‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 67 sur 133 · NOTICE SUR MITHRIDATE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MITHRIDATE

peinture n'était pas funeste, elles tenaient sans aucun doute un autre rang et une autre dignité. En écrivant MUhridate Racine n'a pas voulu écrire une tragédie cornélienne, mais il a voulu donner la première place à un héros qui eut la « grandeur d'âme » des don Diègue ou des Horace ou des Sertorius.

Ainsi Mithxidate est devenu une tragédie politique et guerrière autant qu'une tragédie d'amour. La haine des Romains et les vertus militaires y ont tenu autant de place que la haine des amours trompées et les vertus des amours fidèles. Racine a prouvé, comme il l'avait fait dans Briiannicus, qu'il savait donner à l'ambition et au patriotisme leur langage* comme il le donnait aux passions du cœur. Mais la grande originalité de MUhridate est que l'intrigue d'amour n'y devient pas comme tant de pièces de Corneille secondaire et mensongère. Mithridate est amoureux et jaloiix avec autant de vérité qu'il est impérieux et héroïque. Il ne se pique pas, comme les héros de Corneille, de dédaigner l'amour an ~^rix des « grands intérêts de la vie ». Il souffre parce qu'il aime et qu'on ne domine pas les cœurs rebelles comme ou dompte les empires. C'est là sans doute ce qui fit au xvue siècle le triomphe éclatant de la pièce et ce charme, cet attrait magnifique que M"» de Se vigne dut avouer.

PREFACE

Il n'y a guère de nom plus connu que celui de Mithridate. Sa vie et sa mort font une partie considérable de l'histoire romaine. Et sans compter les victoires qu'il a remportées, on peut dire que ses seules défaites ont fait presque toute la gloire de trois des plus grands capitaines de la république : c'est à savoir, de Sylla, de Lucullus, et de Pompée. Ainsi je ne pense pas qu'il soit besoin de citer ici mes auteurs. Car, excepté quelque événement que j'ai un peu rapproché par le droit que donne la poésie, tout le monde reconnoîtra aisément que j'ai suivi l'histoire avec beaucoup de fidélité. En effet, il n'y a guère d'actions éclatantes dans la vie de Mithridate qui n'aient trouvé place dans ma tragédie. J'y ai inséré tout ce qui pouvait mettre en jour les moeurs elles sentiments de ce prince, ja veux dire sa haine violente contre les Romains, son grand courage, sa finesse, sa dissimulation, et enfin cette jalousie qui lui était si naturelle, et qui a tant de fois coûté la vie à ses maîtresses. La seule chose qui pourrait n'être pas aussi connue que le reste, c'est le dessein que je lui fais prendre de passer dans l'Italie. Comme ce dessein m'a fourni une des scènes qui ont le plus réussi dans ma tragédie, je crois que le plaisir du lecteur pourra redoubler, quand il verra que presque tous les historiens ont dit ce que je fais dire ici à Mithridate,

Florus, Plutarque et Dion Cassius nomment les pays par OÙ il devoit passer. Appien d'Alexandrie entre plus dans le détaùl. Et après avoir marqué les facilités et les secours que Mithridate espérait trouver dans sa marche, il ajoute que ce projet fut le prétexte dont Phamace se senrit pour faire révolter toute l'armée, et que les soldats, effrayés de l'entreprise de son père, la regardèrent comme le désespoir d'un prince qui ne chcrchoit qu'à périr avec éclat.

Ainsi elle fut en partie cause de sa mort, qui est l'action de ma tragédie. J'ai encore lié ce dessein de plus près à mon sujet. Je m'en suis seinri pour faire connoitre à Mithridate

RACINE ,-

les secrets sentiments de ses deux fils, pn ne peut prendre trop de précaution pour ne rien mettre sur le théâtre qui ne soit très-nécessaire. Et les plus belles scènes sont en danger d'ennuyer, du moment qu'on les peut séparer de l'action, et qu'elles l'interrompent au lieu de la conduire vers sa fin.

