SCÈNE II LE CHEVALIER, puis MARTON
LE CHEVALIER
Eh bien, ma parole d'honneur, il n'y a rien de tel que ces roués pour faire d'excellents maris. Il va me présenter à sa femme !... je n'aurais pas osé le lui demander, il me l'offre... On n'est pas plus aimable.
MARTON, entrant par la porte du fond, et traversant le théâtre pour aller
chez sa maîtresse.
Comment! c'est vous, monsieur le chevalier?
LE CHEVALIER
Eh! oui, c'est moi, Marton... Qu'y a-t-il d'étonnant à cela?
MARTON
Jecroyais que vous ne deviez jamais rentrer ici... a Marton, c'est pour la dernière fois ! Marton, je te jure... » Quand disiez vous cela?... C'était hier, je crois.
Hier, Marton, j'étais au désespoir.
MARTON
Et aujourd'hui?
LE CHEVALIER
Aujourd'hui, Marton, je suis le plus heureux des amants.
MARTON
« Je tuerai le comte, Marton! » Hier un tigre, aujourd'hui ■ un agneau... Ah! l'on a bien raison de dire que la musique ^ adoucit les mœurs de l'homme.
LE CUEVALIER.
Tu sais donc...?
MARTON
Est-ce que je ne sais pas tout?
LE CHEVALIER
ors, tu crois qu'elle sera heureuse de me revoir?...
MARTON
Cela se demande- t-il ?... Enchantée !... Mais, dites-moi, f avez-vous prévenue ?
LE CHEVALIER
Non, je n'ai pas eu le temps.
MAKTON.
Mais c'est fort imprudent, ce que vous avez fait là ! si, en vous voyant, elle allait s'écrier...
LE CHEVALIER
Oh ! il n'y a pas de danger : toutes mes précautions sont prises. Le comte sait déjà que j'avais une sœur clans le même couvent que celui où était Louise, et, par conséquent, cela ne l'élonnera point si ta maîtresse me reconnaît,
MARTON
Et qui a dit cela au comte ?
LE CHEVALIER
Moi-même, Marton.
MARTON
Peste ! c'est fort adroit, et je vois qu'une femme peut se fier à vous, monsieur le chevalier; cependant faites-y atlen- 1 lion, M. le comte est bien lin !
LE CHEVALIER
11 ne sait rien, Marton, il ne sait rien.
MAUTON.
Chut!... on vient!...
CËlle se recule et fait semblant do chercher quelque chose sur une table &
ouvrage.)