‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 2)Chapitre 66 sur 134 · SCÈNE IX LE COMTE, puis LA COMTESSE · texte numérisé non relu

SCÈNE IX LE COMTE, puis LA COMTESSE

LE COMTE

y Une séparation!... une nullité de mariage!... C'est vrai... / tout est possible. Le roi peut agir à Rome. Le moyen serait violent. (Apercevant la Comtesse.) La COmiesse!... Mon OUCle a raison, elle est charmante.

LA COMTESSE, entrant.

Vous êtes seul, comte?

LE COMTE

Me chercheriez-vous, par hasard ?

L\ COMTESSE

Oui.

LE COMTE

Vraiment.'

LA COMTESSE

J'ai des excuses à vous faire .

LE COMTE

Des excuses , à moi ^

LA COMTESSE

J'ai été vous tourmenter d'un caprice... Pardon!

LE COMTE

Mais c'est moi qui suis vraiment plein de confusion d'être forcé de vous refuser une bagatelle comme celle que vous désirez. Lechevalier a dû vous dire que, pour toute autre chose...

LA COMTESSE

Oh ! non, rien maintenant; je voudrais seulement vous faire une question, comte.

LE COMTE

Laquelle ?

Rie regardez-vous comme votre amie ?

LE COMTE

Assurément, comtesse

LA COMTESSE

Eh bien, alors, que je vous fasse un reproche ! Quoi ! vous me regardez comme votre amie, et vous ne me faites point part de l'embarras où vous vous trouvez ?

LE COMTE

L'embarras où je me trouve ! De quoi est-il question?

LA COMTESSE

Vous avez perdu au jeu, comte.

LE COMTE

Moi?

LA COMTESSE

Vous êtes joueur, vous me l'avez avoué... Ne vous en cachez point ; vous êtes gêné.

LE COMTE

Dieu me damne, comtesse, si je comprends un mot à tout ce que vous me dites j mais allez toujours, j'adore les quiproquos.

LA COMTESSE

De la fierté avec moi ! avec une amie qui voudrait expier la maladresse qu'elle a eue devons tourmenter dans un pareil moment, surtout après les folies que vous avez faites pour moi. Une corbeille de mariage princière! Le moyen, après cela, de réparer une dette de jeu ?

Une dette de jeu ! (Se frappant le front.) Ah ! je comprends maintenant! c'est le chevalier qui, pour obtenir...

LA COMTESSE

11 ne faut pas lui en vouloir d'avoir tout avoué, comte. (Lui passant la main sous le bras.) Ecoutez : j'ai là, au fond d'un sac à ouvrage, un millier de louis que ma tante y a glissés en me disant adieu, et ([ue j'y ai justement retrouvés ce matin; ce n'est pas grand'chose, je le sais; mais, moi, j'ignore comment on trouve l'argent. J'ai celui-là, je vous le donne.

LE COMTE, à part.

Comment, maintenant de la générosité, de la délicatesse; mais je ne peux pas abuser pourtant... (Haut.) Comtesse, on vous a trompée.

LA COMTESSE

Hein ! que voulez-vous dire? Prenez-y garde, monsieur le comte, si le refus qu'on m'a fait en votre nom n'est pas une impossibilité, c'est peut-être une olfense.

LE COMTE, à part.

Diable! elle a raison, et je ne peux pas, je ne dois pas la blesser. (Haut.) Eh bien, oui, comtesse, oui, je n'osais avouer... mais j'ai joué, j'ai perdu.

LA COMTESSE

Alors, pourquoi ne pas accepter?

LE COMTE, embarrassé.

Permettez-moi de ne pas vous céder encore... et pourtant... je tiens à vous dire les sentiments reconnaissants que j'éprouve... dans ce moment surtout où j'ai à vous parler de , choses graves. Notre oncle est, je crois, auprès du roi. ^ LA COMTESSE, qui s'est assise a gauche, et a pris un miroir.

Ah! a-t-il donc affaire à la cour?

LE COMTE

Non pas pour lui que je sache.

LA COMTESSE

Et pour qui donc?

LE COMTE

Mais pour nous.

lA COMTESSe.

Pour nous?

LE COMTE

Eh! eh ! j'en ai peurj vous savez comme il prend tout au sérieux, notre oncle!

LA COMTESSE

Eh bien?

LE COMTE

Eh bien, comtesse, il est désolé d'avoir fait notre mariage.

LA COMTESSE

Mais encore, que peut faire le roi à cela ?

