‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 3)Chapitre 117 sur 129 · SCÈNE VIII MAXIM1LIEN, puis MONTE-CRISTO · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII MAXIM1LIEN, puis MONTE-CRISTO

Pas de nouvelles aepuis trois jours! Ces gens éperdus qui s'enfuient... Je n'y tiens plus!... Valentine, pardonnez-moi. Valentine !... C'était trop souffrir !... Elle dort... Valentine !... (Apercevant le cadavre.) Ah ! ah !... (il tombe sur un fauteuil. Après un temps, il se relève, va au lit, découvre le visage de la jeune fille, dans un effrayant silence, puis, froidement. ) Valentine est morte ! (il regarde plus fixement.) Valentine est morte ! (Une main de la jeune fille pend hors du lit. Maximilien prend cette main et la baise arec un sanglot déchirant. Puis il se relève.) Au revoir, Valentine ! à bientôt ! C'est mon tour!

(Il va prendre ses pistolets, qu'il a déposés en enttant sur la cheminée.) MONTE-CRISTO, paraissant.

Maximilien, vous ne mourrez pas !

Vous ici ! vous venez de dire, je crois, que je ne mourrai* pas? Qui donc m'en empêchera?

MONTE-CRISTO

Moi!

Vous ! vous qui m'avez leurré d'un espoir absurde, vous qui m'avez retenu, bercé, endormi par de vaines promesses; vous qui affectez toutes les ressources de l'intelligence, toutes les puissances de la matière ; vous qui jouez, ou plutôt qui

faites semblant de jouer le rôle de la Providence, et qui n'avez pas même eu le pouvoir de donner du contre-poison à une jeune fille empoisonnée; et vous venez me dire cela en présence du cadavre de Valentine?... Monsieur, vous me feriez pitié, si vous ne me faisiez horreur !

MONTE-CRISTO, lai arrachant le pistolet. Et moi, je vous répète que vous ne vous tuerez pas!

Mais qui donc étes-vous pour vous arroger un pareil droit sur moi?...

MONTE-CRISTO

Je suis le seul homme au monde qui ait le droit de vous dire : Morel ! je ne veux pas que le fils de votre père meure aujourd'hui.

MAXIMIMEN.

Et pourquoi parlez-vous de mon père ? pourquoi mêler le souvenir de mon père à ce qui m'arrive?

MONTE-CRISTO

Parce que je suis celui qui a déjà sauvé la vie à ton père, un jour qu'il voulait se tuer, comme lu veux te tuer aujourd'hui; parce que je suis l'homme qui a donné la bourse à ta jeune sœur et rendu le Pharaon au vieux Morel, parce que je suis Edmond Dantès, qui te fit jouer, enfant, sur ses genoux.

lUDBUIfi

Edmond! Edmond Dantès! Ah!

(Il se jette aux pieds de Monte-Cristo.)

Silence ! silence ! Voyons, redeviens-tu enfin un homme, Maximilien?

Oui, car je recommence à souffrir.

MONTE-CRISTO

Regarde-moi, More!, oui, regarde-moi... Je n'ai ni larmes dans les yeux, ni fièvre dans les veines, ni battements dans le cœur. Et cependant je te vois souffrir, toi, Maximilien, toi que j'aime comme j'aimerais mon fils. Eh bien, si je te prie, si je t'ordonne de vivre, Morel, c'e-t dan- la conviction qu'un jour tu me remercieras de t'avoir conservé la vie.

Mais vous oubliez donc que j'ai perdu Valentine?

MONTE-CRISTO

Espère, Maximilien !

Que j'espère? Mais, si vous me persuadez, vous me ferez perdre la raison, vous me ferez croire que je puis retrouver cet ange... Mon ami, mon père, prenez garde, vous me feriez croire a des choses surnaturelles !

MONTE-CRISTO

Espère, mon ami; si je ne te guéris pas d'ici huit jours, jour pour jour, heure pour heure, retiens bien mes paroles, Morel... je te placerai moi-même en face de pistolets tout chargés, et d'une coupe du plus sûr poison d'Italie, d'un poison plus sûr et plus prompt, crois-moi, que celui qui a tué Valentine.

Vous me le promettez?

MONTE-CRISTO

Dans huit jours, et la date est sacrée, Maximilien: je ne sais si tu y as songé, nous sommes aujourd'hui le 5 septembre, il y a aujourd'hui dix ans que j'ai sauve ton père.

(Maximilien prend les deux mains du Comte et les baise.) D'ici là, en

revanche, lu me promets de vivre ?

Oh ! comte, je vous le jure... Mais aussi...

MONTE-CRISTO

Assez, mon fils! Dépose un dernier baiser sur ce front livide. (Maximilien obéit.) Attends et espère !

(Il emmène Maximilien.)

Page 1