‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 131 sur 133 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

CLYTEMNESTRE, ^GINE, Gardes

CLYTEMNESTRE

Ah ! vous n'irez pas seule ; et je ne prétend pas- Mais on se jette en foule au-devant de mes pas. Perfides, contentez votre soif sanguinaire.

^GINE

OÙ courez- vous, Madame? et que voulez- vous faire?

CLYTEMNESTRE

Hélas ! je me consume en impuissants efforts. Et rentre au trouble affreux dont à peine je sors. Mourrai-je tant de fois, sans sortir de la vie (1)!

^QINE

Ah ! savez- vous le crime, et qui vous a trahie, Madame? Savez -vous quel serpent inhumain Iphigénie avoit retiré (2) dans son sein? Eriphile, en ces lieux par vous-même conduite, A seule à tous les Grecs révélé votre fuite.

CLYTEMNESTRE

O monstre, que Mégère en ses flancs a porté !

Monstre, que dans nos bras les enfers ont jeté!

Quoi? tu ne mourras point ? Quoi? pour punir son crime...

Mais où va ma douleur chercher une victime ?

Quoi? pour noyer les Grecs et leurs mille vaisseaux,

Mer, tu n'ouvriras pas des abîmes nouveaux ?

Quoi ? lorsque les chassant du port qui les recèle,

L'Aulide aura vomi leur flotte criminelle,

Les vents, les mêmes vents, si longtemps accusés,

Ne te couvriront pas de ses vaisseaux brisés ?

Et toi, soleil, et toi, qui, dans cette contrée, Reconnois l'héritier et le vrai fils d'Atrée, Toi, qui n'osas du père éclairer le festin, Recule, ils t'ont appris ce funeste chemin (3).

Mais, cependant, ô ciel ! ô mère infortunée !

(1) Encore une poinfe et d'autant plus fâcheuse que la situation est plus tragique. Racine avait déjà dit dans la Thébaïde :

Me feront-ils souffrir tant de cruels trépas Sans jamais au tombeau précipiter mes pas?

(2) Retiré = recueilli. Sens fréquent au xvii» siècle.

(3) La légende veut qu'en effet le soleil en voyant le festin d'Atrée, ait rebroussé chemin.

IPHIGENIE

De festons odieux (1) ma fiUe couronnée

Tend la gorge aux couteaux par son père apprêtés.

Calchas va dans sou sang... Barbares, arrêtez.

C'est le pur sang du Dieu qui lance le tonnerre (2)...

J'entends gronder la foudre, et sens trembler la terre.

Un Dieu vengeur, uu Dieu fait retentir ces coups.

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