahes est ainsi c(uiiposé do trois parties, épales ou inégales, et il peut être dit « ternaire ». Pourvu (ju'il n'en soit point fait alius, cette sorte de vers rompt très heureusement la untufiloiiie de l'alexandrin à césure réf;ulière.

Les alexandrins de coupe ternaire no manquent pas dans le Mnrififjc de PniiiUonne.

Le vers que voici doit être dit d'un seul trait, dans un mouvement modéré :

Quand Ihomme a bravement iravaillo jusrju'au soir.

Si l'on place des accents dans l'intérieur du vers, ils seront lépers et porteront sur le mot l'/iomnic, et sur la dernière syjjahe do Iravaillé. Mais il ne fe.ut ]ias dire :

Quand l'iiomme a bravement... travaillé jus(|u'au soir.

11 y a presque toujours un fort accent sur la dernière syllal)e du vers, celle (jui constitue la rime, et le plus ordinaire lecteur le fera sentir sans même y prendre garde. Il y a des exceptions à cet usape, mais elles sont rares. Si le poète a placé à la rime une conjonction, par exemple -.Mais, on supposera ([u'ilavoulu insister sur la restriction que ce mot im|iii(iue, et, [lar suite, sur la svilahe elle-même.

MUSIQUE

La liiélodie du chœur ; Blanche épousée... n été empruntée à VOrphée de Gluck et transposée de fa en mi bémol, pour convenir à toutes les voix. On pourra tout aussi bien, selon les éléments dont on disposera, transposer en mi naliii'el ou fiarder le ton de ./'«.

Tous les acteurs qui sont en scène chantent à Tunisson. Pour renforcer le chant, on pourra placer dans les coulisses, à droite et à gauche, des jeunes filles ou des enfants aux voix justes et fraîches. 11 en faudra une dizaine au plus, qui chauleront à l'unisson avec les acteurs en scène. Papillonne et les trois Fleurs pourront être utilisées. Il va sans dire (jue l'admirable mélodie de Gluck devra être chantée avec beaucoup de |)ureté, de douceur et d'expression.

Si, par bonheur, on dispose d'un bon violoniste ou iltjtiste, il pourra jouer (à l'unisson avec le piano) la mélodie de la première phrase, lorsqu'elle sert de prélude; puis le chœur, accompagné au piano seulement, chantera cette même phrase; la seconde (sans les voix) sera jouée par la llùlerou le violon avec le piano; et, à la rentrée du ciio'ur, les deux iiislruments continueront de jouer ensemble jusqu'à la fin.

On jouera avec une extrême douceur la mélodie qui accompagne la Bénédiction nuptiale, afin de ne pas couvrir la voix i'rêïe de Violette, que j'ai elle-même priée de parler très distinctement et sur un ton assez élevé i. Le môme motif (abrégé) pourra être joué un peu plus fort à la sortie de l'Apparition, mais toujours d'une façon très liée, av(>c beaucoup de charme et de tendresse.

L'air que Papillon fiedonne dans la coulisse doit être chanté sans accompagnement. C'est la mélodie des Noces du Papillon.

Si l'on a un flûtiste, le thème de la Marche des insectes sera joué sur la petite llûle ou sur le fifre, dans le registre le plus aigu. Le pianiste ne jouera i|ui! les accords écrits sur la seconde portée; il ne jouera même rien du tout, si l'on a un lamhour pour frapper le rythme indiqué par ces accords.

La Chanson de Noces, qui est sur le même air, doit être chantée gaiement, bien rythmée, dans un mouvement ([ui ne soit pas trop vif, afin que la prononciation reste tout à fait distincte. (Grillon ne doit pas avoir la langue paresseuse.) 11 faut attaquer très franchement; les deux premiers vers de chaque couplet seront repris avec entrain. La mélodie se fait plus gracieuse aux deux vers suivants, pour reprendre, au dernier, son ryllime ferme et dansant. Reprise allègre de ce dernier vei-s.

1. Sur do la musique parlez toujours dans Ir haut de la voix. Les intonations graves no seraient pas entendues.

Le Iroisii'ine couplet sera chanté avec plus de douceur et de frràce que les autres. Le déLut et la lin du quatrième exigent un vrai délire d'enthousiasme. A la reprise du dernier vers, on pourra élarjiir un peu, mais il faudra rythmer avec une extrême énergie.

A chaque couplet, Grillon fera des gestes appropriés aux paroles, et le cho'ur répétera ces gestes en même temps ([u'il reprendra tel ou tel vers.

Premier couplet. — A la fin du premier vers et pendant le second, imitez avec les deux mains les mouvements d"un joueur de lifre. Au dernier vers, dansez sur place.

Second couplet. — Au deuxième vers, appuyez-vous les deux mains sur le cœur. En chantant ces mots : Tant qu'une étoile brillera. Grillon lève les yeux au ciel et désigne une étoile avec sa main droite. Au dernier vers on se tourne vers Papillonne : Grillon d'abord, le chœur à la reprise. Papillonne saluera.

Troisième couplet. — Aux deux premiers vers, penchez le corps à droite, la physionomie attentive, la main droite élevée à la hauteur et à quelque distance de l'oreille. Au dernier vers, les bras coudés et un peu écartés du corps, les mains à plat, les ongles en dessus, abaissez tour à tour et élevez légèrement les deux mains ensemble, afin d'imiter la palpitaliun des eaux miroirant à la clarté de la lune.

Quatrième couplet. — Au deuxième vers, levez les bras au ciel. En chantant les vers 3 et 4, Grillon se tourne vers Papillon et Papillonne; le ciiœur regarde les fiancés, qui saluent. Au dernier vers, portez les deux mains au front en disant le mot : tète: puis éc;irtez-les avec force à la fin du vers.

Il n'est pas besoin d'insister sur l'expressive douceur, le charme mélancolique de la mélodie qui a servi pour la Romance de Papillon; mais on peut recommander à l'interprète de ne pas prendre trop lentement et de chanter bien en mesure. Si l'on a un violoniste ou un flûtiste, il pourra jouer, à l'unisson avec le piano, le prélude de cette Romance. Le piano seul accompagnera la voix. La chansonnette de Grillon doit être gaiement rythmée, enlevée avec une légèreté joyeuse. 11 y a une remarque plus spéciale à faire sur la Romance de Limaçon. La mélodie, d'un sentiment vrai et pénétrant, ne doit qu'à la situation de paraître comique. Limaçon ne fera donc pas de cette romance une charge : aux derniers mots seulement {les fleurs), il aura une intonation caverneuse qui pourra faire rire.

La partition du Mariage de Papillonne contient toutes les autres ndications utiles.

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