‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 3)Chapitre 112 sur 129 · VALENTINE, MONTE-CRISTO · texte numérisé non relu

VALENTINE, MONTE-CRISTO

MONTE-CRISTO, qni a ouTert la porte de la bibliothèque, et qui s'est avancé vers le lit, arrêtant la main de Valentine. Attendez ! (il goûte la potion et lui donne le verre ensuite.) Buvez, maintenant.

Oh! c'est la première fois qu'une de mes visions me parle. Qui êtes-vous?

MONTE-CRISTO, un doigt sur la bouche.

Silence !... n'appelez pas, ne vous effrayez pas, n'ayez pas même au fond du cœur l'éclair d'un soupçon ou l'ombre d'une inquiétude. L'homme que vous voyez devant vous, — car cette fois vous avez raison, Valentine, et ce n'est point une illusion, — cet homme est le plus tendre père et le plus respectueux ami que vous puissiez rêver.

Mon Dieu !

MONTE-CRISTO

Écoutez-moi, ou plutôt regardez-moi; voyez mes yeux rougis, voyez mon visage plus pâle que d'habitude; c'est que, depuis trois nuits, je n'ai pas fermé l'œil un seul instant; depuis trois nuits, je veille sur vous, je vous protège, je vous conserve à notre ami Maximilieu.

Maximilien! Il vous a donc tout dit?

MONTE-CRISTO

Oui ; quand il vous a quittée dans le jardin, au moment de la mort du pauvre Barrois, c'était pour venir chez moi, c'était pour tout me dire; car il m'aime tant, pauvre Maximilien ! qu'il me croit une puissance surhumaine. Oui, il m'a tout dit, votre âme de vierge, votre cœur d'ange. Il m'a dit que votre vie était sa vie; que, si vous mouriez, il se tuerait, et je lui ai promis, moi, que vous vivriez.

Yous lui avez promis que je vivrais?

MONTE-CRISTO

Oui.

Vous venez de me parler de protection et de vigilance; êtes-vous donc médecin ?

MONTE-CRISTO

Oui, et le meilleur que le ciel puisse vous envoyer en ce moment, croyez-moi.

Vous dites que vous avez veillé. Où cela? comment cela? Je ne vous ai pas vu.

MONTE-CRISTO

Derrière la porte de cette bibliothèque.

En effet, cette porte qui vous a donné passage. Comment donc... cette porte...?

MONTE-CRISTO

J'ai acheté la maison voisine, et, cette porte, je l'ai fait ouvrir.

Monsieur 1 ce que vous avez l'ait là...

MONTE-CRISTO

Va'ontine, pendant cette longue veille, j'ai vu quelles gens venaient chez vous, quels aliments on vous préparait, quelles boissuns on vous a servies; puis, quand ces boissons me paraissaient dangereuses, j'entrais comme je viens d'entrer, je vidais voire verre, et je substituais au poison un breuvage bienfaisant qui, au lieu de la mort qui vous était préparée, faisait circuler la vie dans vos veines.

Le poison! la mort! que dites-vous donc là, monsieur?

MONTE-CRISTO

Chut!... Voilà comment vous avez vécu trois nuits, Valintine ; mais, moi, comment vivais-jc? Oh ! les cruelles heures (pie vous m'avez fait passer! oh ! les effroyables tortures <|ue vous m'avez fait subir, quand je voyais verser dans votre verre le poison mortel, quand je craignais que vous n'eussiez le temps de boire avant que je l'eusse répandu par la fenêtre.

Mais, si vous avez vu verser le poison dans mon verre, vous avez vu la personne qui le ver

Oui.

Vous l'avez vue ?

Oui.

V1LLKFORT 241

MONTE-CRISTO

Oh ! ce que vous me dites est horrible, ce que vous me faites croire est infernal. Quoi! dans la maison de mon père! quoi ! dans ma chambre ! quoi ! sur mon lit de souffrance on continue de m'assassiner !... Oh I retirez-vous, monsieur; vous tentez ma conscience, vous blasphémez la bonté divine! Cela n'est pas!

MONTE-CRISTO

Êtes-vous la première que cette main frappe, Valentine? N'avez-vous pas vu tomber autour de vous M. de Saint-Méran, madame de Saint-Méran, Barrois? Voyons, ne connaissez-vous pas la personne qui en veut à votre vie?

Non. Pourquoi quelqu'un désirerait-il ma mort?

MONTE-CiUSTO.

Vous ne le soupçonnez pas ?

Non.

MONTE-CRISTO, écoutant.

Vous allez la connaître, alors.

Comment cela?

MONTE-CRISTO

Parce que, ce soir, vous n'avez ni la fièvre ni le délire-, parce que, ce soir, vous êtes bien éveillée; parce que voilà minuit qui va sonner, et que c'est l'heure des assassins. VALENTINE, s'essuyant le front.

Mon Dieu ! mon Dieu !

MONTE-CRISTO

Valentine, appelez toutes vos forces à votre secours, comprimez votre cœur dans votre poitrine, arrêtez votre voix dans votre gorge, feignez de dormir. Vous verrez! vous verrez !

J'entends du bruit, il me semble.

MONTE-CRISTO

Pas un geste, pas un mot; qu'on vous croie endormie uii. U

sans quoi , l'on vous tuerait peut-être avant que j'eusse le temps de vous secourir.

(Il rentre dans la bibliothèque*)

Page 1