SCÈNE Vil MONTE-CRISTO, LE MAJOR
MONTE-CRISTO
Je vous attendais, monsieur le major,
Vraiment, Votre Excellence m'attendait?
MONTE-CRISTO
N'étes-vous pas M. le marquis Timoteo Cavalcanti?
LE MAJOR
Timoteo Cavalcanti, c'est bien cela.
MONTE-CRISTO
Major au service de l'Autriche ?
LE MAJOR
Est-ce major ou sergent ?
MONTE-CI'.ISTO
Major, marquis, major!
LE MAJOR
Major soit, monsieur le comtf ; je suis trop poli pour vondémentir.
MONTE-CRISTO
D'ailleurs, vous ne venez pas ici de votre propre mouvement, n'est-ce pas?
LE MAJOR
Oh! non; de mon propre mouvement, je n'aurais jamais osé.
MONTE-CKISTO.
Vous m'êtes adressé par cet excellent père Busoni.
Du moins, la lettre que j'ai reçue est signée de ce nom; voyez !
MONTE-CRISTO
C'est bien cela. « Le major Cavalcanti... »
LE MAJOR
Sergent.
MONTE-CRISTO
a Patricien de Lucques, descendant des Cavalcanti de Florence... »
LE MAJOR
Eh ! eh !
MONTE-CRISTO
Vous êtes bien leur descendant?
LE MAJOR
Un peu descendu, c'est vrai.
MONTE-CRISTO
« Et jouissant d'une fortune de trois à quatre millions... ■
LE MAJOR
Y a-t-il trois ou quatre millions?
■OlfTB-CBISTO.
Dame, c'est écrit en toutes lettres.
Va pour quatre millions.
MONTE-CRISTO
Vous ne croyiez pas être si riche?
LE MAJOR
Ma parole d'honneur, non !
MONTE-CRISTO
C'est que votre intendant vous vole.
LE MAJOR
Vous venez de m'éclairer, mon cher monsieur ; ]e mettrai le drôle à la porte. Continuez, je vous prie.
MONTE-CRISTO
« Et auquel il ne manquait qu'une chose pour être heureux... »
LE MAJOR
Oh ! mon Dieu, oui, qu'une seule.
MONTE-CRISTO
« De retrouver un fils adoré... »
LE MAJOR, soupirant.
Heu !
MONTE-CRISTO
« Enlevé dès son enfance, soit par des bohémiens, soit par un ennemi de sa noble famille... » Pauvre père !...
lieu!
MONTE-CRISTO
« Mais je lui rends l'espoir et la vie en lui annonçant, monsieur le comte, que vous pouvez lui faire retrouver ce li!s qu'il cherche en vain depuis quinze ans... »
LE MAJOR
Heu! le pouvez-vous, monsieur?
MONTE-CRISTO
Je le puis.
LE MAJOR
Mais cette lettre était donc vraie ?
MONTE-CIUSTO.
Jusqu'au bout.
LE MAJOR
Post-scriptum compris ?
MONTE-CRISTO
Ah ! il y a un post-scriptum ?
LE MAJOR
Une misère!
MONTE-CRISTO
a Pour ne pas causer au major Cavalcanti l'embarras de déplacer des fonds de chez son banquier, je lui envoie une somme de deux mille francs pour ses frais de voyage, et le ciolite sur vous d'une autre somme de quarante-huit mille francs. » Très-bien !
LE MAJOR, à part.
Il a dit : « Très-bien ! » (Haut. Ainsi le post-scriptum...?
MONTE-CRISTO
Le post-scriptum?
LE MAJOR
Est accueilli aussi favorablement que le reste?
MONTE-CRISTO
Sans doute.
LE MAJOU
De sorte que vous me remettrez ces quarante-huit mille francs ?
MONTE-CRISTO
A votre première réquisition. .Mais que fais-je donc! je vous tiens debout depuis un quart d'heure.
LE HAJOR.
Ne faites pas attention, et, du moment que le post-scriptum...
MONTE-CRISTO
Maintenant, voulez-vous prendre quelque chose, un verre de porto, de mancenilla ou d'alicante ?
LE MAJOR
D'alicante, c'est mon vin de prédilection.
J'en ai là d'excellent. N'est-ce pas, avec un biscuit?
LE MAJOR
Avec un biscuit, puisque vous m'y forcez.
(Monte-Cristo frappe deui coups sur le timbre. Baptistin parait.) MONTE-CRISTO, an Laquais.
Bertuccio n'est-il point là t
BERTDCCIO.
Me voilà, Excellence.
MONTE-CRISTO
l'n verre de vin d'Alirantr <'t des l>i«ruits nu major. (Allant h r.i| ti-tin , tandis que Bertuccio \.i IfN le Major.) VOUS iiU'Z fait < II-
trer H. Andréa dans ce pavillon?
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