BÉRÉNICE, PHÉNICE
Chère Phénicc, hé bien ! as-tu vu l'Empereur ? Qn'a-t-il dit? Viendra-t-U?
PHÉNICE
Oui, je l'ai vu, Madame, Et j'ai peint à ses yeux le trouble de votre âme. J'ai vu couler des pleurs qu'il vouloit retenir,
BÉRÉNICE
Vient-il?
PHÉNICE
N'en doutez point. Madame, il va venir. Mais voulez-vous paroître en ce désordre extrême ? Remettez-vous, Madame, et rentrez en vous-même. Laissez-moi relever ces voiles détachés, Et ces cheveux épars dont (2) vos yeux sont cachés. Souffrez que de vos pleurs je répare l'outrage.
(I) « Je me souviens, dit Voltaire, d'avoir vu autrefois une tragédie de SMtit Jean Baptiste, supposée antérieure à Bérénice, dans laquelle on avait inséré toute cette tirade pour faire croire que Racine l'avait volée. » L'anec- «lote montre bien contre quelles critiques sournoises et féroces Racine doit lutter; la cabale de Phèdre devait le décourager pour toujours.
(a) Le complément du verbe passif pouvait au -xvii" siècle se construire avec (t«au lieu de par. De là l'emploi de dont.
BÉRÉNICE
BftRftNICE
Laisse, laisse, Phénicc, 11 verra son ouvrage.
Et que m'importe, hélas I de ces vains ornements (1) ?
Si ma foi, si mes pleurs, si mes gémissements,
Mais que dis-je, mes pleurs? si ma perte certaine,
Si ma mort toute prête enfin ne le ramène,
Dis-moi, que produiront tes secours superflus,
Et tout ce faible éclat qui ne le touche plus?
PHÉNICE
Pourquoi lui faites- vous cet injuste reproche? J'entends du bruit, Madame, et l'Empereur s'approche* Venez, fuyez la foule, et rentrons promptement. Vous l'entretiendrez seul dans votre appartement,