‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 3)Chapitre 122 sur 129 · MADAME DE VILLEFORT, VILLEFORT · texte numérisé non relu

MADAME DE VILLEFORT, VILLEFORT

MADAME DE VILLEFORT

Oh ! mon Dieu, qu'y a-t-il donc?

Madame, où mettez-vous le poison dont vous vous servez d'habitude?

MADAME DE VILLEFORT

Que dites-vous, monsieur ? Je ne vous comprends pas !

Je vous demande dans quel endroit vous cachez le poison avec lequel vous avez tué mon beau-père M. de Saint-Mcran, madame de Saint-.Meran, Barrois et Valentine.

MADAME DE VILLEFORT

Oh ! mon Dieu, que me dites-vous là?

C'est à vous, non point d'interroger, mais de répondre, madame.

MADAME DE VILLEFORT

Mais à qui dois-je répondre, monsieur? au mari ou au juge?

Au juge, madame, au juge !

MADAME DE VILLEFORT

Oh! monsieur, je vous en supplie, ne croyez pas aux apparences !

Oh ! je n'ai douté que trop longtemps, madame, puisque mon doute vous a laissé le temps dr tuer Valentine !

MADAME DE VILLEFORT

Monsieur, je vous jure...

Seriez-vous lâche, madame? et, <-n effet, c'est une remarque que j'ai faite, qno les empoisonneurs snni lâches!... Seriexvous lâche, vous qui, cependant, ave/ eu l'alfreux courage de \<iir expirer devant vous trois vieillards et une jeune iî I le, assassines par vous?...

MADAME DE VILLEFORT

Oh ! monsieur !

Seriez-vous lâche? Vous qui avez compté une à une les minutes de quatre agonies, vous qui avez si bien combine vos plans infernaux, vous qui avez composé vos mélanges infâmes avec une habileté et une précision si miraculeuses, avez-vous oublié de calculer une seule chose, c'est-à-dire où pouvait vous mener la révélation de vos crimes?... i\on, vous avez songé à tout cela et vous avez garde quelque poison plus doux, plus subtil, plus meurtrier que les autres, pour échapper au châtiment qui vous était dû... Vous avez fait cela, je l'espère du moins !...

MADAME DE VILLEFORT

Eh bien, oui, oui, monsieur, tout cela est vrai et je suis bien coupable; mais, puisque j'avoue...

Oui, vous avouez; mais l'aveu fait à son juge, l'aveu fiit au dernier moment, l'aveu fait quand on ne peut plus nier, cet aveu ne diminue en rien le châtiment inflige au coupable.

MADAME DE VILLEFORT

Le châtiment, monsieur, le châtiment ! voilà deux fois que vous prononcez ce mot.

Sans doute. Est-ce parce que vous étiez quatre fois coupable, que vous avez cru y échapper? est-ce parce que vous êtes la f mme de celui qui requiert ce châtiment, que vous avez cru que le. châtiment s'écarterait de voire tête? Non, madame. Quelle qu'elle soit, l'échafaud attend l'empoisonneuse !

MADAME DE VILLEFORT

Mon Dieu, monsieur, pardonnez, mais je doute encore que ce soit à moi que s'adressent ces terribles paroles. Que voulez-vous dire, et qu'exigez-vous ?

Je veux dire, madame, que la femme d'un magistrat ne chargera pas de son infamie un nom jusqu'aujourd'hui sans tache, et ne déshonorera pas du même coup son mari et son enfant. Où est le poison dont vous vous servez d'habitude, madame?

MADAME DE VILLEFORT

Non, non, vous ne voulez pas cola.

Ce que je ne veux pas, madame, c'est que vous périssiez sur un ecliafaud, enteudez-vous!

MADAME DE VILLEFORT

Oh ! monsieur, grâce !

Ce que je veux, c'est que justice soit faite ! Je suis sur terre pour punir... A toute autre femme coupable comme vous, fût-ce une reine,- j'enverrais le bourreau. .Mais à vous, je dis : Où est votre poison? Dites vite, madame; où est votre poison ?

Oh! pour notre enfant, au nom de notre enfant, oh! lais* sez-moi vivre !

Non. non, non! Si je vous laissais vivre, uu jour, vous l'empoisonneriez comme les au tirs.

MADAME DE VILLEFOI'.T.

Moi, tuer mon enfant? moi, tuer mou Edouard? Oh! vous êtes fou, monsieur!-

Songez-y, madame; là est un coupable, moins coupable que vous. Si, dans dix minutes, c'est-à-dire quand je l'aurai interrogé, justice n'est pas faite, les gardes qui ont amené uu assassin en emmèneront *\>'\\\.

MADAME DE VILLEFORT

Impossible, monsieur, impossible!

viLi.EFour.

VOUS doutez? Il va à la porte à droite, il l'ouvre.) Entrez.

Les Gendarmes entrent, tenant entre eux Benedelto, qui a les pouccltes aux mains.)

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