SCÈNE VII
Les Mêmes, MICHELE, sortant du cabinet.
MICHELE, l'épée à la main, et écoutant. Dieu me pardonne, c'est la voix du duc !... LE DUC, hors de vue, poussant un cri.
Ah ! traître I
LORENZINO
Meurs, misérable!... meurs, infâme!.. . A moi, Michèle!
LE DUC
Oh! je ne meurs pas pour un coup de poignard, moi!
(Il s'élance en scène, et se trouve en face de Michèle, qui lui met l'épée sur la
poitrine.)
LORENZINO 27i>
MICHELE
Non ; mais tu meurs pour un coup d'épée.
LE DUC
Michèle !...
MICHELE, le repoussant dans la chambre. Souviens-toi de Nella !
LE DUC, hors de vue.
Je suis mort!...
(Oo entend le brait d'un corps qui tombe.)
Jésus! Madone sainte!... On tue! on tue!... SCÈNE VIÏÏ
LUISA, dans l'oratoire ; LORENZINO.
LORENZINO) se précipitant hors de la chambre, tout sanglant, blesséà la main et à la joue.
Luisa! viens! viens !,..
(Il ouvre la porte de l'oratoire.) LUISA.
Ah! malheureux, je comprends!
LORENZINO
Ne perdons pas un instant, mon amour, ma vie!... Viens! viens!... Qu'as-tu? Pourquoi hésites-tu?... Plus rien à craindre: il est mort! Florence est libre, et ton père est sauvé! LUISA, ne pouvant marcher, et se renversant sur son bras.
Pardonne-moi, mon bien-aimé Lorenzo! mais j'ai douté de toi... et je' te l'avais dit, que l'instant où je douterais de toi serait celui de ma mort !
LORENZINO
Eh bien?...
LUISA
Mon père m'avait donné, pour le cas où je tomberais aux mains du duc,... ce flacon de poison... Non-seulement j'ai cru que j'y étais tombée, mais encore que c'était toi qui me livrais à lui !
LORENZINO
Après?... Parle! mais parle donc!
580 THÉÂTRE COMPLET D'aLEX. DUMAS
LUISA, lui montrant le flacon.
Regarde !
Le flacon vide !... Oh ! malheur sur moi, je suis maudit !
LUISA
Lorenzo! mon Lorenzo!...
LOKENZINO.
Lui sa !
LUISA
Oh! dans tes bras!... contre ton cœur!
LORENZINO, sanglotant.
Mon Dieu! mon Dieu!... (Luisa glisse sur ses genoux.) A l'aide! au secours!... Elle se meurt!... (Luisa pousse un long soupir.) Morte!... (Silence désespéré, pendant lequel Michèle reparaît à la porte
de la chambre.) Je n'avais que deux amours: Florence et elle... Je n'ai plus qu'une religion : la liberté !...