‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 3)Chapitre 18 sur 129 · SCÈNE III HAYDÉE, MONTE-CRISTO · texte numérisé non relu

SCÈNE III HAYDÉE, MONTE-CRISTO

HAYDÉE

Pourquoi me fais-tu donc demander la permission d'entrer chez moi? N'es-tu donc plus mon maître? ne suis-je donc plus ton esclave ?

MONTE-CRISTO, s'avançant.

Vous savez, Haydée, que nous sommes en France?

HAYDÉE

Pourquoi ne me parles-tu pas comme d'habitude? A i-je commis quelque faute? En ce cas, il faut me punir et non pas me dire vous.

MONTE-CRISTO

Haydée, tu sais que tu es en France, et, par conséquent, que tu es libre.

HAYDÉE

Libre de quoi faire ?

Libre de me quitter.

HAYDÉB.

Et pourquoi te quitterais-je ?

MONTE-CRISTO

Que sais-je, moi? Nous allons voir le monde.

HAYDÉE

Je ne veux voir personne.

MONTE-CRISTO

Et si, parmi les beaux jeunes gens que tu vas rencontrer, il y en avait quelqu'un qui te plût, je ne serais pas assez injuste...

HAYDÉE

Je n'ai jamais vu d'homme plus beau que toi, et je n'ai jamais aimé que mon père et toi.

MONTE-CRISTO

Pauvre enfant! C'est que tu n'as guère jamais parlé qu'à ton père et à moi.

HAYDÉE

Qu'ai-je besoin de parler à d'autres? Mon père m'appelait

sa joie, tu m'appelles ton amour, et tous deux vous m'appelez votre enfant.

MONTE-CRISTO

Tu te souviens de ton père, Haydée?

Il est là !

MONTE-CRISTO

Et moi, où suis-je?

HAYDÉE

Toi, tu es partout.

(Monte-Cristo veut lui baiser la main; elle lui présente son front.) MONTE-CRISTO.

Maintenant, Haydée, tu sais que tu es libre, que lu es maîtresse, que tu es reiue. Tu peux garder ton costume ou le quitter, à ta fantaisie. Tu resteras quand tu voudras rester. Tu sortiras quand tu voudras sortir. Il y aura toujours une voiture attelée pour toi. Ali etMyrtho t'accompagneront partout et seront à tes ordres. Seulement, une seule chose, je te prie.

HAYDÉE

Dis.

MONTE-CRISTO

Garde le secret sur ta naissance; ne dis pas un mot de ton passé: ne prononce devant personne le nom de ton illustre l'ère, ni celui de ta pauvre mère.

HAYDÉE

Je te l'ai déjà dit, seigneur, je ne verrai personne.

MONTE-CRISTO

Écoute ma fille. Cette réclusion tout orientale sera peutêtre impossible à Paris. Continue d'apprendre la vie de nos pays du Nord, comme tu l'as fait à Florence, à Rome, à Milan et à Madrid ; cela te servira toujours, soit que tu continues à vivre ici ou que tu retournes en Orient.

Ou que nous retournions en Orient, veux-tu dire, n'est-ce pas, monseigneur?

MONTE-CRISTO

Oh ! tu sais bien que ce n'est jamais moi qui te quitterai. Ce n'est point l'arbre qui quitte la fleur, c'est la fleur qui quitte l'arbre.

HAYDÉE

Je ne te quitterai jamais; car, j'en suis sûre, je ne pourrais vivre sans toi.

MONTE-CRISTO

Pauvre enfant! tu dis ce que tu penses à cette heure; mais, dans dix ans, je serai vieux, tandis que, toi, dans dix ans, tu seras toute jeune encore.

HAYDÉE

Mon père, Ali Tebelin, avai: une longue barbe, blanche, cela ne m'empêchait pas de l'aimer. Mon père, Ali Tebelin, avait soixante ans et il me paraissait plus beau que tous les jeunes gens que je voyais.

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