‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 132 sur 133 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CLYTEMNESTRE, iCGINE, .\RCAS, Garde»

ARCAS N'en doutez point, Madame, un Dieu combat pour vous. Achille en ce moment exauce vos prières ; Il a brisé des Grecs les trop foibles barrières. Achille est à l'autel. Calchas est éperdu. Le fatal sacrifice est encor suspendu.

Oa se menace, on court, l'air gémit, le fer brille. Achille fait ranger autour de votre fille Tous ses amis, pour lui prêts à se dévouer. Le triste Agamemnon, qui n'ose l'avouer (3), Pour détourner ses yeux des meurtres qu'il présage, Ou pour cacher ses pleure, s'est voilé le visage (4). Venez, puisqu'il se tait, venez par vos discours De votre défenseur appuyer le secours.

Lui-même de sa main, de sang toute fumante. Il veut entre vos bras remettre son amante ; Lui-même il m'a chargé de conduire vos pas. Ne craignez rien.

CLYTEMNESTRE

Moi, craindre ? Ah ! courons, cher Arcas. Le plus affreux péril n'a rien dont je pâlisse. J'irai partout. MaiSj Dieux! ne vois-je pas Ulysse ? C'est lui. Ma fille est morte, Arcas, il n'est plus temps.

(1) La victime d'un sacrifice devait en efTct, selon un rituel tris prC-cis, aroir la tête entourée de bandelettes et de fleurs.

(2) Racine a déjà indiqué qu' Agamemnon descendait de Jupiter.

(3) Avouer qu'il pleure.

(4) « Il gémit, et détournant la tête, versa des larmes, après s'être voilé le visage » (Euripide). Les anciens ont loué un tableau où Timanthe, désespérant d'exprimer la douleur d' Agamemnon, l'avait représenté la tCte voilée.

RACINE

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