A GÉRIN
Tire l'épée d'Avare ! tiens le glaive debout devant moi pour qu'il m'assiste
Comme un témoin incorruptible dans ce lieu de prostitution.
CŒUVRE.— Omonfils,répéeafait sa tâchpje moment de la lutte et du litige est passé. (J'entends une alouette qui chante !)
Si le soleil se lève, tu croiserais en vain ton fer avec les rayons impassibles.
Ecoute ma voix retentir seule dans l'immensité ! Les vents se recueillent, et seul avec moi dans les hauteurs suprêmes est entendu ce faible chant.
Vois autour de toi la terre saine et nettoyée, considère l'étendue illimitée, le jour avec la pureté de îa nuit, la splendeur du Lion dans la limpidité de l'hiver, et connais que toutes choses sont dévoilées !
Ne vois-tu pas que tout est préparé pour la paix et que tu ne saurais le refuser plus longtemps à la trêve et au pacte ?
La lumière commence, l'air prend d'un bout à l'autre ! voici la présence latérale du Soleil, voici l'irrésistible invasion du feu !
Voici l'extension, voici la gloire, voici le jour de l'ostension de Dieu pareille à la victoire de l'Eté !
IVORS. — Je t'attends à cette parole et à ce nom.
Oui est celui dont tu parles : Dieu ? Je ne l'entends point ; je ne le vois point fixant sur lui les yeux. Il échappe à l'investigation de mon esprit.
Si je ne puis le connaître, qu'ai-je à faire avec lui et dis-moi comment
J'apprendrai ce que je ne puis comprendre.
CŒUVRE. — Je l'ignore, ô mon fils, et tel est justement mon grief,
Et ce dont, à côté del'améthyste, rit à mondoigt comme une étoile cette pierre bleue que me donna Besme au jour de sa mort.
N'avons-nous point un droit
A ne point voir Dieu ? et je ne puis l'exclure.
Il ne profère point de parole, et d'où vient que je l'entends ?
Je ne puis l'atteindre et il est avec moi.
II n'est nulle part, et je ne saurais le fuir, prenant mon chemin à droite ou à gauche. En cela que je ne le connais pas, je le reconnais .
Il ne convient donc point de disputer avec le Maître, car je t'annonce qu'il est impitoyable, et inique, et sourd à la raison ;
Mais il nous faut composer avec lui et savoir, ô mon fils, ce qu'il nous veut.
IVORS. — Comment le saurons-nous, alors qu'il n'a point de mot pour le dénoncer ?
CŒUVRE. — Tu dis bien, tu dis bien. Mais le tourbillon dans lequel s'est pris un nageur imprudent,
Ou le tigre qui tient un porc sous sa griffe n'ont pas besoin de la parole et d'une phrase pour se faire entendre.
Comment saurons-nous ce qu'il veut? mais peutêtre que c'est nous-mêmes qu'il veut.
IVORS. — Que veut-il de nous?
CŒUVRE. — Je crains, ô mon fils, qu'il n'yait nulle part de nous-mêmes qui échappe à sa convoitise. Ne t'ai-je point ditqu'il était impitoyable?
Toute chose qui vit, étant née,
Est capable de combustion et brûle à l'approche du feu (l'image se décomposant en son type) ;
Et tu vois que le feu ne choisit point sa nourriture, mais tout lui est bon, ordure ou bois, fleurs et fruits, poil et graisse.
Mais l'homme immortel est susceptible d'une flamme inextinguible, en laquelle tout entier
Il se consomme en se consumant.
Je me plaindrai de cet avarice du Créateur qui veut ne rien perdre de sa créature et retrouver le fonds avec l'intérêt l J'accuse la trahison
De cet assentiment intérieur qu'il a déposé en nous comme une semence ignée.
IVORS. — Gela que nous appelons l'amour ?
CŒUVRE. —Oui, et c'est là que l'iniquité est manifeste.
Car que manque-t-il à la femme pour être l'objet adéquat de notre amour ?
A qui, dans l'étreinte sacrée, restituerons-mous, qu'à l'épouse,
La vie que nous devons à la mère ?
Pourquoi donc nenous est-il pas permis detrouver satisfaction dans la femme ?
D'où vient ce malentendu entre les sexes et cette séparation irréductible ?
