LORENZINO, LUISA
LORENZINO, faisant signe à Lnisa de se taire, écoute le brnit des pas du Hongrois qui s'éloigne ; puis, après avoir entendu refermer la porte de la rue.
Tu n'as pas douté de moi, Luisa; merci !
LUISA
Mon Lorenzo, l'heure où je douterai de toi sera l'heure de ma mort.
LORENZINO, allant à la porte du fond.
Attends que je ferme cette porte... (misa le suit des yeux ; il ferme la porte, et revient près de la jeune fille.) Maintenant, écoute-
moi.
LUISA
Comme on écoute la voix de Dieu... Mais, avant tout, mon père ?
LORENZINO, d'une voix brève.
Je t'ai dit que ton père serait sauvé, et il le sera. Mais ce n'est point assez; en pensant à lui, j'ai pensé à nous, ma bien-aimée. Dans une heure, nous quittons Florence.
LUISA
Où allons-nous,^
LORENZINO
A Venise. J'ai là une licence que m'a donnée l'évéque de Mazzi, pour prendre des chevaux de poste. Une fois lihre, ton père te rejoindra.
LUISA
Alors, partons, mon Lorenzo !
LORENZINO, d'une voix qui s'allère do plus on plus.
Non, pas encore. Avant que nous partions, un grand événement doit s'accomplir, Luisa.
LUISA
Où cela?
LORENZmO.
LUISA
Comment, ici?
LORENZINO, désignant la chambre ii (Iroxlo,
Ici, dans cette chambre...
LUlSA.
Mais moi, moi?
LORENZINO
Toi, Lulsa, tu seras dans cet oratoire, où tu prieras pour moi... Quelque chose que tu entendes, quelque bruit qui se fasse, quelque action qui s'accomplisse, tu ne bougeras pas, tu ne feras pas un mouvement, tu ne souffleras pas le mot... Quand tout sera fini, je t'ouvrirai ; tu fermeras les yeux en traversant cette chambre... et nous partirons!
Lorenzo! Lorenzo ! tu me fais frémir!:.,
LORENZINO
Chut !... N'as-tu pas entendu ?
LUISA
Des pas dans ce corridor...
LORENZINO
C'est cela... Passe dans cet oratoire, tuisa ; voici le moment suprême. Appelle à ton aide tout ton courage, et, visses-tu entrer la mort (la poussant dans l'oratoire, un doigt sur les lèvres), tais-toi !...
LUISA
Sainte mère des anges, que va-t-ii donc se passer?
LORENZIHO.
Prie!...
(Il ferme la porte de l'oratoire, dont il met la clef dans sa poche, ta porte da
fond s'ouvre.J
LORENZINO 277
SGÈiNE VI
LORENZINO, LE DUC, LUISA, à genoux et priant dans l'oratoire.
LE DUC, entrant.
Allons, Lorenzino, je reconnais que tu es un homme de parole.
La voix du duc !
LORENZINO
Le Hongrois a dit à Votre Altesse... ?
LE DUC
Que, croyant suivre le pasteur, la douce brebis avait suivi le boucher !
LUISA, se soulevant sur un genou.
Que dit-il donc ?
LE DUC
Eh bien, voyons, où est-elle, notre belle affligée ?
LORENZINO, montrant l'oratoire.
Chut!.., Là.
LE DUC
Pourquoi là, et pas ici ?
LORENZINO
Je vous savais à table, j'ignorais le nombre de coupes que vous comptiez y vider... si vous étiez ivre, je ne voulais paà que vous lui fissiez peur.
LUISA
Mon Dieu, mon Dieu, ai-je bien entendu?
LE DUC
Tu le vois, je me suis ménagé.
LORENZINO
Oui, Voire Altesse est tout à fait présentable... (Le conduisant vers la chambre à droite.) Ainsi, monseigneur...
Où me menes-tu ?
LORENZINO
A ma propre chambre, pardieu!... Dans cinq minutes, je vous la livre.
vir. le
LUISA, jetant un cri.
Ah!... (Elle ouvre la fenêtre, comme pour se précipiter.) Grillée « grillée!
LORENZINO
Une fois dans cette chambre, je pousse la porte derrière elle... Le reste vous regarde.
LUISA
Oh! lui! lui-même!... Le poison! le poison!... Merci,
mon père !
(Elle vide le flacon d'un trait, et retombe à genoux sur le prie-Dieu.) LORENZINO, entrant dans la chambre derrière le Duc, mais sans disparaître de la vue du public.
Ne vous débarrassez- vous pas de votre robe de chambre et de votre épée ?
LE DUC, dans la chambre.
De ma robe de chambre, oui ; quant à mon épée, elle ne quitte mon côté que pour dormir à mon chevet.
LORENZINO
Vous êtes homme de précaution, monseigneur !
LE DUC, de même.
Et cette précaution n'a pas été inutile chez la marquise Cibo.
CEn ce moment^ tous denx sont entrés dans la chambre.)