Voici la réflexion que fait Dion Cassius sur ce dessein de Mithridate : « Cet homme était véritablement né pour entreprendre de grandes choses. Comme il avoit souvent éprouvé la bonne et la mauvaise fortune, il ne croyoit rien au-dessus de ses espérances et de son audace, et mesuroit ses desseins bien plus à la grandeur de son courage qu'au mauvais état de ses affaires ; bien résolu, si son entreprise ne réussissoit point, de faire une fin digne d'un grand roi, et de s'ensevelir lui-même sous les ruines de son empire plutôt que de vivre dans l'obscurité et dans la bassesse. »

J'ai choisi Monime entre les femmes que Mithridate a aimées. Il paroît que c'est celle de toutes qui a été la plus vertueuse, et qu'il a aimée le plus tendrement. Plutarque, semble avoir pris plaisir à décrire le malheur et les sentiments de cette princesse. C'est lui qui m'a donné l'idée de Monime ; et c'est en partie sur la peinture qu'il en a faite que j'ai fondé un caractère que je puis dire qui n'a point déplu. Le lecteur trouvera bon que je rapporte ses paroles telles qu'Amiot les a traduites. Car elles ont une grâce dans le vieux style de ce traducteur, que je ne crois point pouvoir égaler dan? notre langue moderne :

« Cette-cy estoit fort renommée entre les Grecs, pource que quelques sollicitations que luy sceust faire le Roy en estant amoureux, jamais ne voulut entendre à toutes ses poursuites jusqu'à ce qu'il y eust accord de mariage passé entre eux, et qu'il luy eust envoyé le diadème ou bandeau royal, et appellée royne, La pauvre dame, depuis que ce roy l'eust espousée, avait vécu en grande déplaisance, ne faisant continuellement autre chose que de plorer la malheureuse beauté de son corps, laquelle, au lieu d'un mary, lui avoit donné un maistre, et au lieu de compagnie conjugale, et que doit avoir une dame d'honneur, luy avoit baillé une garde et garnison d'hommes barbares, qui la tenoient comme prisonnière loin du doux païs de la Grèce, en lieu où elle n'avoit qu'un songe et une ombre de biens ; et au contraire avait réellement perdu les véritables, dont elle jouissoit au païs de sa naissance. Et quand l'eunuque fut arrivé devers elle, et luy eut fait com-

■ PREFACE

mandement de par le Roy qu'elle east à mourir, adonc elle s'arracha d'alentour de la teste son bandeau royal ; et se le nouant alentour du col, s'en pendit. Mais le bandeau ne fut pas assez fort, et se rompit incontinent. Et lors elle se prit à dire : « O maudit et maleureux tissu, ne me servirastu point « au moins à ce triste service ? » En disant ces paroles, elle le jeta contre terre, crachant dessus et tendit la gorge à l'eunuque. »

Xipharès était fils de IVIithridate et d'une de ses femmeâ qui se nommait Stratonice. Elle livra aux Romains une place de grande importance, où étaient les trésors de Mithridatc, pour mettre son fils Xipharès dans les bonnes grâces de Pompée. Il y a des historiens qui prétendent que Mithridatc fit mourir ce jeune prince, pour se venger de la perfidie de sa mère.

Je ne dis rien de Phamace. Car qui ne sait pas que ce fut lui qui souleva contre Mithridate ce qui lui restoit de troupes et qui força ce prince à se vouloir empoisonner, et à se passer son épée au travers du corps pour ne pas tomber entre les mains de ses ennemis? C'est ce même Pharnace qui fut vaincu depuis par Jules César, et qui fut tué ensuite dans une autre bataille.

PERSONNAGES

MITHRIDATE, roi de Pont et de quantité d'autres royaumes. MONIME, accordée avee Mithridate, et déjà déclarée reine.

X^PHA^^S^' I ^'^^ ^^ Mithridate, mais de différentes mères. ARBATE, confident de Mithridate, et gouverneur de la place

de Nymphée.

PH/EDIME, confidente de Monime.

ARCAS, domestique de Mithridate.

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