‹ Théâtre. Préfaces et notes de M. MornetChapitre 91 sur 133 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MONIME, PH^DIME

PH^DIME Madame, où courez- vous ? Quels aveugles transports Vous font tenter sur vous de oriminels efforts ? Hé quoi ? vous avez pu, trop cruelle à vous-même, Faire un affreux lien d'un sacré diadème? Ah ! ne voyez-vous pas que les Dieux plus humains Ont eux-mêmes rompu ce bandeau dans vos mains?

MONIME

Hé ! par quelle fureur obstinée à me suivre, Toi-même, malgré moi, veux- tu me faire vivre? Xipharès ne vit plus. Le Roi désespéré Lui-même n'attend plus qu'un trépas assuré. Quel fruit te promets-tu de ta coupable audace? Perfide, prétends- tu me livrer à Pharnace?

PH^DIME

Ah ! du moins attendez qu'un fidèle rapport De son malheureux frère ait confirmé la mort. Dans la confusion (1) que nous venons d'entendre, Les yeux peuvent-ils pas (2) aisément se méprendre ? D'abord, vous le savez, un bruit injurieux Le rangeoit du parti d'un camp séditieux ; Maintenant on vous dit que ces mêmes rebelles Ont tourné contre lui leurs armes criminelles. Jugez de l'un par l'autre, et daignez écouter..,.

MONIME

Xipharès ne vit plus, il n'en faut point douter. L'événement n'a point démenti mon attente. Quand je n'en aurois pas la nouvelle sanglante. Il est mort ; et j'en ai pour garants trop certains Son courage et son nom trop suspects aux Romains. Ah ! que d'un si beau sang dès longtemps altérée

(1) Confusion = nouvelles confuses.

(2) Cette suppression de la première partie de la négation était d'usage fréquent au xvii< siècle.

Rome tient maintenaut sa victoire assurée !

Quel ennemi son bras leur alloit opposer?

Mais sur qui, malheureuse, oses-tu t'excuser?

Quoi? tu ne veux pas voir que c'est toi qui l'opprimes,

Et dans tous ses malheurs reconnoitrc tes crimes (1)?

De combien d'assassins l'avois-je enveloppé!

Comment à tant de coups seroit-U échappé ?

n évitoit en vain les Romains et son frère :

Ne le livrois-je pas aux fureurs de son père?

C'est moi qui les rendant l'un de l'autre jaloux,

Vins allumer le feu qui les embrase tous,

Tison de la discorde, et fatale (2) furie,

Que le démon (3) de Rome a formée et nourrie.

Et je vis? Et j'attends que de leur sang baigné,

Pharnace des Romains revienne accompagné ?

Qu'il étale à mes yeux sa parricide joie ?

La mort au désespoir ouvre plus d'une voie :

Oui, cruelles, en vain vos injustes secours

Me ferment du tombeau les chemins les plus courts,

Je trouverai la mort jusque dans vos bras même.

Et toi, fatal tissu (4), malheureux diadème, Instrument et témoin de toutes mes douleurs, Bandeau, que mille fois j'ai trempé de mes plemra, Au moins, en terminant ma vie et mon supplice. Ne ponvois-tu me rendre un funeste service? A mes tristes regards, va, cesse de t'offrir : D'autres armes sans toi sauront me secourir; Et périsse (S) le jour et la main meuririère Qui jadis sur mon front t'attacha la première !

PH^DIME

On vient, Madame, on vient ; et j'espère qu'Arcas, Pour bannir vos frayeurs porte vers vous ses pas,

(i) C'est-à-dire : et ne veux-tu pas dans tous ses malheurs reconnaître.

(2) Fatale au sens étymologique : voulue par le destin.

(3) Dimon au sens étymologique (grec daim6n) : ginie.

(4) Cette apostrophe est dans le passage de Plutarque cité par Racine dans sa Préface. « O maudit ei malheureux tissu, ne me serviras-tu point au moins à ce triste service ? »

(5) Ptrtsse n'est accordé qu'arec le premier sujet. C'est un latinisme fréquent «u ZTii* liicîc.

RACINE =========:.======-

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