SCÈNE II Les Mêmes, MADAME DE VALGENCEUSE
ALBERT, à madame de Valgenceuse.
Je parie que je sais ce que vous alliez me dire.
MADAME DE VALGENCEUSE
Oh ! par exemple !
ALBERT
Si je devine juste, me l'avouerez-vous ?
MADAME DE VALGENCEUSE
Oui.
ALBERT
D'honneur ?
ta»9ÉHE DE VALGENCEUSE.
D'honneur !
ALBERT
Vous alliez me demander si M. le comte de Monte-Cristo était arrivé ou s'il devait venir.
MADAME DE VALGENCEUSE
Oh ! mon Dieu, j'allais vous demander s'il était vrai que M. Danglars eût perdu un demi-million sur les coupons espagnols.
C'est possible; mais, en tout cas, je suis sûr qu'ils sont déjà rattrapés à la Bourse. 11 a vraiment un bonheur insolent. On croirait qu'il joue à coup sûr, et qu'il sait les nouvelles d'avance.
MADAME DE VALGENCEUSE
Voyons, et maintenant, le eomte?
ALBERT
Le comte viendra, soyez tranquille.
MADAME DE VALGENCEUSE
Vous savez qu'il a un autre nom que Monte-Cristo?
ALBERT
Non, je ne savais pas.
MADAME DE VALGENCEUSE
Monte-Cristo est un nom d'ile, et il a un nom de famille.
ALBEKT.
C'est probable; mais jamais je ne l'ai entendu prononcer.
MADAME DE VALGENCEUSE
Eh bien, je suis plus avancée (pic vous ! il s'appelle Z; ccone.
ALBERT
C'est possible.
11 est Maltais.
C'est possible.
MADAME DE VALGENCEUSE
ALBERT
MADAME DE VALGENCEUSE
Fils d'un armateur.
ALBERT
C'est possible encore.
MADAME DE VALGENCEUSE
11 a servi dans l'Inde, il exploite une initie d'argent en Thessalie, et il vient à Paria pour faire un éiablisbement d'eaux, thermales à ÀUteuil.
ALBERT
Eh bien, à la bonne heure] voilà des nouvelles; v is devriez les répéter tout haut, vous auriez le plue grand succès. Me permettez-vous de les répandre?
MADAME DE VALGENCEUSE
Oui, mais sans dire qu'elles viennent de moi.
ALBERT
Pourquoi cela ?
MADAME DE VALGENCEUSE
Parce que c'est un secret surpris.
ALBERT
A qui ?
A la police.
1JJADAMI DE VALGENCEUSE.
Alors, ces nouvelles se débitaient...?
MADAME DE VALGENCEUSE
Hier au soir, chez le préfet. Paris, vous le comprenez bien, s'est ému à la vue de ce luxe inusité, et le préfet a pris des informations.
ALBERT
Bon! pauvre comte! il ne manquerait plus qu'une ehose, c'est qu'on l'arrêtai comme vagabond, sous prétexte qu'il est trop riche.
MADAME DE VALGENCEUSE
Ne riez pas, cela a bien failli arriver, si les renseignements n'avaient pas été favorables.
ALBERT
Se doute-t-il au moins du danger qu'il a couru?
MADAME DE VALGENCEUSE
Je ne crois pas.
ALBERT
Alors, c'est charité que de l'avertir à son arrivée; je n'y manquerai pas. Justement, voilà Debray. — Debray! Debray par ici.
DEBUaY.
Ah! c'est vous, très-cher!
ALBERT
Savez-vous ce que madame me disait du comte?
DEBRAY
Il paraît r e c'est un réfugie polonais, qui a dressé les
troupes du pacha d'Egypte et fait la pêche des perles à Ceylan. Le pacha lui a donné je ne sais combien de mille bourses, et, dans la même année, le bonheur a voulu qu'il péchât pour trois millions de perles.
ALBERT
Chut! le voici.