‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 3)Chapitre 45 sur 129 · SCÈNE II Les Mêmes, MONTE-CRISTO · texte numérisé non relu

SCÈNE II Les Mêmes, MONTE-CRISTO

MONTE-CRISTO

Merci, messieurs!

DEBRAY

Comte, voulez-vous me permettre d'aller jusqu'à ces messieurs leur demander quelle cause les retient loin de nous?

MONTE-CRISTO

J'allais vous en prier. (Debray sort.) Laissez-moi, monsieur de Chateaubrun, vous renouveler tous mes remerciments.

CHATEAUBRUN

Et de quoi, monsieur ?

MONTE-CRISTO

Vous avez consenti à me servir de témoin sans me connaître, sans savoir si j'avais tort ou raison, si ma cause était juste ou injuste.

CHATEAUBRUN

Écoutez, comte: je vous ai regardé hier pendant toute cette

scène de provocation; j'ai pensé à votre assurance toute cette nuit et je me suis dit que la justice devait être pour vous, ou qu'il n'y avait plus aucun fond à faire sur le visage des hommes.

MONTE-CBISTO.

Qu'avez-vous fait après m'avoir quitté?

CHATEAUBRUN

J'ai été chez Tortoni, où, comme je m'y attendais, j'ai trouvé Beauchamp et Frantz, que Morcerf a pris pour son second témoin; je vous avoue que je les cherchais.

MONTE-CRISTO

Pour quoi faire, puisque tout était convenu?

CHATEAUBRUN

J'espérais faire changer les armes, substituer l'épée au pistolet : le pistolet est aveugle.

MONTE-cristo, vivement.

Auriez-vous réussi, par bonheur?

CHATEAUBRUN

Non ; il paraît que votre force à l'épée est connue.

MONTE-CRISTO

Bien. A-'nsi, nous nous battons au pistolet?

CHATEAUBRUN

Oui.

MONTE-CRISTO

A combien de pas ?

CHATEAUBRUN

A vingt.

MONTE-CRISTO

Et nous tirons ensemble ?

CHATEAUBRUN

Non, vous tirez le premier.

MONTE-CRISTO

Je tire le premier?

CHATEAUBRUN'

Oh! cela, je l'ai obtenu ou plutôt exigé; nous leur faisons assez de concessions pour qu'ils nous fassent celle-là.

MONTE-CniSTO.

Vous ne m'avez jamais vu tuer le pistolet, monsieur de Chateaubrun?

CHATBÀUBRO»,

Non, jamais.

MONTE-CRISTO

(il tire et brise l'arbre.) CIUTEAtBRUN.

MONTE-CRISTO, prenant un pistolet dans nDe boîte.

Voyez-vous ce petit arbre ?

CHATEAUBRUN

Lequel ?

MONTE-CRISTO

Près de ce chêne; il est à vingt pas, à peu près, n'est-ce pas'

CHATEAUBRUN

Oui.

Iîegardez.

Oh ! mon Dieu !

MONTE-CRISTO

Monsieur de Chateaubrun, n'oubliez jamais ce que vous venez de voir.

rniTiiromt

C'est effrayant ! Au nom du ciel, comte, ne tuez pas Albert ! le malheureux a une mère.

MONTE-CRISTO

C'est juste, et moi, je n'en ai pas.

CHATEAUBRUN

Oh ! comte, soyez généreux. Sur de votre coup comme vous l'êtes, je puis vous dire, à vous, une chose qui serait ridicule si je la disais à un autre.

MONTE-CRISTO

Laquelle?

CHATEAUBRUN

Blessez-le, mais ne le tuez pas.

MONTE-CRISTO

Baron, je n'ai pas besoin d'être encouragé à ménager M. de Morcerf. M. de Morcerf sera si bien ménagé, je vous l'annonce d'avance, qu'il reviendra tranquillement avec ses deux amis, Taudis que. moi...

CHATEAUBRUN

Tandis que vous ?

MONTE-CIUSTO.

Tandis que moi, c'est autre chose, vous me rapporterez.

CHATEAUBRUN

Allons donc'

MONTE-CRISTO

C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire, baron, Albert me tuera.

CHATEACBRON.

Que vous est-il donc . irrivé depuis hier au soir, comte?

MONTE-CRISTO

Ce qui est arrivé à Brutus la veille de la bataille de Philippes : j'ai vu un fantôme!

CHATEAUBRUN

Et ce fantôme?...

M'a dit que j'avais assez vécu... Mais voici ces messieurs. Venez, venez, je vous attends.

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