‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 3)Chapitre 124 sur 129 · SCÈNE VIII VILLEFORT, BENEDETTO · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII VILLEFORT, BENEDETTO

Nous voilà seuls... Repondrez-vous maintenant?... Votre nom?

BENEDETTO

Vous est-il égal rie commencer par mon âge?... Je voudrais vous répondre d'abord sur ce que je sais le mieux.

Votre âge, alors?

BENEDETTO

J'ai vingt et un ans, ou jplu.ùt je les aurai dans quelques jours seulement (VUMbrt écrit), étant ne dans la nuit du 27 au 28 septembre 1817.

VILLKFORT 261

Que dites-vous là?

BENEDETTO

La vérité pure.

VILLEFORT, à part.

C'est un hasard!... (Haut.) Où étes-vous ne?

BENEDETTO

A Auteuil, près Paris.

A Auteuil !... Votre nom ?

BENEDETTO

Ah ! mon nom, je ne puis pas vous le dire, attendu que je ne le sais pas ; mais je puis vous dire celui de mon père.

De votre père?... Eh bien, dites...

BENEDETTO

Il se nomme Gérard? Oui, c'est bien cela!... C'est qu'il a plusieurs noms, voyez-vous, et j'ai peur de m'embrouiller.

Gérard ?

BENEDETTO

Gérard Noirtier de Villefort.

Jeune homme, vous mentez !

BENEDETTO

Oh! que vous savez bien que non!

Mais, dans l'instruction que j'ai là sous les yeux, vous avez déclaré vous nommer Benedetto ; vous avez dit être orphelin; vous vous êtes donné la Corse pour patrie.

BENEDETTO

Que voulez-vous ! à cette époque, je n'en savais pas plus que les autres. Mais, depuis, un brave homme de Corse, une espèce de père que j'avais, a bien voulu me mettre au courant de toutes ces petites choses-là, qu'il a jugées pouvoir m'être de quelque utilité; donc, je vous le répète, je suis né dans la nuit du 27 au 28 septembre 1817; je suis né à Auteuil, rue de la Fontaine, no 28; je suis fils de M. Gérard Noirtier de Villefort. Maintenant, voulez-vous d'autres détails? Je vais vous les donner. Je suis né au premier étage de la maison, dans une chambre tendue de damas rouge;

mon père me prit dans ses bras, en disant à maman que j'étais mort, et m'emporta dans le jardin, où il m'enterra rivant. En voulez-vous encore, des preuves? Lh bien, regardez dans une glace, et voyez comme vous êtes pale.

YILLEFORT.

Eh bien, oui, c'est vrai, je suis pâle ; eh bien, oui, c'est vrai, vous êtes né dans la maison n° 28 ; eh bien, oui, c'est vrai, vous avez été enterré vivant; eh bien, oui, c'est vrai, vous êtes mon tils. Maintenant, qu'avez-vousà espérer, et où voulez-vous en venir?

BENEDETTO

Oh ! c'e^t bien simpK je me suis dit : a Quand je serai en téte-à-téte avee mon père; quand il verra qu'il n'y a qu'âme délier les pouces et à m'ouvrir la porte du jardin pour que je décampe, eh bien, mais il me déliera les pouces et m'ouvrira la porte du jardin, et je décamperai. »

YILLEFORT.

Yous vous êtes dit cela ?

BENEDETTO

Ma foi, oui.

Et vous n'avez pas pensé que j'eusse d'autre moyen de me débarrasser de vous?

BE>"EDETT0.

Non, et cependant je ne manque pas d'imagination, à ce je crois.

YILLEFORT.

Vous n'avez pas p^'isé, par exemple, que je pu«se vous casser la tète d'un coup de pistolet, et dire que vous avez voulu fuir (il lui met le pistolet sur le front), et faire ainsi disparaître eu fumée votre secret et le mien ?

BENEDETTO, epouva, .

A moi ! à l'aide !

J'aurais le temps de vous tuer dix fois, malheureux! avant qu'on vint à votre voix, car la mienne seule commande ici. .Mai-;, je l'ai dit, je ne vous tuerai pas. je M MM sauverai pas ! Je ne suis pas un homme, je suis la loi ; sourd, aveugle, implacable pour toui re qui es( criminel, pour moi

comme pour les autre». — Gardes ! (Les Gendarmes rentrent

conduisez l'accusé dans sa prison, et veillez sur lui ; vous en répondez à la société ; c'est un grand coupable ; allez.

BENEDETTO

Ah ! ma foi ! il est encore plus fort que moi.

(Il sort.)

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