SCÈNE VII ROXANE. ZATIME
ZATiMr:
Pardonnez si j'ose vous troubler.
Mais, Madame, un esclave arrive de l'armée; Et quoique sur la mer la porte fût fermée, Les gardes sans tarder l'ont ouverte à genoux Aux ordres du Sultan qui s'adressent à vous. Mais ce qui me surprend, c'est Orcan qu'il envoie.
ROXANE
Orcan I
ZATIDE
Oui, de tous ceux que le Sultan emploie, Orcan, le plus fidèle à servir ses desseins. Né sous le ciel brûlant des plus noirs Africains. Madame, il vous demande avec impatience. Mais j'ai cru vous devoir avertir par avance ; Et souhaitant surtout qu'il ne vous surprît pas, Dans votre appartement j'ai retenu ses pas.
Quel malheur imprévu vient encor me confondre (1) ?
Quel peut être cet ordre ? et que puis-je répondre ?
n n'en faut point douter, le Sultan inquiet
Une seconde fois condamne Bajazet.
On ne peut sur ses jours sans moi rien entreprendre.
Tout m'obéit ici. Mais dois-jc le défendre ?
Quel est mon empereur ? Bajazet,? Amurat ?
J'ai trahi l'un ; mais l'autre est peut-être un ingrat.
Le temps presse. Que faire en ce doute funeste?
Allons : employons bien le moment qui nous reste.
Ils ont beau se cacher (2). L'amour le plus discret
Laisse par quelque marque échapper son secret.
Observons Bajazet; étonnons Atalide;
Et couronnons l'amant, ou perdons le perfide.
(I) Confondre au sens de consterner. Emploi fréquent au xvii» siècle.
(a) Nous mettrions auiourd'hui une virgule : Us ont beau se cacher, Vamour... Au xvii' siècle la locution avoir beau n'équivalait pas ii quoique; elle se suffisait à elle-même ; le sens était : c'est une belle chose pour eux que de te cacher; (mais) famour...
FIN DL" TROISIÈME ACTE
RACINE