LA COMTESSE, LE CHEVALIER
LE CHEVALIER, après avoir suivi des yeux Jasmin et le Comte, se retourne, et s'aperçoit que la Comtesse, embarrassée, est prête à sortir à son tour; courant à elle et l'arrêtant.
Eh bien, mais, Louise, que faites-vous donc?
LA COMTESSE
C'est que je ne sais vraiment si je dois rester, chevalier.
LE CHEVALIER
Comment! vous auriez le courage de vous en aller, lorsque nous avons enfin un instant pour nous revoir, lorsqu'après avoir failli hier matin mourir de douleur, demandez plutôt à I Marton, j'ai pensé hier au soir expirer de joie... Mais, madame, si vous vous en allez, qui donc remercierai-je ? à qui donc rendrai-je grâce de vos bontés ?
LA COMTESSE, les yeux baissés.
Je n'ai fait, chevalier, que tenir une promesse que je vous avais engagée, et j'ai été aussi heureuse de pouvoir la tenir que vous avez été heureux de ce que je la tenais.
LE «HEVALIER.
Oh ! si vous saviez quelle nuit délicieuse j'ai passée, quels doux rêves j'ai faits ! car, enfin, jusque-là, je n'étais pas encore sûr de votre amour, tandis que maintenant...
LA COMTESSE
Eh bien, chevalier, si vous croyez à votre tour me devoir
quelque chose pour cette complaisance, je vous eu prie, ne |)rolongez pas votre visite... Vous avez vu ce que j'ai souffert... J'ai pensé m'évanouir.
LE CHEVALIER
Que je m'en aille? Oh ! mais, comtesse, je ne vous aimerais pas si je vous obéissais, et vous seriez la première à me punir de cette indifférence... Songez donc comjjien de choses nous avons à nous dire, que de souvenirs nous avons à échanger, que de pensées cachées au fond de notre cœur demandent à voir le jour!... Moi, m'en aller? Oh ! non!... non!... A moins que vous ne me chassiez, je ne m'en irai pas
LA COMTESSE
Que vous êtes cruel, chevalier ! parce qu'on a eu la faiblesse de vous dire qu'on vous aime, voilà que vous devenez exigeant, tyrannique... Mais c'est fort mal, cela! Souvenezvous donc que, si je n'appartiens pas encore à un autre, je ne m'appartiens déjà plus à moi-même.
LE CHEVALIER
Ah ! comtesse, oubliez-vous que cet autre vous a enlevée à moi, que c'est mon bien qu'il m'a pris ? Ce bien, je le retrouve, je le réclame, voilà tout... Oh ! je tiens mon voleur, je ne le lâche plus!
LA COMTESSE
Silence, chevalier !
(Ils reprennent chacun la place qu'ils avaient quand le Comte est sorti.)