‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 2)Chapitre 131 sur 134 · LORENZINO, LUISA · texte numérisé non relu

LORENZINO, LUISA

LORENZINO, faisant signe à Lnisa de se taire, écoute le brnit des pas du Hongrois qui s'éloigne ; puis, après avoir entendu refermer la porte de la rue.

Tu n'as pas douté de moi, Luisa; merci !

LUISA

Mon Lorenzo, l'heure où je douterai de toi sera l'heure de ma mort.

LORENZINO, allant à la porte du fond.

Attends que je ferme cette porte... (misa le suit des yeux ; il ferme la porte, et revient près de la jeune fille.) Maintenant, écoute-

moi.

LUISA

Comme on écoute la voix de Dieu... Mais, avant tout, mon père ?

LORENZINO, d'une voix brève.

Je t'ai dit que ton père serait sauvé, et il le sera. Mais ce n'est point assez; en pensant à lui, j'ai pensé à nous, ma bien-aimée. Dans une heure, nous quittons Florence.

LUISA

Où allons-nous,^

LORENZINO

A Venise. J'ai là une licence que m'a donnée l'évéque de Mazzi, pour prendre des chevaux de poste. Une fois lihre, ton père te rejoindra.

LUISA

Alors, partons, mon Lorenzo !

LORENZINO, d'une voix qui s'allère do plus on plus.

Non, pas encore. Avant que nous partions, un grand événement doit s'accomplir, Luisa.

LUISA

Où cela?

LORENZmO.

LUISA

Comment, ici?

LORENZINO, désignant la chambre ii (Iroxlo,

Ici, dans cette chambre...

LUlSA.

Mais moi, moi?

LORENZINO

Toi, Lulsa, tu seras dans cet oratoire, où tu prieras pour moi... Quelque chose que tu entendes, quelque bruit qui se fasse, quelque action qui s'accomplisse, tu ne bougeras pas, tu ne feras pas un mouvement, tu ne souffleras pas le mot... Quand tout sera fini, je t'ouvrirai ; tu fermeras les yeux en traversant cette chambre... et nous partirons!

Lorenzo! Lorenzo ! tu me fais frémir!:.,

LORENZINO

Chut !... N'as-tu pas entendu ?

LUISA

Des pas dans ce corridor...

LORENZINO

C'est cela... Passe dans cet oratoire, tuisa ; voici le moment suprême. Appelle à ton aide tout ton courage, et, visses-tu entrer la mort (la poussant dans l'oratoire, un doigt sur les lèvres), tais-toi !...

LUISA

Sainte mère des anges, que va-t-ii donc se passer?

LORENZIHO.

Prie!...

(Il ferme la porte de l'oratoire, dont il met la clef dans sa poche, ta porte da

fond s'ouvre.J

LORENZINO 277

SGÈiNE VI

LORENZINO, LE DUC, LUISA, à genoux et priant dans l'oratoire.

LE DUC, entrant.

Allons, Lorenzino, je reconnais que tu es un homme de parole.

La voix du duc !

LORENZINO

Le Hongrois a dit à Votre Altesse... ?

LE DUC

Que, croyant suivre le pasteur, la douce brebis avait suivi le boucher !

LUISA, se soulevant sur un genou.

Que dit-il donc ?

LE DUC

Eh bien, voyons, où est-elle, notre belle affligée ?

LORENZINO, montrant l'oratoire.

Chut!.., Là.

LE DUC

Pourquoi là, et pas ici ?

LORENZINO

Je vous savais à table, j'ignorais le nombre de coupes que vous comptiez y vider... si vous étiez ivre, je ne voulais paà que vous lui fissiez peur.

LUISA

Mon Dieu, mon Dieu, ai-je bien entendu?

LE DUC

Tu le vois, je me suis ménagé.

LORENZINO

Oui, Voire Altesse est tout à fait présentable... (Le conduisant vers la chambre à droite.) Ainsi, monseigneur...

Où me menes-tu ?

LORENZINO

A ma propre chambre, pardieu!... Dans cinq minutes, je vous la livre.

vir. le

LUISA, jetant un cri.

Ah!... (Elle ouvre la fenêtre, comme pour se précipiter.) Grillée « grillée!

LORENZINO

Une fois dans cette chambre, je pousse la porte derrière elle... Le reste vous regarde.

LUISA

Oh! lui! lui-même!... Le poison! le poison!... Merci,

mon père !

(Elle vide le flacon d'un trait, et retombe à genoux sur le prie-Dieu.) LORENZINO, entrant dans la chambre derrière le Duc, mais sans disparaître de la vue du public.

Ne vous débarrassez- vous pas de votre robe de chambre et de votre épée ?

LE DUC, dans la chambre.

De ma robe de chambre, oui ; quant à mon épée, elle ne quitte mon côté que pour dormir à mon chevet.

LORENZINO

Vous êtes homme de précaution, monseigneur !

LE DUC, de même.

Et cette précaution n'a pas été inutile chez la marquise Cibo.

CEn ce moment^ tous denx sont entrés dans la chambre.)

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