IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS
IPHIGÉNIE De cet accueil que dois-je soupçonner? D'une secrèie horreur je me sens frissonner. Je crains, malgré moi-même, un malheur que j'ignore. Justes Dieux, vous savez pour qui je vous implore.
ÉRIPHILE Quoi? parmi tous les soins qui doivent l'accabler, Quelque froideur suffit pour vous faire trembler? Hélas! à quels soupirs suis-je donc condamnée. Moi, qui de mes parents toujours abandonnée, Étrangère partout, n'ai pas même en naissant Peut-être reçu d'eux un regard caressant ! Du moins, si vos respects sont rejetés d'un père, Vous en pouvez gémir dans le sein d'une mère ; Et de quelque disgrâce enfin que vous pleuriez, Quels pleurs par un amant ne sont point essuyés?
IPHIGÉNIE
Je ne m'en défends point : mes pleurs, belle Ériphile, Ne tiendroient pas longtemps contre les soins d'Achille; Sa gloire, son amour, mon père, mon devoir, Lui donnent sur mon âme un trop juste pouvoir.
(i) Il y a dans cctic sciinc des imitations prociscs d'Euripide. Voici les plus précises : « Iphig.: Que les regards sont sévères, malgré la joie de me revoir... Ne Ironcc pas le sourcil et déride ton front. — Agamemnon : Bien d'autres périront et c'est là ce qui m'a perdu. — Iphig : Mais nous assisterons au sacrifice pour voir ce qui est permis. — Agam : Tu y seras : car tu te tiendras prés de l'autel ». On voit combien le vous y serc^ ma fille eat plus énergique que ce dernier trait.
RACINE
Mais de lui-même ici que faut-il que je pense?
Cet amant, pour me voir brûlant d'impatience,
Que les Grecs de ces bords ne pouvoient arracher,
Qu'un père de si loin m'ordonne de chercher,
S'empresse-t-il assez pour jouir d'une vue
Qu'avec tant de transports je croyois attendue?
Pour moi, depuis deux jours qu'approchant de ces lieux.
Leur aspect souhaité se découvre à nos yeux,
Je l'attendois partout et d'un regard timide
Sans cesse parcourant (1) les chemins de l'Aulide,
Mon cœur pour le chercher voloit loin devant moi.
Et je demande Achille à tout ce que je voi.
Je viens, j'arrive enfin sans qu'il m'ait prévenue (2).
Je n'ai percé qu'à peine (3) une foule inconnue ;
Lui seul ne paroît point. Le triste Agamemnon
Semble craindre à mes yeux de prononcer son nom.
Que fait-il? Qui pourra m'expliquer ce mystère?
Trouverai-je l'amant glacé comme le père?
Et les soins de la guerre auroient-ils en un jour
Éteint dans tous les cœurs la tendresse et l'amour?
Mais non : c'est l'offenser par d'injustes alarmes,
C'est à moi que l'on doit le secours de ses armes.
Il n'étoit point à Sparte entre tous ces amants
Dont le père d'Hélène a reçu les serments :
Lui seul de tous les Grecs, maître de sa parole,
S'il part contre Ilion, c'est pour moi qu'il y vole;
Et satisfait d'un prix qui lui semble si doux.
Il veut même porter le nom de mon époux.