Et quel droit, Lui,
A-t-il que nous, hommes, l'aimions, alors que nous ne le connaissons pas ?
IVORS. — Nieras-tu qu'il échappe à nos sens ?
CŒUVRE. — Quel mot emploies-tu échapper? Certes,
Pour trois de nos sens au moins ce que tu veux dire n'est pas faux.
Peut-être cependant
Qu'il n'est pas étranger à notre goût (comme le poète dans sa bouche, sans parler, différencie les paroles à leur saveur),
Et le cœur connaît son attouchement.
IVORS. — Tu essaieras en vain de m'inquiéter.
Celui qui pendant dix ans a vu la mort dans la distance de son souffle et qui survit à un monde écroulé
Possède son âme dans la prudence et ne se rendra pas aisément à tout langage qui le sollicite avec perfidie.
Ma charge est d'administrer le présent, et ce qui n'est pas présentement ne saurait me toucher.
Je pense qu'il n'est point de bonheur absolu pour l'homme et que la séduction en est vaine,
Et qu'il n'est point d'ordre parfait entre eux
tu vois ce peuple dispersé !
Que chacun donc mange en paix son propre pain !
CŒUVR.E. — Je reconnais un cœur vraiment royal à cette prudence.
Tu as raison, Ivors, de ne point te tourner vers l'avenir ou le passé,
Mais d'envisager d'un regard droit le présent, car le présent seul existe, étant la superficie de l'éternité permanente.
Pourtant je te le dis, jeune aigle, ton œil est encore faible et s'arrête à l'enveloppe,
Mais la prunelle du vieux griffon sait fouiller les entrailles de la terre et y découvrir les mines et les trésors.
Le bonheur n'est pas un luxe ; il est en nous comme nous-mêmes, il est mêlé au sujet de notre conscience,
L'agrément incommunicable, notre sensibilité intérieure, la manière d'être de notre prospérité infuse !
D'où vient donc qu'il ne reconnaisse en rien son objet et que nous sentions dans tout plaisir
Une perversion de l'instinct, une vaineamusette?
Mais le bonheur où est-il? c'est un souris qui s'efface, une voix qui se fait entendre en cessant, un rapt,
LTn transport précaire et ^ ravissement de notre découverte est mêlé à nos sanglots.
Inquiétude que rien n'endort ! D'où
Ce mal ? et quelle est cette fatale sentence ?
O Ivors, si tu nous retires notre joie, nous priveras-tu aussi bien de notre douleur ?
Notre détresse au moins est à nous, elle ne nous sera pas enlevée.
Au malade condamné, à l'amant trahi, à la veuve qui voit mourir entre ses bras son fils, au poète écrasé sous les pieds
Ne retire pas le droit de se plaindre !
Ne nous relire pas notre grief, car il est notre bien légitime et tout homme
Le partage riche ou pauvre, étant soumis à la nécessité de la mort ;
Notre bien, et notre arme, et notre nourriture et notre soutien, et notre œil dans les ténèbres inextricables.
IVORS. — Oui accuserons-nous, prêtre ?
CŒUVRE. — Toute rupture de l'équilibre suppose une cause et, si
Une autre assiette n'est acquise, comporte le rétablissement.
Or, comme le dit le Livre, nous savons
Que tout l'homme dans le premier homme a forligné à son principe,
Mais notre espoir réside dans notre punition, du bonheur dans notre souffrance, de la connaissance dans nos ténèbres, du salut dans notre sursis.
L'homme s'étant soustrait à Dieu doit être restitué.
IVORS. — Que veux-tu dire?
CŒL VRE. — Je veux dire substitué.
Aucun homme n'aurait pu offrir à Dieu que l'homme qu'il est, avec imperfection,
Et non ce par quoi il est homme, c'est-à-dire l'image de Dieu, qu'il vit.
Dieu seul pouvait restituer Dieu à Dieu,
Et c'est pourquoi tu lis qu'il s'est fait homme.
IVORS. — Prêtre, ne nous parle pas de ces choses anciennes et mal sues ; il nous lasse de tenir la tête retournée.
Le passé tout entier fait partie de la maison que nous avons jetée par terre.
Libres et nus, il nous convient de confronter directement le ciel neuf, l'abîme de l'azur, le prodige de la chose qui esl, l'aurore.
