BAJAZET. ROXANE, ATALIDE ROXANE
Venez, Seigneur, venez : il est temps de paraître,
Et que tout le Serrail reconnoisse son maître.
Tout ce peuple nombreux dont (3) il est habité,
Assemblé par mon ordre, attend ma volonté.
Mes esclaves gagnés, que le reste va suivre.
Sont les premiers sujets que mon amour vous livre.
L'auriez-vous cru. Madame, et qu'un si prompt retour
Fît à tant de fureur succéder tant d'amour?
Tantôt à me venger fixe (4) et déterminée,
Je jurois qu'il voyoit sa dernière journée.
A peine cependant Bajazet m'a parlé,
L'amour fit le serment, l'amour l'a violé.
J'ai cru dans son désordre entrevoir sa tendresse :
J'ai prononcé sa grâce, et je crois sa promesse.
BAJAZET Oui, je vous ai promis et j'ai donné ma foi De n'oublier jamais tout ce que je vous doi; J'ai juré que mes soins, ma juste complaisance Vous répondront toujours de ma reconnoissance. Si je puis à ce prix mériter vos bienfaits, Je vais de vos bontés attendre les effets.
(1) C'est-à-dire : obliger son amour à ne plus croire à la feinte à laquelle j'ai éti forcé.
(2) Où pour à quoi est fréquent au xvii» siècle.
(3) Le complément du verbe passif pouvait au xvii» siècle se construin avec de au lieu de par.
(4) Fixe = décidée. Emploi dont il y a au xvn' siècle des exemples.
BAJAZET