‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 42 sur 133 · ATALIDE, ZAÏRE · texte numérisé non relu

ATALIDE, ZAÏRE

ATALIDE Allons, retirons-nous, ne troublons point leur joie»

ZAÏRE

Ah ! Madame, croyez...

ATALIDE

Que veux-tu que je croie ?

?uoi donc ? à ce spectacle irai-je m'exposer : u vois que c'en est fait : ils se vont épouser. La Sultane est contente ; il l'assure qu'il l'aime.

(i) Assurée pour rassurée. Nous avons signalé un gran d nombre de verbes qui ont au xvii» siècle sous la forme simple le sens que nous donnons aux composés (tenir = obtenir, trancher = retrancher, etc.).

======== BAJAZET

Mais je ne m'en plains pas, je l'ai vonlu moi-même. Cependant croyois-tu, quand jaloux de sa foi Il s'alloit plein d'amour sacrifier pour moi ; Lorsque son cœur tantôt m'exprimant sa tendresse, Refusoit à Roxane une simple promesse ; Quand mes larmes eu vain tâchoient de l'émouvoir ; Quand je m'applaudissois de leur peu de pouvoir : Croyois-tu que son cœur, contre toute apparence, Pour la persuader trouvât tant d'éloquence ? Ah ! peut-être, après tout, que sans trop se forcer. Tout ce qu'il a pu dire, il a pu le penser. Peut-être en la voyant, plus sensible pour elle, Il a vu dans ses yeux quelque grâce nouvelle. Elle aura devant lui fait parler ses douleurs ; Elle l'aime ; un empire autorise (1) ses pleurs. Tant d'amour touche enfin une âme généreuse. Hélas ! que de raisons contre une malheureuse !

ZAÏRE

Mais ce succès, Madame, est encore incertain. Attendez.

ATALIDE

Won, vois-tu, je le nîrois en vain.

Je ne prends point plaisir à croître (2) ma misère. Je sais pour se sauver tout ce qu'il a dû faire. Quand mes pleurs vers Roxane ont rappelé ses pas, Je n'ai point prétendu qu'il ne m'obéît pas, Mais après les adieux que je venois d'entendre, Après tous les transports d'une douleur si tendre. Je sais qu'il n'a point dû lui faire remarquer (3) La joie et les transports qu'on vient de m'expliqucr. Toi-même juge-nous, et vois si je m'abuse. Pourquoi de ce conseil moi seule stiis-jc excluse ? Au sort de Bajazet ai-je si peu de part ? A (4) me chercher lui-même attendroit-il si tard, N'étoit que de son cœur le trop juste reproche Lui fait peut-être, hélas ! éviter cette approche ?

(i) Autorise = donne de l'autorité à... II y a des exemples de ce sens au xvii* siècle, (a) Croître pour accroître. Voir à la scène précédente la note sur assurer,

(3) Le sens du vers est : Je sais qu'il n'aurait point dû lui marquer la joie, «te. Cet emploi de l'indicatif au lieu du conditionnel avec devoir, falloir, pouvoir est un latinisme fréquent au xvii» siècle.

(4) A = pour. Emploi fréquent au xvii» siècle.

RACINE ===

Maïs non, je lui veux bien épargner ce souci Il ne me verra plus.

ZAÏRE

lyiadame, le voici.

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