Si quelque message nous est destiné, qu'il nous soit fait à nous-mêmes, qui vivons !
Nous ne demandons point au sépulcre son témoignage.
CŒUVR.E. — 0 Ivors, quelle est cette défiance, du passé? Pour moi, le présent me paraît si énorme que rien ne cesse d'en faire partie.
Ce que nous appelons l'histoire
N'est pas une succession d'images vaines, mais, le développement, à mesure que les choses sortant du temps cessent de lui appartenir,
D'un ordre et d'une composition.
Celui qui lit, quand il lit il y a un progrès dans sa lecture,
Mais dans la connaissance qu'il en retire il n'y
apas plus de suite que du principe auxconséquences.
Mais pourquoi est-ce que je perds mon âme en de vaines paroles ?
La plaie ouverte dans la chair, quoi de plus immédiat ?
0 mon fils, tu ne saurais arracher le vieux trait? tu ne saurais fermer la vieille blessure !
C'est en vain que tu serais, ô Ivors, le Roi ! et que lu disposerais toutes choses avec nouveauté, et que la Société de tous les hommes respirerait
L'ordre sorti de ta bouche.
Tu ne saurais effacer de ton cœur une certaine image.
Et cette image n'est autre que celle imprimée sur le linge de la Véronique.
C'est une face fine et longue et la barbe entoure le menton d'une triple toulfe.
L'expression en est si austère qu'elle effraie, et si sainte
Que le vieux péché en nous organisé
Frémit jusque dans sa racine originelle, et la douleur qu'elle exprime est si profonde
Qu'interdits, nous sommes comme des enfants qui regardent pleurer, sans comprendre, le père : il pleure !
Tu voudrais en vain, ô Ivors, déployer devant ces yeux la gloire et l'éclat de ce monde. Ces yeux qui en se levant d'un regard ont créé l'Univers
Sont maintenant baissés, et de sévères larmes en descendent ;
— 3oo —
Du front suintent des gouttes de sang-.
Mais considère, ô mon fils, la bouche de ton Dieu, la bouche, ô mon fils, du Verbe,
Quelle amertume elle savoure, quelle parole à elle-même ineffable elie goùle,
Car les lèvres au coin droit s'entr'ouvrent en un sourire atroce.
Comme il pleure de tout son être, laissant échapper la salive comme un enfant !
Il n'y a point de pain pour nous, ô mon fils, tandis qu'il nous restera cette douleur à consoler.
C'est la douleur du Fils de l'Homme qui a voulu goûter et revêtir notre crime,
C'est la douleur du Fils de Dieu
De ne pouvoir présenter à son Père tout l'homme dans le mystère de l'ostension.
IVORS reste un moment silencieux et la tête baissée, puis il se tourne vers GERIN et THYRSÉE, et enfin, se redressant et regardant CŒUVRE en face, il dit :
Soit!
CŒUVRE. — Homme, crois-tu? veux-tu croire l'Eglise qui est le Verbe visible ?
IVORS. — Je le veux.
CŒUVRE. — Dieu !
IVORS. — J'y crois.
CŒUVRE. — Je crois à un seul Dieu vivant, je crois en un seul Dieu éternel,
— 3oi —
Distinct, créateur, simple dans la plénitude d'une triple personne,
Et en Jésus-Christ, son fils unique, Notre Seigneur, vrai Dieu et vrai homme,
Un seul Christ dans l'union hypostatique, pareille au mystère delà génération ;
Oui est né de la Vierge Marie, qui a souffert sous Ponce Pilate, qui est mort, qui est ressuscité le troisième jour ;
Et dans le Saint Esprit vivifiant, et en la Sainte Église catholique, infaillible et exclusive ;
Et dans la résurrection de la chair, et dans la vie éternelle ; et en un seul baptême.
IVORS. — Je crois tout cela.
CŒUVRE, à tous les antres. — Et vous, que croyez-vous?
THYRSÉE, à Iuors. — 0 chef, nous croyons à ton commandement.
CŒUVRE. — 0 Dieu, accepte ces mains sanglantes ! accepte ces sacrificateurs !
Car ils ont fait une besogne qui t'est agréable, abattant la Rète qui était assise entre les collines, la cité d'Hénoch, le monstre du Rêve horrible et laborieux,
L'hydre grouillante, la Ville vomisseuse de fumée ! Et maintenant à la place du cri informe,
\oici la révélation de la parole proférée ; à la -place des songes
La vérité, et la réalité de ce qui est.
