‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 2)Chapitre 120 sur 134 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

FRA LEONARDO, appuyé contre une colonne, et causant aToc STROZZI; SELVAGGIO ALDOBRANDINI, couché sur un banc, BERNARDO CORSLNI, VITTORIO DEl PAZZI, Prison-

NIERS.

Bernardo Corsini, monté sur un escabeau, est occupé à graver son nom sur la muraille, avec un clou. Vittorio, debout près do lui, le regarde faire. FKA LEONARDO, se tournant do leur côté. Que fais-tu, Bernardo.^

BEUNARDO.

Tu le vois, mon père : j'écris mon nom indigne près de ceux des martyrs qui m'ont précédé ici-bas, et qui m'attendent au ciel !

(Il dcsceDd et passe le cloa ^ Viltorio.) VITTOIUO.

A mon tour!... Par le Christ, noire dernier prince élu! ces murs seront, un jour, le livre d'or de Florence!... Tenez, voici le nom du vieux Jacob dei Pazzi, mon aïeul... Voilà celui de Jérôme Savonarole... Voilà celui de Nicolas Carducci... Voilà celui de Dante de Castiglione... Vive-Dieu! la belle garde de nobles fantômes que la liberté, exilée de la terre, doit avoir là-haut !

SELVACGIO

Grave aussi mon nom, Pazzi. Il faut que la postérité sache qne j'étais de ceux qui n'ont pas voulu vivre esclaves ; et, si la muraille est trop dure, viens prendre de mon sang pour écrire ce nom, au lieu de le graver : ma blessure est encore fraîche et ne t'en refusera pas ! Écris : « Selvaggio Aldobrandini, mort pour la liberté! »

VITTORIO

A toi, Strozzi!

(li passe le clou à Strozzi.)

STROZZI, écrivant et répétant ce qu'il écrit. Dieu! garde-moi de ceux à qui mon cœur se fie, Et je me garderai de qui je me défie!

VITTORIO, riant.

Belle sentence ! mais, formulée sur le mur d'une prison, elle a le défaut d'arriver un peu tard !

(Les autres Prisonniers écrivent leur nom. La porte du fond s'ouvre.)

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