SCÈNE VI LE DUC, STROZZl, FRA LEONARDO, LUISA
LE DUC
Eh bien, me voilà seul, Strozzi! seul contre vous deux... Ah! oui, je comprends : je suis armé, et vous êtes sans armes... Attendez... Tiens, Strozzi, je jette cette épée... (il déboucle son épée, et la jette derrière lui.) Tiens, StrOZZi, je t'offre ce poignard... Prends, vieux Romain! N'y a-t-il pas, dans l'antiquité, un Virginius qui (ue sa fille, un Erutus qui tue son roi? Fais-toi immortel comme eux... Allons, choisis et frappe!... Mais frappe donc! Que risques-tu? Pas même ta tête : tu sais bien qu'elle est au bourreau... Et toi, moine, qui t'arrête? Ramasse cette épée, et viens me frapper par derrière, si ta main tremble à me frapper en face.
FRA LEONARDO
Mon Dieu défend à ses ministres de répandre le sang. Sans cette défense, je n'eusse pas remis la cause de la patrie à un autre bras, et il y a longtemps que tu serais mort et que Florence serait libre.
LE DUC
Eh bien, Strozzi, crois-tu que j'aie peur?
Non, monseiixnrur, non; on sait que vous êtes brave... Eh bien, soyez au.,.-,! bon que courageux!
STROZZI
Silenco, enfant! Je crois que tu pries cet homme. (Le Duc remet son poignard au fourreau ol ramasse son épéo.)
LUISA, i domi-voii, à Sirozzi.
Mon père, mon père, laissez moi... Dieu donnera de la force à mes paroles... (S'iaciioant devant le Duc.) Monseigneur...
FR\ LEONARDO, la relevant.
Relève-toi, enfant! Point de traite entre l'innocence et le crime! point de pacte entre l'ange et le démon... Relève-toi!
LE DUC
Tu as tort, moine : elle est si belle ainsi, que j'allais oublier mon olfense, pour ne me souvenir que de mon amour. STROZZI, enveloppant Luisa de ses bras. Mon enfant! mon enfant !
V FRA LEONARDO
0 mon Dieu! mon Dieu! si tu vois de pareilles choses sans tonner, je dirai que ta miséricorde est encore plus grande que ta justice!
LE DUC
Tu le vois, j'ai laissé à Dieu le temps de frapper... (Appelant.) Jacopo ! le Hongrois !