IVORS. — Je crois.
El pour ce qui est du baptême, je salue celui de la lumière éclatante et virginale,
Où ce globe est en ce moment englouti.
Je crois en Dieu ! et d'une main saisissant la poignée de mon épée,
J'étends vers ces campagnes, adossé au soleil,
L'autre main dans le geste qui jure !
Apprends-moi donc, ô mon père, comment je constituerai une société nouvelle entre les hommes
Selon la rigueur de la joie, une ville dans la clarté de l'évidence.
CŒUVRE. — Ne crois point que j'apporte une recette et que l'accord et la justice entre les hommes réside
Dans la vertu d'aucun arrangement automatique.
Mais la Vérité incompréhensible
Est comme le soleil dans la vision de qui toute chose
Dans l'ivresse de la joie et dans l'exultation du témoignage
Invente sa forme et sa vie.
THYRSÉE. — O sage, ne lui parle pas de la lumière, car il ne l'aime déjà que trop et elle seule peut le faire rire !
De peur qu'il ne pense plus à nous, tout éclatant et enflamboyé comme une coupe de verre pleine d'une eau transparente!
Dis-lui plutôt qu'il tourne la face vers nous qui l'aimons et vers les hommes pauvres et malheureux ;
Mais ce jeune cœur ne nourrit point de sentiments humains.
IVORS. — Oui sera assez dur de me reprocher d'aimer la belle lumière?
Mais ne croyez pas que je ne sois capable de vous aimer aussi,
Vous, mes amis, et toi, ô mon peuple misérable!
Et si tu veux que je ne fasse pas autre chose que travailler au bonheur de mon peuple,
Dis- moi, comment est-ce qu'il faut faire et par où commencer?
Mais que tu nommes le bonheur de l'homme bien-être ou quoi que ce soit d'autre,
J'ai dit qu'il n'était pas une fin en soi, mais l'effet, par rapport à cette fin, d'une juste disposition.
Achève, ô mon père, ce que je veux dire, car là s'arrête ma connaissance.
CŒUVKE. — L'ensemble de tous les hommes est comparable à un homme unique.
Et comme le chrétien dédie à son Créateur cette portion du monde dont il vit, c'est ainsi que VUnivers tout entier fut remis entre les mains
De l'Homme, pour qu'il en fît l'hommage.
Car telle est la raison de sa nature et ce jeu de Dieu après la négation des Anges,
Que l'esprit épousât le Néant et contraignît la matière à la confession.
Et si tu demandes que je te peigne la forme
De cette ville nouvelle sur la terre dans le soleil de Dieu,
Je te dirai simplement : aujourd'hui est semblable à hier, toutes choses sont au-devant de nous,
Et nul jamais dans ce temple qu'est le monde ne saurait échapper à la nécessité de l'ample cérémonie.
Qu'ils ouvrent simplement les yeux à ce qu'ils font et qu'ils acquiescent
A ce mystère où ils participent.
Et en effet si la société est un corps, pour que déjà il vive,
Il faut que déjà il soit complet avec tous ses organes.
Et c'est à quoi servent ces hommes et ces femmes méprisés par la partie brutale,
Ouverts sur l'esprit, tels que la cavité de la profonde poitrine, ce chœur de l'église corporelle,
Tels que les narines qui s'écartent sur l'encens.
Et d'autres hommes sont comme les pieds diligents, et les mains, et comme les yeux qui cherchent et examinent, et comme la cervelle, et l'univers entier est la matière de leur industrie.
Et comme le corps individuel broie la nourriture entre ses mâchoires, et la reçoit dans les magasins et les profonds ateliers de l'estomac, du foie et des intestins,
C'est ainsi que le corps social absorbe, élimine, digère.
Et qu'est le Roi, la chose sacrée qui est entre tous les hommes,, le Roi,
Sinon le cœur placé dans le milieu des organes?
Tel qu'un autel sur lequel toute la matière viem se consumer, chaque coup qu'il bat
Présente tout le sangau mariage brûlant de l'air divin
Et envoie la vie jusqu'aux extrémités des org-a, nés.
