‹ Théâtre (premìere série) (volume 2)Chapitre 14 sur 17 · Est-ce à ces cris que nous avons entendu pousser · texte numérisé non relu

Est-ce à ces cris que nous avons entendu pousser

Que nous devinerions que l'homme est mort?

11. il faudrait savoir avant que de parler. Car supposer et savoir sont deux.

12. De tous ces avis je retiens ceci que j'approuve : Sachons au juste ce qu'il va de l'Alride.

CLYÏEMNESTRE.— A toutes les paroles que j'ai dites précédemment pour un propos

Je n'aurai point honte de faire une contradiction.

Et qui, ménag-eant à ses ennemis un traitement d'ennemis, cependant

Qu'ils paraissent être ses amis, par des [inrolcs dresserait autrement comme de rets

Le piège etl'enceinîc supérieure au bond?

C'était pour moi avec une vieille pensée le combat Qui termine une vieille querelle : le temps est venu

à la fin.

Ayant frappé, je me tiens là, debout dans l'œuvre

exécutée.

J'ai fait ainsi, et je ne nierai pas la chose, Qu'il ne pût fuir ni repousser le sort fatal. D'un inextricable filet, comme un pêcheur de

poissons.

Je l'enveloppe, la riche embûche d'un vêtement. Et je frappe deux fois ; et poussant deux cris, II se laisse aller; et tandis qu'il tombe, J'ajoute le troisième coup, rendant au souterrain Hadès qui est le gardien des morts ces grâces! C'est ainsi que gisant par terre il rend l'esprit. Et jetant dehors le sang rapide, Il m'asperge des gouttes sombres de cette rosée, Non moins joyeuse que sous la pluie du ciel Le blé vert quand il se travaille à sortir de la

semence.

Cela étant, vieillards d'Argos, Réjouissez-vous, si vous le voulez. Pour moi je

me glorifie 1 Et s'il était une libation à répandre sur ce mort. Celle-ci lui lui serait due, et plus, oui certes, que

due.

IV i3

Le vase qu'il avait rempli dans les demeures de

tant de maux Et d'exécrations, il y boit à son retour lui-même.

LE CHŒUR. — Nous nous émerveillons de

ta langue et que d'une bouche éhontée Tu te vantes, parlant de ton époux ainsi.

GLYTEMNESTRE, —Vous voulez voir si je suis

une femme qui ne sait ce qu'elle fait. Mais moi, d'un cœur intrépide, à votre face, Je le dis. Et de vos louanges et de votre blâme Il va de même. Celui-ci est Agamemnon mon

époux.

Mort par le fait de cette main que voici, Ouvrière d'une œuvre de justice. La chose est telle.

LE CHŒUR. — Quel poison, ô femme,

Chose à manger que la terre produit, ou breuvage

Tiré de la mer de l'eau, as-tu pris

Pour accumuler par-dessus ton crime la publique

exécration?

Ta as rejeté, tu as rompu, et de la ville tu seras toi'

même repoussée Par le soulèvement de ses citoyens

GLYTEMNESTRE. — Voilà que tu décrètes contre moi le bannissement

Et la haine publique et l'exécration générale, Et tu ne m'associeras pas cet homme à les reproches ?

Lui qui, sans y faire de différence, telle qu'une bête, Tandis que ses troupeaux avaient de brebis laineuses assez, Sacrifia sa fille, mon enfant, la très-chère douleur De mon ventre, comme un charme qui fît cesser

les vents Thraces.

Ne devrais-tu pas lui faire de cette terre inlerdic-

lion, Pour son impiété ? Mais, pour moi.

Tu m'es un juge intraitable. Or, je te le dis, Menace, tu me trouveras préparée :

La lutte est égale, que le vainqueur me fasse la

loi!

Mais si les dieux décident à l'opposé.

Tu recevras une leçon de prudence trop tard.

LE CHŒUR. — Ton cœur s'élève,

Et tu parles fort haut, comme quelqu'un

Que le sang dont il est couvert a rendu fou.

La tache de sang qu'il y a sur tes yeux te sied bien.

A ton tour maintenant, privée d'amis,

On te rendra coup pour coup.

CLYTEMXESTRE. — De ce serment que je fais entends la solennité !

Par la Justice, qui a été faite à mon enfant, Par Aie et Erinys à qui j'ai sacrifié cet homme, Mon espérance ne marche point dans la salle de la

crainte, Tant que soufflant sur le feu de mon autel, Egisthe me sera, comme il le fut, l'ami; Car celui-ci de notre assurance n'est pas un médiocre bouclier.

Celui qui a violé sa foi, le voici là étendu. Lui, le mignon des Chryséis, là-bas.

Et la voilà aussi, elle, la captive, la voyante. Sa devineresse qui couchait avec lui, La compagne de son lit et la planche de son banc

de marinier.

Le traitement n'a point dépassé leur mérite. Lui donc, bien ! et elle, comme le cygne Oui célèbre la plainte suprême ayant chanté. Est couchée amoureusement contre lui, et elle

ajoute Une douceur au lit de ma jouissance.

LE CHŒUR. — 0 que quelque mort pût venir

Qui vite, sans douleur trop grande,

Sans longueur de maladie,

Pût nous apporter pour toujours

L'interminable sommeil, ores que voici tué

Le très-doux chef;

Ayant subi pour une femme maints travaux, il a

perdu Par le fait d'une Jenime la vie.

