‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 104 sur 133 · IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS

IPHIGÉNIE De cet accueil que dois-je soupçonner? D'une secrèie horreur je me sens frissonner. Je crains, malgré moi-même, un malheur que j'ignore. Justes Dieux, vous savez pour qui je vous implore.

ÉRIPHILE Quoi? parmi tous les soins qui doivent l'accabler, Quelque froideur suffit pour vous faire trembler? Hélas! à quels soupirs suis-je donc condamnée. Moi, qui de mes parents toujours abandonnée, Étrangère partout, n'ai pas même en naissant Peut-être reçu d'eux un regard caressant ! Du moins, si vos respects sont rejetés d'un père, Vous en pouvez gémir dans le sein d'une mère ; Et de quelque disgrâce enfin que vous pleuriez, Quels pleurs par un amant ne sont point essuyés?

IPHIGÉNIE

Je ne m'en défends point : mes pleurs, belle Ériphile, Ne tiendroient pas longtemps contre les soins d'Achille; Sa gloire, son amour, mon père, mon devoir, Lui donnent sur mon âme un trop juste pouvoir.

(i) Il y a dans cctic sciinc des imitations prociscs d'Euripide. Voici les plus précises : « Iphig.: Que les regards sont sévères, malgré la joie de me revoir... Ne Ironcc pas le sourcil et déride ton front. — Agamemnon : Bien d'autres périront et c'est là ce qui m'a perdu. — Iphig : Mais nous assisterons au sacrifice pour voir ce qui est permis. — Agam : Tu y seras : car tu te tiendras prés de l'autel ». On voit combien le vous y serc^ ma fille eat plus énergique que ce dernier trait.

RACINE

Mais de lui-même ici que faut-il que je pense?

Cet amant, pour me voir brûlant d'impatience,

Que les Grecs de ces bords ne pouvoient arracher,

Qu'un père de si loin m'ordonne de chercher,

S'empresse-t-il assez pour jouir d'une vue

Qu'avec tant de transports je croyois attendue?

Pour moi, depuis deux jours qu'approchant de ces lieux.

Leur aspect souhaité se découvre à nos yeux,

Je l'attendois partout et d'un regard timide

Sans cesse parcourant (1) les chemins de l'Aulide,

Mon cœur pour le chercher voloit loin devant moi.

Et je demande Achille à tout ce que je voi.

Je viens, j'arrive enfin sans qu'il m'ait prévenue (2).

Je n'ai percé qu'à peine (3) une foule inconnue ;

Lui seul ne paroît point. Le triste Agamemnon

Semble craindre à mes yeux de prononcer son nom.

Que fait-il? Qui pourra m'expliquer ce mystère?

Trouverai-je l'amant glacé comme le père?

Et les soins de la guerre auroient-ils en un jour

Éteint dans tous les cœurs la tendresse et l'amour?

Mais non : c'est l'offenser par d'injustes alarmes,

C'est à moi que l'on doit le secours de ses armes.

Il n'étoit point à Sparte entre tous ces amants

Dont le père d'Hélène a reçu les serments :

Lui seul de tous les Grecs, maître de sa parole,

S'il part contre Ilion, c'est pour moi qu'il y vole;

Et satisfait d'un prix qui lui semble si doux.

Il veut même porter le nom de mon époux.

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