‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 103 sur 133 · AGAMEMNON, IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS

IPHIGÉNIE

Seigneur, où courez-vous? et quels empressements Vous dérobent sitôt à nos embrassements ? A qui (1) dois-je imputer cette fuite soudaine ? Mon respect a fait place aux transports de la Reine. Un moment à mon tour ne vous puis-je arrêter? Et ma joie à vos yeux n'ose-t-elle éclater ? Ne puis-je...

AGAMEMNON

Hé bien ! ma fille, embrassez votre père, Il vous aime toujours.

IPHIGÉNIE

Que cette amour m'est chère !

Quel plaisir de vous voir et de vous contempler Dans ce nouvel éclat dont je vous vois briller ! Quels honneurs! quel pouvoir? Déjà la renommée Par d'étonnants récits m'en avoit informée ; Mais que voyant de près ce spectacle charmant (3), Je sens croître ma joie et mon étonnement ! Dieux ! avec quel amour la Grèce vous révère ! Quel bonheur de me voir la fille d'un tel père !

Vous méritiez, ma fille, un père plus heureux.

(1) Amour au singulier pouvait encore à cette date Otrc des deux genres. Mais le masculin tendait a l'emporter et c'est le genre le plus fréquent chez Racine.

(2) Qui — quoi. Emploi fréquent au xvn» siècle.

(3) Charmant n'avait pas alors le sens mièvre qu'il a pris aujourd'hui. 11 Signifiait, d'après l'èiymologie, qui surprend par un pouvoir magique.

KACINE. T. II.

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RACINE

IPHIGÉNIE Quelle félicité peut manquer à vos vœux ? A de plus grands honneurs un roi peut-il prétendre ? J'ai cru n'avoir au ciel que des grâces à rendre.

AGAMEiMN'ON

Grands Dieux ! à son malheur dois-je la préparer?

IPHIGÉNIE

Vous vous cachez, Seigneur, et semblez soupirer ; Tous vos regards sur moi ne tombent qu'avec peine. Avons-nous sans votre ordre abandonné Mycène?

AGAMEMNON

Ma fille, je vous vois toujours des mêmes yeux, Mais les temps sont changés, aussi bien que les lieux. D'un soin (1) cruel ma joie est ici combattue.

IPHIGÉNIE

Hé ! mon père, oubliez votre rang à ma vue. Je prévois la rigueur d'un long éloignement. N'osez- vous sans rougir être père un moment? Vous n'avez devant vous qu'une jeune princes A qui j'avois pour moi vanté votre tendresse. Cent fois lui promettant mes soins, votre bonté, J'ai fait gloire à ses yeux de ma félicité. Que va-t-elle penser de votre indifférence ? Ai-je flatté ses vœux d'une fausse espérance ? N'éclaircirez-vous point ce front chargé d'ennuis ?

AGAMEMNON

Ah ! ma fUle !

IPHIGÉNIE

Seigneur, poursuivez.

AGAMEMNON

Je ne puis.

IPHIGÉNIE

Périsse le Troycn auteur de nos alarmes !

AGAMEMNON

Sa perte à ses vainqueurs coûtera bien des larmes.

IPHIGÉNIE

Les Dieux daignent surtout prendre soin de vos jours !

AGAMEMNON

Les Dieux depuis un temps me sont cruels et sourds.

IPHIGÉNIE

Calchas, dit-on, prépare un pompeux sacrifice.

Puissé-je auparavant fléchir leur injustice !

IPHIGÉNIE

L'offrira-t-on bientôt ?

(ï) Soin = souci. Sens fréquent au xvii» siècle.

IPHJGENIE

AGAMEMNON

Plus tôt que je ne veux.

IPHIGKNIE

Me sera-t-il permis de me joindre à vos vœux? Verra-t-on à l'autel votre heureuse famille?

AGAMEMNON

Hélas!

IPHIGÉNIE

Vous VOUS taisez ?

AGAMEMNON

Vous y serez, ma fille (1).

Adieu.

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