‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 16 sur 133 · BÉRÉNICE, PHÉNICE · texte numérisé non relu

BÉRÉNICE, PHÉNICE

Chère Phénicc, hé bien ! as-tu vu l'Empereur ? Qn'a-t-il dit? Viendra-t-U?

PHÉNICE

Oui, je l'ai vu, Madame, Et j'ai peint à ses yeux le trouble de votre âme. J'ai vu couler des pleurs qu'il vouloit retenir,

BÉRÉNICE

Vient-il?

PHÉNICE

N'en doutez point. Madame, il va venir. Mais voulez-vous paroître en ce désordre extrême ? Remettez-vous, Madame, et rentrez en vous-même. Laissez-moi relever ces voiles détachés, Et ces cheveux épars dont (2) vos yeux sont cachés. Souffrez que de vos pleurs je répare l'outrage.

(I) « Je me souviens, dit Voltaire, d'avoir vu autrefois une tragédie de SMtit Jean Baptiste, supposée antérieure à Bérénice, dans laquelle on avait inséré toute cette tirade pour faire croire que Racine l'avait volée. » L'anec- «lote montre bien contre quelles critiques sournoises et féroces Racine doit lutter; la cabale de Phèdre devait le décourager pour toujours.

(a) Le complément du verbe passif pouvait au -xvii" siècle se construire avec (t«au lieu de par. De là l'emploi de dont.

BÉRÉNICE

BftRftNICE

Laisse, laisse, Phénicc, 11 verra son ouvrage.

Et que m'importe, hélas I de ces vains ornements (1) ?

Si ma foi, si mes pleurs, si mes gémissements,

Mais que dis-je, mes pleurs? si ma perte certaine,

Si ma mort toute prête enfin ne le ramène,

Dis-moi, que produiront tes secours superflus,

Et tout ce faible éclat qui ne le touche plus?

PHÉNICE

Pourquoi lui faites- vous cet injuste reproche? J'entends du bruit, Madame, et l'Empereur s'approche* Venez, fuyez la foule, et rentrons promptement. Vous l'entretiendrez seul dans votre appartement,

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