‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 48 sur 133 · ATALIDE, ZAÏRE ATALIDE · texte numérisé non relu

ATALIDE, ZAÏRE ATALIDE

Ah ! sais-tu mes frayeurs ? Sais-tu que dans ces lieux J'ai vu du fier (1) Orcan le visage odieux ? En ce momeut fatal, que (2) je craias sa venue ! Que je crains,... Mais, dis-moi, Bajazet t'a-t-il vue? Qu'a-t-il dit ? Se rend-U, Zaïre, à mes raisons? Ira-t-il voir Roxane, et calmer ses' soupçons ?

ZAÏRE

Il ne peut plus la voir sans qu'elle le commande. Roxane ainsi l'ordonne : elle veut qu'il l'attende. Sans doute à cet esclave elle veut le cacher. J'ai feint en le voyant de ne le point chercher. J'ai rendu (3) votre lettre, et j'ai pris sa réponse. Madame, vous verrez ce qu'elle vous annonce.

ATALIDE lit

« Après tant d'injustes détours.

Faut-il qu'à feindre encor votre amour me convie ?

iviais je veux bien prendre soin d'une vie

Dont vous jurez que dépendent vos jours. Je verrai la Sultane ; et par ma complaisance, Par de nouveaux serments de ma reconnoissance,

J'apaiserai, si je puis, son courroux.

N'exigez rien de plus. Ni la mort, ni vous-même Ne me ferez jamais prononcer que je l'aime.

Puisque jamais je n'aimerai que vous (4). » Hélas ! que me dit-il ? Croit-il que je l'ignore ? Ne sais-je pas assez qu'il m'aime, qu'il m'adore? Est-ce ainsi qu'à mes vœux il sait s'accommoder ? C'est Roxane, et non moi, qu'il faut persuader,

(i) Fier au sens étymologique, fréquent au .xvn« siècle, : farouche.

(2) Que = en quoi. Emploi usuel au xvn« siècle.

(3) Rendu = remis. Emploi usuel au xvii" siècle.

(4) La tradition au xvii* siècle était, même dans les tragédies, de rédiger les lettres en vers libres.

==^======= BAJAZET

De quelle crainte encor me laisse t-il saisie?

Funeste aveuglement ! Perfide jalousie !

Récit menteur ! Soupçons que je n'ai pu celer!

Falloit-il vous entendre (1) ou falloit-il parler?

C'étoit fait, mon bonheur surpassoit mon attente*

J'étois aimée, heureuse, et Roxane content*'

Zaïre, s'il se peut, retourne sur tes pas.

Qu'il l'apaise. Ces mots ne me suffisent pas.

Que sa bouche, ses yeux, tout l'assure qu'il l'aime.

Qu'elle le croie enfin. Que ne puis-je moi-même,

Echauffant par mes pleurs ses soins trop languissants,

Mettre dans ses discours tout l'amour que je sens ?

JMais à d'autres périls je crains de le commettre (2).

ZAÏRE

Roxane vient à vous.

ATALIDE

Ah ! cachons cette lettre.

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