0 folle d'Hélène,

Qui à toi seule as détruit tant et tant De vies humaines devant Troie, A ce dernier coup par un sanfj Fameux, ineffaçable, tu te couronnes toi-même, Certes alors c'était dans les demeures une rivalité De fureurs pour la perte de l'homme.

GLYTEMNESTRE. — Va, n'invoque point La mort, dans ton accablement ; Et contre Hélène ne retourne point ta colèfe, Qui, comme une exterminatrice, a elle seule, Perte de tant de vies d'hommes, a causé Une désolation sans paire.

ANTISTROPHE i

LE CHŒUR. — 0 démon, qui possèdes ces demeures et les Deux filles de Tantale

Et qui renforces la fureur unanime de ces femmes. En sorte que j'en ai le cœur transi ! Sur le cadavre, comme Un odieux corbeau, perché sinistrement Il exulte, chantant son chant.

GLYTEMNESTRE. — Tu rectifies comme il faut, Proclamant le démon

Trois fois gorgé de cette race.

Car celui qui en lui-même nourrit

Le désir du sang pour le boire,

Avant que l'ancien ne soit tari, il en faut d'autre.

LE CHŒUR. — Tu as dit le grand démon

Domestique et sa dure colère.

Pheu pheu mal

Mauvais, monotone malheur !

lô iè diai Dios par Zeus

Cause et ressort de tout !

Car quelle chose humaine qui hors de Zeus ait sa

fin ? quelle, Qui soit hors de la puissance divine ? 0 mon roi, ô mon roi.

Comment te pleurerai-je ?

Que dirai-je dans la tendresse de mon cœur ? Tu gis dans celte toile d'araignée, par Ce meurtre infâme, tu jueurs, Hélas ô ! sur ce lit barbare Périssant par un lâche coup De la main qui tient la hache besaiguë.

CLYTEMNESTRE. — Vas-tu dire que l'auteur de ce

crime, c'est moi ?

N'imagine pas

Que Je sois l'épouse d'Agamemnon.

Sous la forme de lajemme de ce Cadavre, c'est l'antique Vengeur acharné D'Atreus et de sa chère funèbre

Qui reprend sur celui-ci son dû,

Pour les petits enfants sacrifiant l'homme /ait.

LE CHŒUR. — Toi, que tu sois innocente

De ce meurtre, qui le témoignera ?

Qui ? qui ? bien que peut-être l'héréditaire

Vengeur prête main-forte.

Le sang qui coule

Des meurtres familiaux contraint

Le noir Ares, qui, faisant comparution,

Au sang caillé des enfants dévorés

Constituera assistance.

0 mon roi, ô mon roi,

Comment te pleurerai-je ?

Que dirai-je dans la tendresse de mon cœur?

Tu gis dans cette toile d'araignée, par

Ce meurtre infâme tu meurs,

Hélas ô ! sur ce lit barbare

Périssant par un lâche coup

De la main qui tient la hache besaiguë.

CLYTEMNESTRE. — Et lui, na-t-il donc pas mis

Sur cette demeure un crime lâche ?

Mais ma file que f avais de lui, telle qu'un plant

tout venu, 0 Iphigeneia très-pleurée !

Pour l'acte indigne recevant un digne châtiment, Qu'il ne se vante point dans l'Hadès Ayant par le glaive été Payé de la mort qu'il donna le premier.

LE CHŒUR. — Je ne trouve point dans le vide de

mon esprit D'idée Où il faille que je me tourne^ tandis que la maison

croule!

Je crains le coup de la rafale qui renverse les murs. L'averse de sang ! La pluie cesse, Mais la Justice pour une action d'horreur aiguise Son arme sur d'autres queux.

lô gâ gâ! Terre! que ne m'as-tu reçu Avant que je ne l'eusse vu Posséder de la baignoire aux parois d'argent le lit

bas?

Qui l'ensevelira? Oui le pleurera?

L'oseras-tu faire, toi? et De l'époux que tu assassinas accompagnant L'âme de ta lamentation.

Pour l'acte énorme que tu fs lui rendre Un dérisoire honneur?

Quel hommage funèbre sur œ héros Répandu avec des larmes fera voir La sincérité d'an cœur?

CLYTEMNESTRE. — // ne te sied pas de rappeler

Ce soin . Nous pourvoirons.

Comme à sa mort, à sa sépulture.

A^on point parmi les pleurs de sa famille,

Mais la caressante Iphigeneia,

La file, comme il convient,

A la rencontre du père, là où du fleuve rapide Est le douloureux passage, S'en viendra pour l'embrasser.

LE CHŒUR. — Le grief répond au grief.

La querelle est difficile à juger.

Le violent souffre violence et celui qui a tué expie.

Mais ceci subsiste tant que subsiste avec le temps Dieu,

Quil sera fait à celui qui a fait. C'est la loi.

Et qui de la maison expulserait l'exécrable engeance?

L'espèce colle et tient ferme.

CLYTËMNESTRE. — Jusqu'à celui-ci l'oracle avec

exactitude a suivi Son chemin. Pour moi, Je veux jurer au démon des Plisthénides Ce pacte, d'accepter ceci, Encore que ce soit dur ; mais au demeurant, Que, laissant ces demeures, il porte à une autre

famille Lejléau des meurtres domestiques.

Une part de ces biens N'est que peu de chose pour moi qui ai tout. Il me

suffit Que de la folie des meurtres qui se répondent J'aie débarrassé ces demeures.

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