AGAMEMNON, ULYSSE AGAMEMNON
Juste del, c'est ainsi qu'assurant ta vengeance, Tu romps tous les ressorts de ma vaine prudence ! Encor si je pou vois, libre dans mon malheur, Par des larmes au moins soulager ma douleur ! Triste destin des rois ! Esclaves que nous sommes Et des rigueurs du sort et des discours des hommes, Nous nous voyons sans cesse assiégés de témoins ; Et les plus malheureux osent pleurer le moins (1).
ULYSSE
Je suis père, Seigneur. Et foible comme un autre. Mon cœur se met sans peine en la place (2) du vôtre ; Et frémissant du coup qui vous fait soupirer, Loin de blâmer vos pleurs, je suis prêt de (3) pleurer. Mais votre amour n'a plus d'excuse légitime : Les Dieux ont à Calchas amené leur victime. Il le sait, il l'attend ; et s'il la voit tarder. Lui-même à haute voix viendra la demander. Nous sommes seuls encor : hâtez-vous de répandre Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre. Pleurez ce sang, pleurez ; ou plutôt, sans pâlir, Considérez l'honneur qui doit en rejaillir ; Voyez tout l'Hellespont blanchissant sous nos rames, Et la perfide Troie abandonnée aux flammes, Ses peuples dans vos fers, Priam à vos genoux, Hélène par vos mains rendue à son époux. Voyez de vos vaisseauz les poupes couronnées (4) Dans cette même Aulide avec vous retournées, Et ce triomphe heureux qui s'en va (5) devenir L'étemel entretien des siècles à venir.
AGAMEMNON
Seigneur, de mes efforts je connois (6) l'impuissance.
(1) Passage imité d'assez prés d'Euripide.
(2) En la place pour à la place esl usuel au xvii» siècle.
(3) Le xvn« siècle confond constamment prêt de, pris de, prêt à.
(4) C'était l'usage dans l'antiquité, avant le départ des vaisseau.x, de couronner leur poupe de fleurs.
(5) S'en va pour va marquant un futur est assez fréquent au xvii» siècle. {&) Connais := reconnais. Au xvii» siècle un grand nombre de verbes ont,
sous la forme simple, le sens que nous réserv'ons aux composés [tenir — oJ>tenir, trancher = retrancher, etc.).
RACINE ■
Je cède, et laisse aux Dieux opprimer l'itanoceace. La victime bientôt marchera sur vos pas. Allez. Mais cependant faites taire Calchas ; Et m'aidant à cacher ce funeste mystère, Laissez-moi de l'autel écarter une mère.
FIN DU PREMIER ACTE
IPHIGENIE