‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 2)Chapitre 37 sur 134 · SCÈNE V Les Mêmes, LA MARQUISE · texte numérisé non relu

SCÈNE V Les Mêmes, LA MARQUISE

LA MARQUISE

Eh bien, d'Aumont, que faites-vous donc là, quand je vous attends?

LE DUC

Ce qu'il fait, madame? demandez-lui plutôt ce qu'il fera; car je suis convaincu qu'il ne le sait pas encore.

LA MARQUISE

Que voulez-vous dire ?

d'aumont.

Madame la marquise, pardonnez-moi, mais je suis bien malheureux, bien désespéré!

LA MARQUISE

Vous, d'Aumont! malheureux, désespéré! et de quoi?

LE DUC

Marquise, quelque chose qui arrive, comptez-moi toujours au rang de vos amis, et usez de mon crédit, si toutefois il n'est pas perdu avec le vôtre l

LA MARQUISE

Avec le mien? Mon crédit perdu? Mais que dites-vous donc tous deux? Êtes-vous devenus fous ?

Vous savez, madame, qu'il est impossible de désobéir au roi.

LA MARQUISE

Et qui songe à désobéir à Sa Majesté?

LE DUC

Eh! mon Dieu, lui! ce pauvre d'Aumont, qui ne demanderait [)as mieux, mais qui est forcé de suivre les ordres qu'il a reçus.

LA marquise.

Et quels ordres avez-voiis donc reçus, monsieur le duc? Parlez, au nom du ciel, parlez!

82 THÉÂTRE COiMPLET D'ALEX. DUMAS

d'ajjmont.

11 ne faut pas vous effrayer, madame la marquise; peutêtre n'est-ce qu'une disgrâce momentanée.

LA MARQUISE

Une disgrâce! Mais vous me faites mourir tous deux avec vos préparations. Voyons, j'ai du courage, dites-moi tout de suite ce qu'il en est.

LE DUC

Eh bien, marquise, M. le duc est arrêté; vous êtes exilée à votre terre, et d'Aumont a l'ordre de vous conduire à l'instant même au lieu de votre exil.

LA MARQUISE

Impossible, duc. (D'Aumont montrant l'ordre.) Ah! mon Dieu, la signature de Sa Majesté... Mais ne puis-je pas voir M. de Bourbon ?

Pour quoi faire, puisqu'il est arrêté lui-même?

LA MARQUISE

Écrire au roi ?

d'aumont.

Inutile : M. de Fleury décachettera la lettre.

LA MARQUISE

A la reine ?

LE DUC

C'est autre chose.

LA MARQUISE

Oui, oui ; elle se souviendra que c'est moi qui l'ai tirée de l'exil pour la porter sur le premier trône du monde. Mais qui lui remettra cette lettre ?

LE DUC

Moi, marquise, et en personne.

LA MARQUISE

Merci, duc. D'Aumont, passez-moi ce papier et des plumes. (Elle se met à écrire.) Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! LE DUC, reconnaissant l'écriture.

Marquise.'

LÀ MARQUISE

Quoi donc?

LE DUC

Marquise, c'est là votre écriture .>...

LA MARQUISE

Sans doute; et pourquoi cela?

LE DUC

Pourquoi cela? Parce qu'alors... (tirant de sa poche le placetdu deuxième acte) cette lettre, ce placet, ne sont point de mademoiselle de Belle-Isle, mais de vous; et, s'ils sont de vous, marquise! oh! mais, s'ils sont de vous, qui donc m'a reçu dans cette chambre, où je croyais la trouver ?

LA MARQUISE

Ingrat !...

LE DUC

Oh!.., oh! mon Dieu! mon Dieu!

(Il veut sortir.) LA MARQUISE.

Mais où allez-vous? Attendez donc ma lettre!

LE DUC

Oh ! il s'agit bien de votre lettre maintenant !

LA MARQUISE

Qu'y a-t-il donc ?

LE DUC

Il y a, madame, que, dans six heures, un des plus braves gentilshommes de France se fait sauter la cervelle, et que c'est vous qui le tuez, si je n'arrive pas à temps : voilà ce qu'il y a.

(Il va pour sortir, d'Auvray paraît.) LA MARQUISE.

Il est fou !

d'auvray, à Richelieu.

Pardon, mon cher duc, mais je suis forcé de vous demander votre épée.

LE DUC

Comineiitl...

d'auvray, montrant une lettre.

Ordre de Sa Majesté.

LE duc.

Prisonnier?

d'auvrav.

Mandé à Paris par le roi, pour lui rendre à l'instant môme compte de voire conduite.

LE DUC

Oh ! madame! madame!... s'il faut que, par votre faute, il arrive malheur à ce jeune homme, je ne vous le pardonnerai de ma vie! (a d'Auvray.) Allons, monsieur, allons!...

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