‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 40 sur 133 · SCÈNE PREMIÈRE ATALIDE, ZAÏRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE ATALIDE, ZAÏRE

Zaïre, il est donc vrai, sa grâce est prononcée .

ZAÏRE

Je vous l'ai dit, Madame : une esclave empressée,

Qui courait de Roxane accomplir le désir,

Aux portes du Serrail a reçu le Visir.

Us ne m'ont point parlé ; mais mieux qu'aucun langa^

Le transport du Visir marquait sur son visage

Qu'un heureux changement le rappelle au Palais,

Et qu'il y vient signer une éternelle paix.

Roxane a pris sans doute une plus douce voie.

ATALIDE

Ainsi de toutes parts les plaisirs et la joie M'abandonnent, Zaïre, et marchent sur leurs pas. J'ai fait ce que j'ai dii : je ne m'en repens pas.

ZAÏRE

Quoi, Madame? Quelle est cette nouvelle alarme?

ATALIDE

Et ne t'a-t-on point dit, Zaïre, par quel charme. Ou, pour mieux dire enfin, par quel engagement Bajazet a pu faire un si prompt changement? Roxane en sa fureur paraissait inflexible. A-t-elle de son cœur quelque gage infaillible ? Parle. L'épouse-t-il?

ZAÏRE

Je n'en ai rien appris.

Mais enfin, s'il n'a pu se sauver qu'à ce prix, S'il fait ce que vous-même avez su lui prescrire, S'il répousse, en un mot...

ATALIDE

S'il l'épouse, Zaïre I

ZAÏRE

Quoi ? vous repentez-vous des généreux discours Que vous dictoit le soin de conserver ses jours ?

ATALIDE

Non, non, il ne fera que ce qu'il a dû faire. = 107

RACINE -

Sentimenis trop jaloux, c'est à vous de vous taire.

Si Bajazet l'épouse, il suit mes volontés ;

Respectez ma vertu qui vous a surmontés ;

A ses nobles conseils ne mêlez point le vôtre ;

Et loin de me le peindre entre les bras d'une autre (1),

Laissez-moi sans regret me le représenter

Au trône (2), où mon amour l'a forcé de monter.

Oui, je me reconnois, je suis toujours la même.

Je voulois qu'il m'aimât, chère Zaïre, il m'aime ;

Et du moins cet espoir me console aujourd'hui,

Que je vais mourir digne et contente de lui.

ZAÏRE

Mourir ! Quoi ? vous auriez un dessein si funeste ?

J'ai cédé mon amant : tu t'étonnes du reste ! Peux-tu compter, Zaïre, au nombre des malheurs Une mort qui prévient et finit tant de pleurs ? Qu'il vive, c'est assez. Je l'ai voulu sans doute, Et je le veux toujours, quelque prix qu'il m'en coûte. Je n'examine point ma joie ou mon ennui : J'aime assez mon amant pour renoncer à lui. Mais, hélas ! il peut bien penser avec justice Que si j'ai pu lui faire un si grand sacrifice, Ce cœur, qui de ses jours prend ce funeste soin, L'aime trop pour vouloir en être le témoin. Allons, je veux savoir,,.

ZAÏRE

Modérez-vous, de grâce.

On vient vous informer de tout ce qui se passe : C'est le Visir.

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