‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 49 sur 133 · SCÈNE II ROXANE, ATALIDE, ZATIME, ZAÏRE · texte numérisé non relu

SCÈNE II ROXANE, ATALIDE, ZATIME, ZAÏRE

ROXANE, à Zatime

Viens. J'ai reçu cet ordre. Il faut l'intimider.

ATALIDE, à Zaïre

Va, cotirs ; et tâche enfin de le persuader. SCÈNE m

ROXANE, ATALIDE, ZATIME

ROXANE Madame, j'ai reçu des lettres de l'armée. De tout ce qui s'y passe êtes- vous informée?

ATALIDE

On m'a dit que du camp un esclave est venu. Le reste est un secret qui ne m'est pas connu.

ROXANE

Amurat est heureux : la fortune est changée, Madame, et sous ses lois Babylone est rangée.

ATALIDE

Hé quoi, Madame ? Osmin....

(1) Vous écouter, voui croire.

(2) Commettre = exposer. Sens étymologique assez fréquent au xvu« siècle dans celte expression.

RACINE —

ROXANE

Étoit mal averti, Et depuis son départ cet esclave est parti. C'en est fait,

ATALIDE (I

Quel revers !

ROXANE

Pour comble de disgrâces, Le Sultan, qui l'envoie, est parti sur ses traces.

ATALIDE

Quoi? les Persans armés ne 1 arrêtent donc pas?

ROXANE

Non, Madame. Vers nous il revient à grands pas.

ATALIDE

Que je vous plains. Madame! et qu'il est nécessaire D'achever promptement ce que vous vouliez faire !

ROXANE

n est tard de vouloir s'opposer au vainqueur,

ATALIDE

O del!

ROXANE

Le temps n'a point adouci sa rigueur.

Vous voyez dans mes mains sa volonté suprême.

ATALIDE

Et que vous mande-t-il ?

ROXANE

Voyez : lisez vous-même. Vous connoissez, Madame, et la lettre et le sein (2).

ATALIDE

]>a cruel Amurat je reconnois la main.

(Elle lit) « Avant que Babylone éprouvât ma puissance^ Je vous ai fait porter mes ordres absolus. Je ne veux point douter de votre obéissance, Et crois que maintenant Bajazet ne vit plus. Je laisse sous mes lois Babylone asservie, Et confirme en partant mon ordre souverain. Vous, si vous avez soin de votre propre vie, Ne vous montrez à moi que sa tête à la main. »

ROXANE

Hé bien ?

ATALIDE

Cache tes pleurs, malheureuse Atalide.

(i) Atalide d part.

(2) Lettre pouvait au xvii» siècle avoir le sens de écriture. Sein était l'orthographe à cette date en même temps que seing.

— - — BAJAZET

ROXANE

Que vous semble ?

ATALIDE

Il poursuit son dessein parricide (1).

Mais il pense proscrire an prince sans appui : n ne sait pas l'amour qui vous parle pour lui, Que vous et Bajazet vous ne faites qu'une âme, Que plutôt, s'il le faut, vous mourrez...

Moi, Madame?

Je voudrois le sauver, je ne le puis haïr ; Mais...

ATALIDE

Quoi donc? qu'avez-vous résolu?

ROXANE

D'obéir.

ATALIDE

D'obéir !

ROXANE

Et que faire en ce péril extrême ?

n le faut.

ATALIDE

Quoi ? ce prince aimable... qui vous aimCi Verra finir ses jours qu'il vous a destinés!

ROXANE

U le faut. Et déjà mes ordres sont donnés.

ATALIDE

Je me meurs.

ROXANE

Elle tombe, et ne vit plus qu'à peine.

ROXANE

Allez, conduisez-la dans la chambre prochaine (2). Mais au moins observez ses regards, ses discours. Tout ce qui convaincra (3) leurs perfides amours.

Page 1