SCÈNE VII Les .Mêmes, hors MADAME DE VILLEFORT
BENEDETTO
Oh ! oh ! dites donc, gendarmes, j'arrive dans un mauvais moment.
VILLEFORT, à son bureau.
Avancez ici, et répondez-moi.
BENEDETTO
Ah! c'est M. de Villefort, avec lequel j'ai eu l'honneur de dîner à Auteuil chez M. le comte de Monte-Cristo. Serviteur, monsieur de Villefort !
Ignoriez-vous donc que c'était moi qui dusse vous interroger?
BENEDETTO
Je m'en doutais, et, je vous l'avouerai, je comptais bien un peu là-dessus.
Silence! et quittons ces façons familières. Je ne suis pas plus M. de Villefort que vous n'êtes le comte Andréa Cavalcanti. Vous êtes un prévenu, et je suis la justice. Approchez, et répondez.
BENEDETTO
C'est très-bien dit, cela, monsieur de Villefort; mais, si vous voulez que je parle, il faudrait m'interrogor sans témoins. J'ai des choses curieuses à vous dire, parole d'honneur! et vous ne serez pas fâche, quand je vous aurai dit ces choses, de les avoir entendues seul,
Accusé, votre nom?
BENEDETTO
J'ai déjà eu l'honneur de vous dire que je ne répondrais pas devant ces messieurs,
260 THÉÂTRE COMPLET D'aLEX. DUMAS
Et pourquoi?
BENEDETTO
Parce que j'ai des révélations à vous faire,
Des révélations! Et sur qui ?
BENEDETTO
Sur un homme très-haut placé.
Toute instruction doit être publique.
BENEDETTO
Eh ! qui vous empêchera de la rendre publique, si vous voulez? .Mais, d'abord, qu'est-ce que cela vous fait? Interrogez-moi en téte-à-tète; j'ai un grand coupable à vous dénoncer, (il s'est avancé pour dire ces mots. Les Gendarmes se lèvent pour le retenir.) Eh ! n'ayez donc pas peur !
Laissez-moi seul avec cet homme. (Les Gendarmes hésitent.) Allez, vous dis-je... S'il se portait à quelque violence... (Il tire de sa table deux pistolets qu'il pose près de lai.) BENEDETTO.
Allons! allons! j'en ai vu qui n'étaient pas si braves que ça... Cela me rend fier, moi.