‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 41 sur 133 · ATALIDE, ACOMAT, ZAÏRE ACOMAT · texte numérisé non relu

ATALIDE, ACOMAT, ZAÏRE ACOMAT

Enfin nos amants sont d'accord, Madame : un calme heureux nous remet dans le port La Sultane a laissé désarmer sa colère ;

(i) Le texte de la première édition est d'un autre. Un autre pouvait s'employer au XVII» siècle, avec une sorte de valeur neutre, en parlant d'un homme ou d'une femme.

(2) Au pour» sur Ze tr<3ne. Emploi fréquent au xvn« siècle. On disait aussi dans le trône.

========^= BAJAZET

Elle m'a déclaré sa volonté dernière ;

Et tandis qu'elle montre au peuple épouvanté

Du prophète divin l'étendard redouté,

Qu'à marcher sur mes pas Bajazet se dispose,

Je vais de ce signal faire entendre la cause,

Remplir tous les esprits d'une juste terreur,

Et proclamer enfin le nouvel empereur.

Cependant permettez que je vous renouvelle Le souvenir du prix qu'on promit à mon zèle. N'attendez point de moi ces doux emportements, Tels que j'en vois paroitre au cœur de ces amants. Mais si par d'autres soins plus dignes de mon âge^ Par de profonds respects, par un long esclavage, Tel que nous le devons au sang de nos sultans, Je puis...

ATALIDE

Vous m'en pourrez instruire avec le temps. Avec le temps aussi vous pourrez me connoitre. Mais quels sont ces transports qu'ils vous ont fait paroitre ?

ACOMAT

Madame, doutez -vous des soupirs enflammés De deux jeunes amants l'un de l'autre charmés?

ATALIDE

Non; mais, à dire vrai, ce miracle m'étonne. Et dit-on à quel prix Roxane lui pardonne ? L'épouse-t-il enfin ?

ACOMAT

Madame, je le croi (1).

Voici tout ce qui vient d'arriver devant moi.

Surpris, je l'avoûrai, de leur fureur (2) commune, Querellant les amants, l'amour et la fortune, J'étois de ce palais sorti désespéré.

Déjà, sur un vaisseau dans le port préparé, Chargeant de mon débris (3) les reliques plus chères (4), Je méditois ma fuite aux terres étrangères. Dans ce triste dessein au Palais rappelé, Plein de joie et d'espoir, j'ai couru, j'ai volé.

(1) Cette orthographe, conforme à l'étymologie, se rencontre au xvii* siicie même en prose.

(2) Fureur au sens étymologique, fréquent au xvu* siècle, de folie furieuse.

(3) Débris au singulier, avec le sens de ruine, est assez fréquent chez Racine et Corneille.

(4) Nous avons déjà rencontré (acte II, se. m) un exemple de ce comparatif employé avec le sens du superlatif.

RACINE

La porte du Serrail à ma voix s'est ouverte ; Et d'abord une esclave à mes yeax s'est offerte, Qui m'a conduit sans bruit dans un appartement Où Roxane attentive écoutoit son amant.

Tout gardoit devant eux un auguste silence. Moi-même résistant à mon impatience, Et respectant de loin leur secret entretien, J'ai longtemps immobile observé leur maintien. Enfin avec des yeux qui découvroient son âme, L'une a tendu la main pour gage de sa flamme ; L'autre, avec des regards éloquents, pleins d'amour, L'a de ses yeux, Madame, assurée (1) à son tour.

ATALIDE

Hélas!

ACOMAT

Ils m'ont alors aperçu l'un et l'autre. « Voilà, m'a-t-elle dit, votre prince et le nôtre. Je vais, brave Acomat, le remettre en vos mains. Allez lui préparer les honneurs souverains. Qu'un peuple obéissant l'attende dans le temple : Le Serrail va bientôt vous en donner l'exemple. » Aux pieds de Bajazet alors je suis tombé, Et soudain à leurs yeux je me suis dérobé : Trop heureux d'avoir pu, par un récit fidèle, De leur paix en passant vous conter la nouvelle, Et m'acquitter vers vous de mes respects profonds* Je vais le couronner, Madame, et j'en réponds.

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