LE COMTE

Le roi ? Il peut beaucoup, comtesse ; il peut autoriser une séparation... mieux que cela, faire prononcer la nullité du mariage.

Une séparation !... une nullité !... mais il me semble, monsieur le comte, qu'une pareille chose ne se fait point sans un grand scandale.

LE COMTE

Assurément; et, comme notre position, telle qu'elle est, mo paraît tolérable...

L\ COMTESSE

Sans doute; quanta moi, comte, je sais que je ne désire pas en changer.

LE COMTE

Eh bien, alors, s'il en est ainsi, comme pour une séparation il faut le consentement mutuel...

LA COMTESSE

Oh ! ne parlons plus de ces vilaines choses-là, monsieur.

LE COMTE, à part.

Ah çà! que dois-je penser? La séparation ne me paraît pas de son goût.

LA COMTESSE

Que vous avez là une charmante garniture de boutons, monsieur le comte !

LE COMTE

Comment la voyez-vous? Vous me tournez le dos.

LA COMTESSE

Dans ce miroir.

Pardon, mais je vous croyais occupée de quelque chose de mieux que de m'y regarder.

LA COMTESSE

Ce n'est pas vous que j'y regarde ; mais vous êtes si près de moi, qu'en m'y voyant, il faut bien que je vous y voie, (a part.) C'est la première fois que je puis le voir à mon aise; il est fr' très-bien !

' LE COMTIi.

Ces diamants, que vous voulez bien remarquer, ont été montés pas Josse.

LA COMTESSE

Le fameux bijoutier, oui, cela se voit au ^oût. Savez-vous, comte, que j'ai envie de séduire votre valet de chambre?

LE COMTE

Oh! n'essayez pas, comtesse, vous n'y réussiriez pas.

LA COMTESSE

Pourquoi ?

LE COMTE

Nous avons des gens incorruptibles, au moins si je juge de "^*^^ *^ Jasmin par Marlon, */« /!j»v»mni«

LA COMTESSE

]\Iarton incorruptible!... comment savez-vous que Marlon est incorruptible?

Comme vous le savez vous-même, sans doute... Hier au soir, c'était fort indiscret de ma part, mais, indiscret ou non, j'avais quelque cbose à vous dire, j'ai essayé de vous voir, et... porte close !

LA COMTESSE, étonnée.

Ab! j'ignorais, je vous jure... Monsieur, si vous aviez insisté...

LE COMTE

Insisté? Oh! j'ai fait mieux que cela; j'ai prié, j'ai menacé... j'ai offert à Marton de l'argent, oui, pardieu! C'est au point que l'on eût pu me prendre pour un amant, comtesse.

LA COMTESSE

Mais que vouliez-vous me dire à cette heure, comte ?

LE COMTE

Ce que je voulais vous dire?... Mon Dieu, je l'avais oublié ce matin; mais tout à l'heure, en vous regardant, je crois que je m'en souvenais.

LA COMTESSE, U part.

Ah ! Marton !... Je vais savoir si elle m'a dit vrai. (Haut.) Je dois regretter, comte, de n'avoir pas eu hier le plaisir de vous recevoir... J'aurais eu peut-être plus de hardiesse qu'en ce moment, pour la demande que j'ai à vous faire. -

LE COMTE

Laquelle?

LA COMTESSE

Une demande que rien, je le crois, du moins, ne peut vous empêcher de m'accorder.

Allons, n'hésitez plus, comtesse.

LA COMTESSE

C'est une folie... Je voulais vous demander de me conduire au bal de l'Opéra.

LE COMTE, saisi.

Au bal de l'Opéra! (a part.) Diable! et la marquise?

LA COMTESSE

Eh bien, comte?

LE COMTE

Eh l)ieii, comtesse, je joue de malheur.

LA COMTESSE

Comment cela?

LE COMTE

Hier, voyant que je ne pouvais avoir l'honneur d'être reçu chez vous, et ne sachant que faire de la fin de ma soirée, j'ai clé rejoindre quelques mauvais sujets de ma connaissance, avec lesquels j'ai pris un engagement pour cette nuit.

LA COMTESSE, à part.

Ah ! Marton a dit vrai. (Haut.) Alors, n'en parlons plus, monsieur; c'est moi qui suis indiscrète, et j'aurais dû voir que vous aviez de ces projets sérieux qu'on ne sacrifie point à un caprice.

LE COMTE, l'examinant.

Un caprice... Je l'ai hlessée. (voyant la Comtesse qui se dispose à cortir). Cemtesse, de grâce...

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