0 mon fils 1 lorsque j'étais un poète entre les hommes,
J'inventai ce vers qui n'avait ni rime ni mètre,
Et je le définissais dans le secret de mon cœur cette fonction double et réciproque
Par laquelle l'homme absorbe la vie, et restitue dans l'acte suprême de l'expiration,
Une parole intelligible.
Et de même la vie sociale n'est que le verset double de Y action de grâces ou hymne,
Par lequel l'humanité absorbe son principe et en restitue l'imag-e.
Depuis quelques instants, LALA est apparue au coin d'une ruine.
GÉtUX la montre du doigt.
IVORS, abaissant les yeux sur elle. — Qui est-ce ?
GERIN. — Cette femme, Lâla, votre mère.
IVORS. — Est-ce vous, femme?
LALA. — Qui? dis-le-moi, Ivors, pour que je le
sache.
IVORS. — La Reine de la Folie, la Mère de ce peuple aberrant,
La Nymphe de la foi et humaine, la prometteuse de la paix dans la nourriture.
Tu vois aujourd'hui ton œuvre, ces multitudes rasées, cette ville couchée dans la poudre,
Cette forme de l'humanité rompue et disjointe et ces restes éperdus qui se cherchent par la jachère.
0 magicienne ! l'homme n'est pas fait pour tourner son visage vers la mer miroitante.
De l'abîme illimité des eaux s'élève, la nuit, le vertige et le jour l'épouvante et le rêve,
Mais il lui suffit de la terre sous ses pieds pour qu'il la cultive
Et du ciel au-dessus de sa tête, calculé par une exacte astronomie.
LALA. — 0 Ivors, ces fous n'ont point compris ce que je disais.
Nul ne connaît le secret de ma joie, ni eux, ni les autres, ni vous-mêmes.
Cœuvre lui-même, bien qu'il soit le seul homme qui ait eu de moi possession,
(Et tu es le fruit de noire union, ô roi 1)
Ne m'a point connue tout entière.
Car son esprit s'attache aux causes et il les rassemble dans la profonde cavité de son esprit, comme
des nuages d'où s'échappe le tonnerre et la foudre.
Mais le délice et ce saisissement
Qu'il y a à sentir qu'on ne tient plus à rien est ce qu'il ne connaît pas encore.
Le vol fixe de la pensée qui comme un nageur soulevé par le courant
Se maintient dans la vibration de la lumière,
Ces coups soudains, ces essors insaisissables, ces départs
Sont encore ce que tu sais mal, ô pontife!
Car Cœuvre n'est pas comme un oiseau, mais comme un lion qui va vers le gué et comme un grand cheval attelé au char de Jupiter.
Mais moi, comme un oiseau que l'on entend sans le voir
Chacun se plaît à attacher son sens à ma mélodie.
IVORS. — Femme, ta place n'est point avec nous.
LALA. — 11 est vrai que mes cheveux sont gris et que bientôt la nuit et l'or seront remplacés par la mystérieuse couleur de la neige.
Mais ma beauté reste la même.
Et la vieillesse qui m'atteint dissipe entre qui me suit et moi le malentendu.
Crois-tu que je n'aie point de place parmi vous ?
Je suis la promesse qui ne peut être tenue et ma grâce consiste en cela même.
Je suis.la douceur de ce qui est avec le regret de ce qui n'est pas.
Je suis la vérité avec le visage de l'erreur, et qui m'aime n'a point souci de démêler l'une de l'autre.
Oui m'entend est guéri du repos pour toujours et de la pensée qu'il l'a trouvé.
Oui voit mes yeux nechérira plus un autre visage et que fera-t-il si je souris?
Oui a commencé de me suivre ne saurait plus s'arrêter.
Mais je sens que la mort est proche !
Vienne l'automne, advienne l'instant de profond silence,
Alors que la feuille morte au haut
De l'arbre semble retentir si elle frémit,
Et comme un mort, à l'ébranlement d'un coup de canon., s'élève, délivré, vers la surface de l'étang.
C'est ainsi, m'étant recueillie, que ce bruit léger
Suffira à dégager mon âme.
Adieu, Goeuvre, mon époux! Adieu, Ivors, mon fils!
Eile sort.
IVORS. — Pour nous, nous établissant dans le milieu de la Ville, nous constituerons les lois.
Ils sorte'nt. Midi.