TITUS, PAULIN PAULIN
Dans quel dessein vient-elle de sortir, Seigneur? Est-elle enfin disposée à partir?
TITUS
Paulin, je suis perdu, je n'y pourrai survivre. La Reine veut mourir. Allons, il faut la suirre. Courons à son secours.
PAULIN
Hé quoi ? n'avez vous pas Ordonné dès tantôt (1) qu'on observe ses pas ? Ses femmes à toute heure autour d'elle empressées, Sauront la détourner de ces tristes pensées. Non, non, ne craignez rien. Voilà les plus grands coups, Seigneur : continuez, la victoire est à vous. Je sais que sans pitié vous n'avez pu l'entendre ; Moi-même en la voyant je n'ai pu m'en défendre. Mais regardez plus loin : songez, en ce malheur, Quelle gloire va suivre un moment de douleur, Quels applaudissements l'univers vous prépare, Quel rang dans l'avenir.
TITUS
Non, je suis un barbare.
Moi-même je me hais. Néron, tant détesté, N'a point à cet excès poussé sa cruauté. Je ne souffrirai point que Bérénice expire, Allons, Rome en dira ce qu'elle en voudra dire.
PAULIN Quoi, Seigneur?
TITUS
Je ne sais, Paulin, ce que je dis ; L'excès de la douleur accable mes esprits (2).
(1) Tantôt = tout à Vheure. Sens usuel au xvn» siècle.
(2) Les esprits étaient pour les médecins du xvii« siècle des parties très fiuides de Torganiscne qui ranimaient tout entier.
BERENICE
PAULIN
Ne troublez point le cours de votre renommée : Déjà de vos adieux la nouvelle est semée. Rome, qui gémissait, triomphe avec raison ; Tous les temples ouverts fument (1) en votre nom; Et le peuple élevant vos vertus jusqu'aux nues Va partout de lauriers couronner vos statues.
TITUS
Ah, Rome! Ah, Bérénice! Ah, prince malheureux! Pourquoi suis-je empereur ? Pourquoi suis-je amooreoz?