SCÈNE IJ
Les Mêmes, LE HONGROIS, BIRBANTE.
Allons, viens, le Houffrois !
LE DCC
LORENZINO
Allons, entre, Birbante !
(Chacun des deux serviteurs parle bas à son maître.) LE DUC, éclatant de rire.
Tu arrives trop tard pour avoir la récompense!... Entre la rue del Diluvio et la rue délia Fogna.
LE HONGROIS
Et qui donc VOUS a dit l'adresse, monseigneur.^
LE DUC
Un plus fin limier que toi, mon pauvre ami.
(Il montre Lorenzino.) LE HONGROIS, à part.
Ah ! le démon! il ne sait que faire du tort aux honnêtes gens.
LE DUC
Et toi, Lorenzino, qu'est-ce.^
LORENZINO
Une dame masquée, Votre Altesse, et qui ne veut, à ce qu'il paraît, ôler son masque que pour votre serviteur.
CBirbante sort.)
Heureux drôle! cela flaire la Ginori d'une lieue.
LORENZINO
Eh bien, quoi de plus moral qu'une tante qui vient faire une visite à son neveu?
LE DUC
Surtout quand la tante a vingt-deux ans, et que le neveu en a vingt cinq... Tu sais que j'ai un caprice pour elle.-* Fais-lui toute sorte de promesses de ma part.
LORENZINO
Je lui promettrai que vous vous teindrez la barbe et les cheveux.
LE DUC
Pourquoi cela?
LORENZINO
Parce qu'elle m'a avoué qu'elle n'aimait que les bruns, ma chère tante.
LE DUC
Fat ! (S'éioignant, au Hongrois.) Allons, viens ici... Tu as encore quelque chose à me dire?
LE HONGROIS
Je l'avoue.
LE DUC
Dis.
A Votre Altesse seule.
LE DUC
Parle bas, alors.
LE HONGROIS
Monseigneur, la première fois que votre dévoué cousin descendra d'un second étage avec une corde, laissez-moi couper la corde, je vous en prie !
LE DUC
Et pourquoi cela, s'il vous plaît?
LE HONGROIS
Parce que j'ai une idée: c'est que cet homme vous trahit,
LE DUC
Coupe la corde, le Hongrois; tu en es le maître.
LE HONGROIS, joyeux.
Ah!...
LE DUC
Seulement, si tu fais cela, j'ordonne au bourreau de renouer les deux bouts de la corde, et de te prendre le cou dans le nœud... Te tiens- tu pour averti ?
LE HONGROIS
Oui, monseigneur... Votre Altes-se a tout dit?
LE DUC
Pas encore... J'avais promis cent florins d'or au premier qui me donnerait l'adresse de Luisa.
LE HONGROIS
Et je croyais bien les a^'oir gagnés!
LE DUC
Mais j'avais ajouté que j'en donnerais cinquante au second. (Lui jetant une bourse.) Tiens ! s'il y a davantage, tu donneras la différence à Jacopo.
LE HONGROIS
Et s'il y a moins?
LE DUC
Aloij, tu demanderas l'appoint à Lorenzino. Il te doit bien cela pour tes bonnes intentions à son égard.
(Il sort par une porte latérale, et le Hongrois s'éloigne par le fond.)