‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 82 sur 133 · SCÈNE rv · texte numérisé non relu

SCÈNE rv

MITHRIDATE Je ne le croirai point ? Vain espoir qui me flatte ! Tu ne le crois que trop, malheureux Mithridate.

(i) Avant de, avant que, avant que de sont employés concurremment au xvii» siècle. Seule la construction avant mourir commençait à vieillir. (2) C'est l'orthographe des anciennes éditions. L'indicatif pourraiisc justifier

MITHRIDATE

Xipharès mon rival ? et d'accord avec lui

La Reine auroit osé me tromper aujourd'hui?

Quoi ? de quelque côté que je tourne la vue,

La foi de tous les cœurs est pour moi disparue ?

Tout m'abandonne ailleurs ? tout me trahit ici?

Pharnace, amis, maîtresse ; et toi, mon fils, aussi ?

Toi de qui la vertu consolant ma disgrâce...

Mais ne counois-je pas le perfide Pharnace?

Quelle foiblesse à moi d'en croire un furieux

Qu'arme contre son frère un courroux envieux,

Ou dont le désespoir me troublant par des fables.

Grossit, pour se sauver, le nombre des coupables !

Non, ne l'en croyons point; et sans trop nous presser,

Voyons, examinons. Mais par où commencer ?

Qui m'en éclaircira ? quels témoins (1)? quel indice?.»

Le ciel en ce moment m'inspire un artifice.

Qu'on appelle la Reine. Oui, sans aller plus loin,

Je veux l'ouïr (2), Mon choix s'arrête à ce témoin.

L'amour avidement croit tout ce qui le flatte.

Qui peut de son vainqueur mieux parler que l'ingrate?

Voyons qui son amour accusera des deux.

S'il n'est digne de moi, le piège est digne d'eux (3).

Trompons qui nous trahit; et pour connoître un traître,

Il n'est point de moyens... Mais je la vois paraître :

Feignons; et de son cœur, d'un vain espoir flatté,

Par ua mensonge adroit tirons la vérité.

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