LORENZINO, LE DUC ALEXANDRE
Le Duc paraît à son tour .lu liaut du mur, tenant son épée entre ses dents. En voyant Lorenzino au pied de réchollc, il hausse les épaules, prend son épée, lu secou* couimo pour en éj^ouller le sang, puis la remet au fourreau, et croise ses bras sur sa poitrine.
LE DUC, d'une voix calme.
Parbleu! tu es un fameux com[)agiion, Lorenzino! Deux hommes nous atla(iut'iit, et il faut ([ue je fasse non-seulement ma besogne, mais encore la tienne !
LORENZINO
Ah ! monseigneur, je croyais que c'était, une fois pour toutes, chose convenue entre nous.
LE DUC, descendant.
Quoi?... qu'est-ce qui est convenu?
LOUENZINO.
Que j'étais le compagnon de vos fêtes, de vos plaisirs, de vos amours; mais de vos combats, non!... Que voulez-vous! il faut me prendre comme je suis, ou me laisser à d'autres !
LE DUC, sautant à terre.
Poltron !
LORENZINO
Oui, poltron! poltron, tant que vous voudrez... Mais j'ai, du moins, sur mes pareils, l'avantage de ne point cacher ma poltronnerie, moi... D'ailleurs, est-ce que j'ai une cotte de mailles comme la vôtre pour me donner du courage.'
LE DUC, portant ses deux mains à sa poitrine. Tiens I tu m'y fais songer : je l'ai laissée dans la chambre de la marquise.
(Il fait un mouvement pour remonter à l'échelle.) LORENZINO.
Où allez-vous ?
La chercher, pardieu !
LORENZINO
Il faut que Votre Altesse ait le diable au corps ! Comment! pour une misérable cotte de mailles, vous allez vous exposer?...
LE DUC
Elle en vaut la peine! Jamais je n'en trouverai une qui m'emboîte comme celle-là. Elle s'est tellement assouplie à mon corps, que je ne la sens pas plus qu'un pourpoint de
soie ou de velours.
LORENZINO
Bon! la marquise vous la renverra ou vous la rapportera elle-même.. Savez- vous qu'elle sera très-belle, la marquise, avec ses habits de deuil?... Ah çà! lequel des deux avezvous tué ? J'espère bien que c'est le marquis?
LE DUC
Ma foi, je crois que je les ai tués tous deux!
LORENZINO
Ah ! le second aussi?... Au fait, pendant que vous y étiez!
LORENZINO 203
LE DUC
Attends! voilà le Hongrois qui va nous donner des nouvelles.