SCÈNE II ROXANE, ATALIDE, ZATIME, ZAÏRE
ROXANE, à Zatime
Viens. J'ai reçu cet ordre. Il faut l'intimider.
ATALIDE, à Zaïre
Va, cotirs ; et tâche enfin de le persuader. SCÈNE m
ROXANE, ATALIDE, ZATIME
ROXANE Madame, j'ai reçu des lettres de l'armée. De tout ce qui s'y passe êtes- vous informée?
ATALIDE
On m'a dit que du camp un esclave est venu. Le reste est un secret qui ne m'est pas connu.
ROXANE
Amurat est heureux : la fortune est changée, Madame, et sous ses lois Babylone est rangée.
ATALIDE
Hé quoi, Madame ? Osmin....
(1) Vous écouter, voui croire.
(2) Commettre = exposer. Sens étymologique assez fréquent au xvu« siècle dans celte expression.
RACINE —
ROXANE
Étoit mal averti, Et depuis son départ cet esclave est parti. C'en est fait,
ATALIDE (I
Quel revers !
ROXANE
Pour comble de disgrâces, Le Sultan, qui l'envoie, est parti sur ses traces.
ATALIDE
Quoi? les Persans armés ne 1 arrêtent donc pas?
ROXANE
Non, Madame. Vers nous il revient à grands pas.
ATALIDE
Que je vous plains. Madame! et qu'il est nécessaire D'achever promptement ce que vous vouliez faire !
ROXANE
n est tard de vouloir s'opposer au vainqueur,
ATALIDE
O del!
ROXANE
Le temps n'a point adouci sa rigueur.
Vous voyez dans mes mains sa volonté suprême.
ATALIDE
Et que vous mande-t-il ?
ROXANE
Voyez : lisez vous-même. Vous connoissez, Madame, et la lettre et le sein (2).
ATALIDE
]>a cruel Amurat je reconnois la main.
(Elle lit) « Avant que Babylone éprouvât ma puissance^ Je vous ai fait porter mes ordres absolus. Je ne veux point douter de votre obéissance, Et crois que maintenant Bajazet ne vit plus. Je laisse sous mes lois Babylone asservie, Et confirme en partant mon ordre souverain. Vous, si vous avez soin de votre propre vie, Ne vous montrez à moi que sa tête à la main. »
ROXANE
Hé bien ?
ATALIDE
Cache tes pleurs, malheureuse Atalide.
(i) Atalide d part.
(2) Lettre pouvait au xvii» siècle avoir le sens de écriture. Sein était l'orthographe à cette date en même temps que seing.
— - — BAJAZET
ROXANE
Que vous semble ?
ATALIDE
Il poursuit son dessein parricide (1).
Mais il pense proscrire an prince sans appui : n ne sait pas l'amour qui vous parle pour lui, Que vous et Bajazet vous ne faites qu'une âme, Que plutôt, s'il le faut, vous mourrez...
Moi, Madame?
Je voudrois le sauver, je ne le puis haïr ; Mais...
ATALIDE
Quoi donc? qu'avez-vous résolu?
ROXANE
D'obéir.
ATALIDE
D'obéir !
ROXANE
Et que faire en ce péril extrême ?
n le faut.
ATALIDE
Quoi ? ce prince aimable... qui vous aimCi Verra finir ses jours qu'il vous a destinés!
ROXANE
U le faut. Et déjà mes ordres sont donnés.
ATALIDE
Je me meurs.
ROXANE
Elle tombe, et ne vit plus qu'à peine.
ROXANE
Allez, conduisez-la dans la chambre prochaine (2). Mais au moins observez ses regards, ses discours. Tout ce qui convaincra (3) leurs perfides amours.