‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 72 sur 133 · PHARNACE, XIPHARÈS · texte numérisé non relu

PHARNACE, XIPHARÈS

PHARNACE

Mithridate revient ? Ah ! ifortwne cruelle !

Ma vie et mon amour tous deux courent hasard (1),

Les Romains que j'attends arriveront trop tard.

(à Xipharès)

Comment faire ? J'entends que votre cœur soupire,

Et j'ai conçu l'adieu qu'elle vient de vous dire,

Prince ; mais ce discours demande un autre temps :

Nous avons aujourd'hui des soins plus importants.

Mithridate revient, peut-être inexorable :

Plus il est malheureux, plus il est redoutable.

Le péril est pressant plus que vous ne pensez.

Nous sommes criminels, et vous le connoissez,

Rarement l'amitié désarme sa colère ;

Ses propres fils n'ont point de juge plus sévère ;

Et nous l'avons vu même à ses cruels soupçons

Sacrifier deux fils pour de moindres raisons (2).

Craignons pour vous, pour moi, pour la Reine elle-même:

Je la plains d'autant plus que Mithridate l'aime.

Amant avec transport, mais jaloux sans retour.

Sa haine va toujours plus loin que son amour.

Ne vous assurez point sur (3) l'amour qu'il vous porte :

Sa jalouse fureur n'en sera que plus forte.

Songez-y. Vous avez la faveur des soldats,

Et j'aurai des secours que je n'explique pas.

M'en croirez- vous ? Courons assurer notre grâce :

Rendons-nous, vous et moi, maîtres de cette place;

Et faisons qu'à ses fils il ne puisse dicter

Que les conditions qu'ils voudront accepter.

(1) Courir hasard pour courir du hasard. Cette suppression de l'article partitif est fréquente au xvii» siècle (gagner temps, donner cadeaux, etc.)

(2) D'après Dion Cassius Mithridate fit tuer son fils Macharès qui l'avait trahi pour les Romainsilce qui n'est pas une moindre raison). Il aurait mis à mort (d'après Appicn) un autre fils dont il redoutait l'ambition.

(3) S'assurer sur pour se fier à est alors usuel.

============ MITHRIDATE

Je sais quel est mon crime, et je connois mon père ; Et j'ai par-dessus vous le crime de ma mère (1); Mais quelque amour encor qui me pût (2) éblouir, Quand mon père paroit, je ne sais qu'obéir.

l'HARNACE

Soyons-nous donc aux moins fidèles l'un et l'autre : Vous savez mon secret, j'ai pénétré le votre. Le Roi, toujours fertile en dangereux détours, S'armera contre nous de nos moindres discours. Vous savez sa coutume, et sous quelles tendresses Sa haine sait cacher ses trompeuses adresses. Allons. Puisqu'il le faut, je marclie sur vos pas. Mais en obéissant ne nous trahissons pas.

(i) Xipharis à expliqué à la scène I qu'elle avait trahi Mitbrldate pour les Romains.

(3) Cet emploi du subjonctif imparfait pour le conditionnel présent est alors d'usage constant.

FIN DU PREMIER ACTE

RACINE

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